Forum Rwandais
Nous dirons la vérité.......même si elle blesse !

Espace d'expression pour construire l'avenir du Rwanda
Bulletin du Rassemblement pour le Retour des Réfugiés et la Démocratie au Rwanda

No. 5, Novembre 1999


SOMMAIRE:

1. L'heure des solutions a sonné

2. La paix est un préable au développement

3. Résolutions du Comité exécutif

4. Le conflit Hutu-Tutsi: mythe ou réalité

 


 

L' heure des solutions a sonné

 

Le Forum Rwandais (FR) a toujours condamné dans ses numéros précédents les crimes abominables commis par le FPR. Il a toujours critiqué les méthodes machiavéliques et inhumaines du Général Kagame et son désir ardent de conquérir sur une base purement tribaliste et génocidaire l'Afrique Centrale. Le FPR découvre dans l'histoire la violence comme acte fondateur de son pouvoir.


La démagogie et la violence ont été pendant très longtemps la technologie de pointe de la politique nationale du FPR. Pour se maintenir au pouvoir et surtout rester à la marge de la démocratisation et de la globalisation, cette poignée de politiciens sans scrupules et des marchands d'illusions qui constituent le FPR ont besoin d'échappatoires des plus ridicules du millénaire. Comment expliquer la déclaration du régime sanguinaire de Kigali qui affirme envoyer nos frères se battre à 1500 km à l’intérieur du Congo pour assurer la sécurité du Rwanda? Aujourd'hui l'ensemble du peuple rwandais est de plus en plus conscient de ces méthodes dissuasives jusqu'ici imposées par le FPR. Cette pratique qui ressemble étrangement à celle jadis appliquée par Hitler et Mussolini permet de garder le pays sous état d'urgence (sous prétexte d'agression des Interahamwe), afin de priver les citoyens rwandais de leurs droits et libertés, de faire de la démocratie un sujet tabou, d'installer la corruption et les détournements des fonds publics, de tourner le dos face aux réels défis du futur.


G. Tomasi Di Lampedusa écrit dans Le Guépard : "Si nous voulons que tout continue, il faut d'abord que tout change". Le RDR trouve en cette campagne de moralisation et de sensibilisation une des conditions sine qua non pour construire un Rwanda comme nous en rêvons tous.
Un Rwanda où : l' argument par la force fera place à la force de l’argument, la tolérance et la paix se substitueront à la haine et la violence, Tutsi et Hutu conjugueront leurs efforts sur la base des principes fondamentaux des droits de l'homme pour construire un Rwanda fort, libre et démocratique.


Deux ans après sa restructuration, le RDR passe à la vitesse supérieure. Pour ne pas être mal compris, il n'est pas ici question d'abandonner la politique de sensibilisation et de moralisation, encore moins les critiques envers le régime totalitaire de Kigali, un régime corrompu et rejeté par son peuple. Il s'agit tout simplement de passer à la phase III comme prévu dans la plate-forme politique du RDR. Après avoir détecté les maux dont souffrent le Rwanda, nous l'avons minutieusement expliqué au peuple qui attend des solutions concrètes. Pierre Joseph Proudhon affirme :
"Tout progrès commence par une abolition, toute réforme s'appuie sur la dénonciation d'un abus, toute idée nouvelle repose sur l'insuffisance démontrée de l'ancienne".


Dans le futur le Forum Rwandais va vous informer de manière très explicite sur le projet de société du Rassemblement Démocratiques Rwandais (RDR) et sur l'élaboration de la constitution de transition en cours au sein de l'UFDR (Union des Forces Démocratiques Rwandaises). L'heure des solutions a sonné. Toutes les forces vives du Rwanda sont ainsi invitées à plonger la main dans la pâte, pour une solution excluant toute forme de violence.

Un constat se dégage : le peuple rwandais a de plus en plus horreur de la violence et de la démagogie du FPR.

Eric Bahembera et Alain Hendji


 

LA PAIX EST UN PREALABLE AU DEVELOPPEMENT DURABLE

Par Ndereyehe Charles, Président du RDR et Vice-Président de l'Union des Forces Démocratiques Rwandaises (UFDR) coalition constituée par les FRD, le GID et le RDR

"Le problème que KAGAME connaît actuellement ne découle donc pas du fait qu'il est tutsi, mais trouve sa raison d'être plutôt dans le fait qu'au lieu d'instaurer un Etat de droit, démocratique et juste comme le FPR l'avait négocié à Arusha, il a instauré une dictature sanguinaire dominée par des extrémistes tutsi.

Si le régime actuel était ouvert à la démocratie et respectait les droits de l'homme dans leur intégralité, si l'armée était l'armée du peuple et non une armée ethnique à la solde des extrémistes du FPR, il n'y aurait plus de raison de guerres intestines. Les forces démocratiques auraient leur place, le peuple recouvrirait ses droits et la lutte pour le pouvoir se ferait sans coûter les vies aux populations innocentes."

Extrait du Papier présenté par Charles Ndereyehe dans la conférence sur : "LA PROBLEMATIQUE DE LA RECONCILIATION AU RWANDA" organisée par les asbl rwandaises de HOLLANDE: CODAC, URAHO, DUSABANE. à UTRECHT le 2 Octobre 1999. Vous trouverez le document complet sur notre site internet http://www.rdrwanda.org


 

RESOLUTIONS DU COMITE EXECUTIF DU RDR

Du 15 au 17 octobre 1999

Le Comité exécutif (CE) élargi aux Comités de Section (CS) s'est réuni du 15 au 17/10/1999 à BODEGRAVEN pour préparer le Congrès Ordinaire du RDR qui se tiendra dans la première quinzaine du moins d'août 2000. Le CE a profité de la présence des membres des CS pour échanger sur la vie de l’organisation en vue de mieux préparer ce Congrès.

1.Mobilisation des membres.

L'analyse de ce point à l'ordre du jour a suscité le plus d'intérêts compte tenu de son aspect crucial pour notre organisation. Tout en respectant les particularités de chaque Section, les participants ont décidé que chaque Section :

En plus, la réunion a décidé de donner les pleins pouvoirs aux présidents des Sections pour accomplir, dans leurs ressorts respectifs, les missions assignées à la Commission des Relations extérieures. Ils se feront aider par le responsable de cette commission au niveau local et informeront régulièrement le Commissaire international chargé des Relations extérieures de leurs activités pour orientation, conseil et coordination.

2.Projet de société.

Les participants ont décidé que :

3.Collaboration avec les autres organisations.

La réunion a réaffirmé sa détermination à consolider la coalition de l’opposition démocratique et républicaine contre les velléités oligarchiques et anti-démocratiques du FPR. Les participants ont par conséquent pris le ferme engagement de renforcer et de consolider l’Union des Forces Démocratiques Rwandaises (UFDR) comme alternative au FPR.

Les participants renouvellent leur confiance au Président en exercice de l’UFDR et recommandent que le CE de l’UFDR prenne les dispositions nécessaires pour impliquer les Sections du RDR dans la vie quotidienne de l’UFDR. A cet effet, la réunion recommande que l’UFDR institutionnalise les structures locales constituées des représentants de chaque organisation de la coalition dans chaque Section.

Les participants se sont félicités des réflexions en cours au sein de l’UFDR pour explorer toutes les voies possibles, nécessaires pour amener le FPR au dialogue et sur la table de négociations. Ils recommandent d’impliquer dans ce processus toutes les autres parties œuvrant pour la fin de la dictature et pour l’instauration d’une démocratie multipartite au Rwanda. Ils appuient le projet de tenir au mois de Février 2000, l’Assemblée de l’UFDR comprenant des représentants des Sections des organisations membres de la Coalition.

Fait à BODEGRAVEN (NL) le 17 Octobre 1999

Charles Ndereyehe

Président du RDR


 

LE CONFLIT HUTU-TUTSI: MYTHE ou REALITE

Par Uwamahoro Jean Sauveur

Introduction

Certaines personnes semblent dire que le débat sur l'ethnisme et sur le régionalisme est un faux débat. D'abord parce que, disent-ils, Hutu-Tutsi-Twa ne sont pas des ethnies et parce qu'il n'y a jamais eu de conflit entre les paysans du Sud et du Nord.

En partie c'est vrai parce que les académiciens sociologues et ethnologues ne se sont pas encore mis d'accord sur la classification des hutu-tutsi-twa, et d'autre part parce que le fait d'être né au Sud-Nord ou ailleurs dans le pays n'a jamais servi de source de conflit entre les agriculteurs-éleveurs rwandais ( les ruraux ) qui constituent 95% de la population rwandaise.

Néanmoins les Bahutu, les Batutsi et les Batwa sont des réalités socio-politiques rwandaises, tout comme le sont devenues les "BanyeNduga" et les "BaKiga". Manœuvres politiques ou pas, ethnies, classes, races, clans, tribus ou groupes sociaux, le contentieux existe et doit être résolu.

En effet, des gens ont été marginalisés politiquement, socialement, culturellement et économiquement à cause de leurs ethnies ou de leurs régions, et le sont tout aussi actuellement. Des gens ont perdu et perdent encore leurs vies, leurs biens et/ou sont devenus apatrides à cause de leurs régions ou de leurs ethnies.

Il ne faut pas faire la fuite en avant ou jouer la politique de l'autruche, il faut analyser les causes et trouver les solutions. Il faut d'abord accepter que ces problèmes existent, les débattre et les résoudre. Si quelqu'un est originaire de telle ou telle région, s'il est de telle ou telle ethnie, et qu'il s'est senti ou se sent lésé dans ses droits, pourquoi lui refuser de les revendiquer ou de se constituer un syndicat ? C'est de la pure hypocrisie que de refuser à quelqu'un d'exprimer ses frustrations et de prétendre pourtant accepter la réconciliation.

Au Burundi on a longtemps nié l'existence des ethnies, mais quand le FRODEBU a gagné les élections, on s'est pressé de dire que les élections avaient été ethniques, pourtant aucune mention d'ethnie n'était faite dans les pièces d'identité.

Durant les négociations d'Arusha, le FPR a affirmé haut et fort qu'il n'existait pas de problème ethnique, pourtant des personnes innocentes ont été ou sont actuellement massacrées à cause de leur appartenance ethnique.

1. Démystification de la problématique ethnique.

Le Front Patriotique Rwandais (FPR) fort de sa victoire militaire et de sa position dominante actuelle, veut réécrire l'histoire du pays qui correspond à son idéologie politique et sa vision du pouvoir. Selon le FPR, la distinction entre Hutu et Tutsi serait l'oeuvre du colonisateur belge. Même sans être un expert en ethnographie, la réalité est que les rwandais se reconnaissent appartenir à l'une des trois ethnies dans le pays. Le FPR et une certaine partie de la communauté internationale ont tendance à condamner toute personne qui évoque le problème ethnique au Rwanda, en l'accusant de chercher à diviser les rwandais, de vouloir fonder la majorité politique sur la majorité ethnique, et de servir la cause de la dictature du président Habyarimana. Je suis de l'avis de Voltaire qui a dit ceci : "Je peux ne pas être d'accord avec ce que vous dites, mais je defendrai toute ma vie votre droit de le dire ".

Le problème ethnique ne doit pas être un sujet tabou, c'est en le discutant ouvertement qu'on pourrait déjouer les approches de ceux qui l'utilisent pour détruire la solidarité du peuple rwandais. Ce n'est pas en niant l'existence des ethnies au Rwanda qu'on parviendrait à créer cette solidarité nécessaire pour un peuple qui doit partager le même destin. En refusant de discuter la question ethnique au Rwanda, il saute vite aux yeux qu'on cherche à cacher son jeu politique. Il faudrait plutôt que la diversité ethnique soit perçue comme un atout national au lieu de s'en servir comme un instrument "de division pour régner" selon le vieil adage.

2. De la féodalité à la deuxième République

Le régime féodo-monarchique au Rwanda avait fondé son pouvoir sur la domination de l'ethnie tutsi sur les hutu. Les pouvoirs politiques, économiques et l'enseignement étaient réservés aux seuls tutsi. Sur le plan social, les hutu étaient réduits à l'état de servage, sans protection et sans droit, même pas celui de la propriété. Des tutsi pauvres et sans défense existaient également, mais leur statut social était toujours meilleur que celui de la plupart des hutu. Dans la mémoire de beaucoup de hutu, c'est une période fort sombre et très humiliante, qui aura consacré tous les abus et le non-respect des droits fondamentaux de la personne en un système de gouvernement. Les leaders "naturels" de la population à tous les niveaux étaient des tutsi, le hutu devait obéir ou mourir ou au mieux, recevoir la bastonnade. Ce régime aura duré plusieurs siècles jusqu'à la révolution sociale de 1959.

Indépendamment de la forme et du mode par lequel elle s'est opérée, la révolution sociale de 1959 fut une transformation sociale profonde. Elle ne fut pas une simple révolte des paysans contre les seigneurs (jacquerie), elle bouleversa plutôt tout le système de gestion politique du pays. Elle fut basée sur les idées démocratiques d'égalité, de liberté, d'un gouvernement représentatif de la population et de l'autodétermination du peuple. Les leaders politiques hutu de l'époque ne voulaient pas remplacer le pouvoir tutsi par un pouvoir hutu, mais voulaient plutôt un pouvoir plus égalitaire et plus juste. Les premiers gouvernements étaient des gouvernements de coalition, respectant les différentes tendances politiques qui s'exprimaient en ce moment. Une véritable compétition politique a vu le jour. Il y avait des républicains, des monarchistes, des monarchistes constitutionnels, etc...

Malheureusement l'adhésion aux formations politiques qui sont nées au cours de cette période a suivi le clivage ethnique au lieu de suivre la lutte strictement idéologique. Pour les politiciens, c'était plus facile de faire appel au sentiment émotionnel des gens appartenant à une même ethnie pour bâtir une base politique. En lançant des slogans de péril général suivant l'appartenance ethnique, les politiciens ont contribué à créer une intolérance ethnique et une peur collective, et renforcé la conscience que la seule protection sûre devait se baser sur son groupe ethnique. Cette peur collective l'un de l'autre, et l'intolérance suffisaient pour entretenir un climat conflictuel entre hutu et tutsi.

La déviation par rapport aux valeurs démocratiques pour lesquels le peuple s'était battu, lors de la révolution sociale de 1959 en se libérant du joug du pouvoir monarchique, a conduit ce régime à sa perte.

C'est un coup d'Etat militaire qui a mis fin à l'expérience de la première République. Pour justifier ce renversement, les auteurs disaient vouloir mettre fin à la résurgence des troubles sociaux à caractère ethnique et au mécontentement des ressortissants du nord qui s'estimaient victimes du régionalisme. Les relations entre hutu et tutsi au cours de cette période ont été caractérisées par la méfiance réciproque et sont restées plutôt conflictuelles.

Pour ramener la paix sociale et la réconciliation des rwandais, et pour arrêter les conflits entre hutu et tutsi, entre le nord et le sud du pays, la deuxième République avec le Président Habyarimana a basé sa politique sur les notions d'unité nationale et d'équilibre ethnique et régional. Pour soutenir cette politique et la renforcer, le Président Habyarimana a mis en place un parti unique, le Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement (le MRND) auquel tout rwandais devait adhérer. Aucune autre activité politique ne pouvait se faire en dehors de cette formation politique.

La deuxième République prétendait que le pluralisme politique avait conduit à la polarisation ethnique et à l'intolérance durant la première République. Pour le nouveau régime, il fallait rétablir l'unité des rwandais et pas continuer à les distraire dans des querelles ethniques et partisanes. Il fallait rétablir l'unité d'action et mobiliser la population pour son développement.

Le dictionnaire (Larousse) définit le mot "unité" << comme étant le caractère de ce qui est unique, le caractère de ce qui forme un tout dont les diverses parties constituent un ensemble indivisible >>. Ce mot est surtout employé comme slogan politique dans les pays où la notion de l'état est compromise, où les différentes communautés ne se sentent pas appartenir à un même pays. Mais dans le cas du Rwanda, les deux ethnies ont un fort sentiment d'être rwandais. La nation rwandaise est un fait et une réalité. Le problème est plutôt que chaque ethnie se croit plus rwandaise que l'autre, jusqu'à pratiquer l'exclusion de l'autre.

Si cette notion d'unité est utile pour souligner la solidarité de deux ethnies appartenant à une même nation et constituant un seul peuple, elle ne peut pas remplacer la notion de l'égalité ou de libertés individuelles, ni la protection par l'état d'une façon égalitaire de tous les citoyens. De plus ces dernières notions impliquent l'existence des mécanismes et des institutions de type démocratique, capables de les mettre en pratique et différentes de celles mises en place dans le cadre d'un parti unique. Par manque de mécanismes appropriés pour l'appliquer, la politique de l'équilibre ethnique et régional ne pouvait donc pas correspondre à la notion plus large d'égalité sociale et d'égalité des chances.

Contrairement aux principes démocratiques clairs d'égalité, de liberté, de gouvernement représentatif prônés par la révolution sociale de 1959 et repris par la première République malgré les déviations connues par la suite, la deuxième République n'avait pas une base idéologique solide pour entraîner des changements de société en profondeur.

Des idées démocratiques lancées en 1959, la deuxième République n'a retenu qu'une notion fort limitée d'égalité sociale par sa politique d'unité nationale et d'équilibre. Dans les faits, la politique de l'unité nationale et de l'équilibre, ne s'est pas traduite par l'égalité des citoyens devant la loi, ni en une meilleure justice. C'était plutôt la résignation devant le pouvoir militaire et le harassement des services de sécurité. Si on peut accepter qu'un des mérites de la deuxième République a été que, pendant 17 ans, il n'y a pas eu de troubles ethniques, on peut constater que l'apparente paix sociale était superficielle et ne découlait pas des changements en profondeur et durables de la société.

En effet avec le MRND, la deuxième République a favorisé l'apathie et l'indifférence de la population à la chose politique. Dans cette période, l'apparente relation non conflictuelle entre hutu et tutsi, comme par ailleurs tous les autres conflits sociaux qui étaient latents, était masquée par cette apparente obéissance de la population au chef et l'indifférence à la chose politique. Ce climat de paix apparente ne pouvait durer que tant que le pouvoir politique maîtrisait encore l'armée et que la situation économique était bonne. Mais il ne pouvait résister en cas de crise économique, comme celle qui a frappé le Rwanda à partir de 1986, à laquelle est venue s'ajouter l'attaque armée du FPR couplée avec la libéralisation de la vie politique.

L'attaque du FPR est survenue au cours d'une période de remise en cause, quand la société rwandaise cherchait encore ses nouveaux équilibres liés à cette annonce d'ouverture politique. La deuxième République s'est ainsi terminée par une guerre lancée par les réfugiés à dominance tutsi et une ouverture au pluralisme politique.

En lançant la guerre, les réfugiés ont justifié leur action par le manque de démocratie, le non-respect des droits de l'homme, le problème des réfugiés non résolu. Le FPR avait l'ambition d'établir un état de droit. Cette fois-ci, ce sont les réfugiés qui reprenaient les thèses démocratiques de la révolution sociale de 1959.

Mais cette attaque a été perçue par une partie de la population comme un échec de la politique de l'unité nationale prônée par le Président Habyarimana. Elle a réveillé chez certains, une peur devant le danger d'un retour à un pouvoir tutsi comme avant 1959. Ce n'était pas concevable pour certains qu'un régime à dominance tutsi puisse être réellement démocratique, surtout que les réfugiés tutsi, n'ont jamais voulu reconnaître l'option démocratique prise en 1959. Le recrutement sélectif de ses combattants parmi l'ethnie tutsi et le pouvoir de décision dans la hiérarchie du FPR réservé uniquement aux tutsi, ont renforcé ces soupçons qui par ailleurs se sont en tout cas par la suite révélés fondés.

Ce n'est pas sûr que les réfugiés n'auraient pas attaqué si réellement le pouvoir avait été plus démocratique et même s'il y avait eu plus d'égalité sociale. Mais le pouvoir a donné les arguments au FPR et il était difficile de prouver sa mauvaise foi. Le pouvoir était mal préparé pour surmonter une telle attaque à la fois militaire et idéologique. Le pouvoir se remettait en question et la portée de son idéologie politique était très limitée. La libéralisation politique et la remise en cause de la société en général, ont conduit à des divisions internes dans le pays et n'ont pas facilité de distinguer, ce qui était propagande politique de ce qui ne l'était pas. Le débat politique a été médiocre. Au lieu de se focaliser autour des idées ou des projets de société, il a dévié sur des injures et des calomnies. Au lieu d'informer, la presse en général a servi d'écho à ce climat politique malsain. Ce fut la confusion totale et la perte de l'autorité de l'Etat et de la confiance aux moyens de l'Etat pour protéger les citoyens. C'est suite à ces états d'âme que l'idée de la protection par le groupe a pris de nouveau le dessus, et que le conflit entre hutu et tutsi a encore une fois de plus été mis au grand jour. Dans d'aussi difficiles moments, le pays avait besoin de réels leaders politiques avec une vision plus claire des valeurs à défendre, d'un modèle de société à construire. Le pays n'avait pas besoin des aventuriers politiciens à la recherche des gains personnels immédiats sans tenir compte des générations futures ; malheureusement le pays souffrira encore longtemps de cette mauvaise expérience.

3. Une occasion d'or gâchée

Suite à la pression des partis politiques de l'opposition intérieure, un gouvernement de coalition a été mis en place en avril 1992. C'est ce gouvernement qui a négocié l'accord de paix d'Arusha. Les négociations antérieures n'avaient pu aboutir qu'à des accords de cessez-le feu et jamais à un accord de paix. Le FPR avait refusé de déposer les armes pour se joindre aux autres forces politiques intérieures pour une lutte politique démocratique et donc par des voies pacifiques.

Ce forum de négociations d'Arusha était la forme la plus appropriée pour mettre sur table les problèmes rwandais et trouver ensemble des voies de solutions. Pour la première fois, les réfugiés et la population intérieure se mettaient autour d'une table pour résoudre leurs différends. Il aurait fallu profiter de ce forum, pour réunir tous les antagonistes en vue de se mettre d'accord sur les nouvelles règles du pouvoir sans exclusion au Rwanda. C'était le moment de parler franchement pour dissiper tous les malentendus, chercher des compromis stables et sceller la réconciliation des rwandais sur des nouvelles bases plus sûres. C'était d'autant plus intéressant et facile que cette fois-ci, les deux parties avaient identifié comme seul grand handicap à la crise rwandaise, le non-respect de la voie démocratique dans le pays. Cependant en refusant d'adopter une approche démocratique dans les procédures de négociations, on était en droit de douter que réellement les deux parties en négociation, étaient sincères et croyaient aux valeurs démocratiques pour résoudre définitivement la crise rwandaise.

Les deux parties en négociation ont raté le but, en faisant de ces négociations, une affaire personnelle et un instrument de conquête du pouvoir en dehors des règles élémentaires de la démocratie, alors que celle-ci semblait être la référence. Le représentant du gouvernement rwandais a refusé de défendre les positions résultant du consensus national telles qu'exprimées par le conseil des Ministres. Son souci était d'obtenir le maximum d'avantages de la part du FPR pour s'assurer que son parti et le premier Ministre en place puissent consolider leur pouvoir au cours de la transition, et pour s'emparer définitivement du pouvoir après ; Le reste était secondaire. De son côté, étant en position de force, le FPR a présenté la liste de ses exigences et exigeait satisfaction. Par de telles négociations, on construisait sur du sable et on semait les germes de la déstabilisation même de l'Accord.

Au lieu de rassurer les gens, cet Accord de paix a créé des doutes quant à sa finalité. Cet accord n'a pas pu dissiper les réflexes de protection par son groupe ethnique. C'est d'ailleurs ces réflexes qui expliquent en partie les divisions profondes dans certains partis politiques qui ont mis à l'épreuve la mise en application de l'Accord. Par ailleurs, les événements du Burundi, où un Président hutu élu démocratiquement venait d'être assassiné sans provoquer une réaction conséquente de la communauté internationale pour protéger la jeune démocratie, ont contribué à accentuer ces réflexes de protection de groupe.

Pour l'intérêt général du pays et de sa population, il était important que cet Accord de paix soit appliqué malgré ses imperfections pour maintenir le momentum de paix et continuer le dialogue par les moyens pacifiques. La démocratie n'est pas une situation figée de paix, mais c'est plus un dialogue continue avec une succession de compromis pour éviter la violence. Pour réussir, la démocratie doit être pragmatique. Le Président Habyarimana était décidé de faire tout ce qui était de son pouvoir, pour que les institutions restantes soient mises en place au plus tard le 09 avril 1994. Il est mort le 06 avril 1994 et l'élément modérateur de la scène politique rwandaise disparaissait et, avec lui, l'espoir de la paix au Rwanda. Des millions de rwandais sont morts et d'autres millions se sont exilés, le pays fut vidé de la grande partie de sa population.

4. Le FPR a perdu son masque

Le FPR avait promis un état de droit, le respect des droits de la personne et la démocratie. Que sont devenues ces belles promesses maintenant que le FPR a le pouvoir ? Certes sa victoire militaire lui confère certains avantages mais également des responsabilités vis à vis du peuple rwandais.

La communauté internationale s'est soulevée contre le régime "autoritaire" du Président Habyarimana et avait conditionné son aide économique au processus de démocratisation de la vie politique. Pourquoi cette même communauté soutient-elle l'aile extrémiste du FPR qui est entrain de consolider une dictature militaire des plus sanguinaires que le Rwanda ait jamais connu ?

On ne peut pas justifier le comportement actuel du FPR par l'ampleur des massacres ou le génocide, car on ne peut pas réparer l'injustice par l'injustice. Ça serait grave si la justice n'était pas faite aux victimes des massacres au nom d'une éventuelle réconciliation, mais ça serait tout aussi grave de considérer tout hutu comme génocidaire et de jeter le discrédit sur toute une ethnie. La communauté internationale devrait plutôt activer le travail du Tribunal International sur les crimes de guerre au Rwanda pour que même les criminels du FPR soient aussi traduits en justice. Elle devrait également condamner la propagande actuelle de globalisation et de diabolisation des hutu par des extrémistes du FPR.

"Les responsables internationaux, poursuivant toujours un but de stabilité chimérique, ignorent les crimes contre l'humanité et tolèrent l'obstruction aux efforts destinés à révéler l'horreur absolue des abus qui ont cours dans la région. En s'abstenant de demander des comptes pour les crimes courants, ils sapent la crédibilité d'une justice instaurée pour le génocide et en tolérant l'impunité pour les massacres actuels, ils contribuent à entretenir l'insécurité". Alison Des Forges in <<Aucun témoin ne doit survivre>>, Human Rights Watch et Fédération Internationale des Ligues des Droits de l'Homme, Kartala, Paris 1999, p.37.

Le comportement actuel du FPR prouve qu'il ne croit pas aux valeurs démocratiques pour résoudre la crise rwandaise. Il pense qu'il vaut mieux instaurer le pouvoir qu'il peut contrôler, pour mieux assurer la sécurité des tutsi. Mais un tel pouvoir ne peut pas garantir l'égalité devant la loi et l'égalité des chances pour tous les citoyens. Dans ces conditions, les hutu de leur côté ne seront pas rassurés d'une juste protection par les moyens de l'Etat et du pouvoir en place, et vont envisager leur protection par la consolidation de leur groupe. Comment alors concevoir, dans une telle situation, une vraie réconciliation et une cohabitation pacifique entre les deux ethnies ? Pourquoi la communauté internationale doit-elle toujours intervenir quand c'est trop tard ? N'y a t-il pas eu suffisamment de morts au Rwanda ? Jusqu'à quand le cycle des pouvoirs allant de revanche en revanche ?

Justifier la tolérance actuelle de l'extrémisme du FPR par l'ampleur des massacres, c'est faire obstruction à la réconciliation et accepter que seule une guerre totale peut résoudre la crise rwandaise. "En acceptant la <<normalité>> des massacres pour des raisons politiques, ils (les responsables internationaux : ndr) participent peut-être à l'émergence des conditions qui produiront vraiment la répétition du génocide qu'ils ont pourtant juré de prévénir " Alison Des Forges, op. cit. C'est tout le peuple rwandais qui devrait avoir honte de ce qui s'est passé et dans un élan général de réconciliation chercher à faire justice pour donner une leçon aux générations futures. Il n'appartient donc pas au FPR ou à un groupe quelconque de chercher à punir l'autre, c'est l'affaire de tout le peuple rwandais. Il faudrait plutôt créer une dynamique pour faire prendre conscience à tout rwandais de la gravité de ces horreurs, pour que désormais chaque rwandais assume ses responsabilités et s'engage avec conviction à construire une nation où de tels événements ne pourront plus se reproduire.

5. La vraie nature du conflit hutu-tutsi

Le conflit hutu-tutsi n'est pas un mythe, mais l'antagonisme n'existe pas entre les populations hutu d'un côté et les populations tutsi de l'autre. Ces populations ont cohabité pacifiquement notamment depuis 1973 jusqu'en 1990. La coloration ethnique dépend des gouvernants qui exercent le pouvoir. Le conflit entre les hutu et les tutsi est un conflit du pouvoir, un conflit d'égalité devant la loi, d'égalité sociale, de protection et de sécurité égalitaires par l'état sans discrimination. Le conflit hutu-tutsi persiste parce qu'un nombre limité de personnes s'approprient du pouvoir, l'exercent d'une façon totalitaire, favorisent une seule ethnie pour s'appuyer aux membres de cette ethnie en vue de perpétuer leur dictature, et marginalisent tous ceux qui n'adhèrent pas à leur idéologie politique, notamment ceux de l'autre ethnie.

Comme la démocratie est un ensemble de règles qui permettent de résoudre les conflits en mettant en jeu les solutions de compromis, de consensus ou tout autre accord que les parties tiennent pour légitime, si réellement la démocratie était une réalité dans la politique rwandaise, les règles d'accession au pouvoir seraient bien établies et les conflits de pouvoir entre hutu et tutsi auraient trouvé une solution définitive. L'argument de discrimination, de protection et de sécurité de son groupe ethnique n'aurait plus de valeur. Les Hutu et les Tutsi sont donc capables de se réconcilier, de vivre pacifiquement ensemble et en harmonie, à condition que le pouvoir appartienne au peuple et qu'il soit exercé au nom du peuple ; à condition donc que le peuple puisse librement désigner ses gouvernants.

Il y a des hommes et des femmes au Rwanda engagés pour la cause démocratique, pour la fin de la spirale de la violence, pour le respect de l'égalité et de la liberté. Mais actuellement la scène politique rwandaise est occupée par des extrémistes avec la bénédiction de la communauté internationale. Il faut absolument trouver une solution pour mettre fin aux conflits cycliques en vue de préparer un avenir meilleur aux générations futures.

Conclusion

Un conflit de pouvoir entre hutu et tutsi existe bel et bien au Rwanda. Qu'il soit le résultat des groupes extrémistes, qu'il soit le résultat des pouvoirs passés ou du colonisateur, la réalité est que le conflit est manifeste. Chercher à le minimiser ou le cacher pour des raisons idéologiques et de tactique politique, ne sert pas le peuple rwandais qui continue d'en souffrir. Bien sûr ce n'est pas le seul conflit au Rwanda, mais c'est le conflit qui aura fait le plus de tort au peuple rwandais. On ne peut pas par décret supprimer les ethnies au Rwanda, supprimer une culture. Les conflits qui découlent des aspirations souvent contradictoires entre individus, entre des groupes sociaux, ethniques, régionaux, religieux ou voire même linguistiques sont normaux dans toute société humaine. Ce n'est pas une caractéristique du Rwanda. Même dans les pays dits développés, ces conflits existent toujours ; la Belgique en est un illustre exemple. La seule différence consiste dans les mécanismes et les procédures que la société développe pour les résoudre.

La voie démocratique est le seul système à avoir prouvé sa capacité à résoudre les conflits du pouvoir. La résolution des conflits dans un système démocratique n'est pas assurée par les seuls pouvoirs publics, mais également à travers les différents groupements et associations qui offrent aux citoyens l'occasion de dialoguer, d'exercer leurs droits mais également leurs responsabilités.

Pour éviter des victimes, les changements devraient être le résultat d'un dialogue et d'un consensus ou d'un compromis. On ne peut pas utiliser la force et la violence pour instaurer un système réellement démocratique. Plus que par le passé, la situation est favorable pour que les rwandais arrivent à un consensus général et comprennent que seule la voie démocratique peut conduire à des institutions respectueuses de l'égalité et de la protection égalitaire par l'Etat. Les groupes antagonistes doivent pouvoir se donner des garanties réciproques de sécurité. Les autres expériences auront montré leurs limites. Les tutsi comme les hutu auront tous connu des millions de morts et l'humiliation de la vie en exil. La situation actuelle devrait convaincre même le plus sceptique, même si l'unanimité en cette matière est difficile à atteindre.

La communauté internationale ne peut pas remplacer ni agir à la place des rwandais, mais elle a acquis un tel poids dans les problèmes rwandais, qu'elle ne peut pas fuir ses responsabilités. Elle devrait peser de tout son poids pour arrêter le cycle de violences toujours en cours au Rwanda. Elle devrait faire comprendre au FPR que sa victoire militaire lui confère surtout des responsabilités à l'égard du peuple rwandais et qu'il lui appartient en premier lieu de faire le premier pas pour rétablir la paix et la réconciliation au Rwanda. La paix ne sera jamais possible sans le retour de tous les réfugiés dans leur pays et dans leurs biens, sans rendre justice aux victimes des massacres de toutes les ethnies à travers un système judiciaire équitable, sans revoir le problème de l'armée mono-ethnique, sans dialogue pour se mettre d'accord sur la voie politique à suivre et les institutions à mettre en place. La paix durable ne sera possible au Rwanda qu'avec l'instauration d'un Etat de droit caractérisé par une démocratie pluraliste.

Il ne faut pas continuer à radicaliser les positions en poussant au désespoir les exclus de la gouvernance, tant de l'intérieur que de l'extérieur. A force d'empiéter sur les droits de la population, elle finira par se convaincre qu'elle n'a plus rien à perdre, et ça sera une nouvelle catastrophe.