Espace d'expression pour
construire l'avenir du Rwanda
Bulletin du Rassemblement pour le Retour des
Réfugiés et la Démocratie au Rwanda
Mensuel No. 3; juillet
1999
LES MASSACRES DES HUTU SONT-ILS DES CRIMES CONTRE L'HUMANITÉ?
Cette question peut apparaître bête aux yeux des personnes non averties de ce qui se passe au Rwanda depuis 1990. Il y a lieu de répondre hâtivement que tous les massacres des populations sont des crimes contre l'humanité quant on se réfère aux conventions de Genève.
Pourtant, au Rwanda telle n'est pas le cas. Depuis que le Front Patriotique Rwandais (FPR) a attaqué le Rwanda en octobre 1990, son armée majoritairement tutsi s'est livrée à des massacres systématiques des hutu à plusieurs reprises et dans plusieurs endroits. Les militaires du FPR ont été autorisés par leurs chefs de bombarder des milliers de civils hutus dans des camps ou dans des réunions convoquées par le FPR ou tout simplement dans leurs familles.
Plusieurs rapports ont été rédigés par des rescapés, témoins ou par des organisations crédibles comme Amnesty International, Human Rights Watch, etc..
Les auteurs et les commanditaires de ces massacres sont connues. Un des chefs suprêmes de cette planification du génocide des hutus, à savoir le général Paul Kagame est régulièrement présenté comme l'homme fort du Rwanda et les capitales européennes n'hésitent pas à lui dérouler le tapis rouge
Une autre personnalité du FPR qui aurait planifié le massacre de plus de 8000 personnes à Kibeho en avril 1995, son excellence Jacques BIHOZAGARA vient d'entrer en fonction comme Ambassadeur à Bruxelles.
Alors, des massacres des Hutu sont-ils des crimes contre l'humanité ? Si oui, pourquoi leurs auteurs ne sont-ils pas poursuivis?
Eric BAHEMBERA
"Personne ne peut nier que cet attentat (contre le président
HABYARIMANA) est le point de départ des massacres systématiques qui ont eu lieu
au cours de l'été 1994 contre la minorité tutsi dans la partie du Rwanda
défendue par un Etat en dissolution et dirigée par un gouvernement en fuite. En
outre, fait négligé souvent, en même temps, des massacres graves contre la
population hutu ont eu lieu dans les parties du Rwanda contrôlées par l'armée du
FPR".
Hermut STRIZEK,
(historien allemand) in Africa International, Mars-Avril 1999
"Les forces du FPR massacraient également des civils dans des
lieux où peu de tutsi, voire aucun, n'avaient été tués et où les miliciens ne
semblaient menacer leur progression. Ainsi, à GITI, une commune connue pour
avoir protégé les tutsis pendant le génocide, les soldats du FPR ont tout ravagé
comme une incendie ".
Human
Rights Watch & Fédération Internationale des Ligues des Droits de l'Homme,
in " Aucun témoin ne doit survivre le génocide rwandais " p. 820.
QUI DOIT SE RECONCILIER AVEC QUI?
Ndereyehe Charles, Président du RDR et Vice-Président de l'UFDR
1. Introduction.
Depuis un certain temps les mots" tolérance " et " réconciliation" sont à la une dans les actualités africaines. Mais rares sont ceux qui, notamment parmi les rwandais, perçoivent correctement la portée et le contenu de ces termes. Le problème posé consiste à savoir pourquoi ceux qui crient tout haut en faveur de la tolérance et de la réconciliation n'adoptent pas des attitudes et des comportements conséquents.
Les organisations politiques qui se sont lancées dans la réconciliation du peuple rwandais, et qui ont leurs racines jusqu'au plus bas niveau du peuple rwandais, devraient s'atteler à généraliser le débat de clarification de ces termes, afin que les protagonistes intériorisent mieux les contenus de ces termes et pour qu'ils se comportent en conséquence.
Depuis sa création, le RDR a lancé un appel à la réconciliation, comme préconditionnalité d'une solution juste et durable au conflit rwandais. C'est pour cela que le RDR en a fait maintenant l'ossature de sa devise: " UN PEUPLE RECONCILIE DANS UN ETAT DE DROIT".
2. Recentrage du problème.
La réconciliation nationale doit être d'abord une volonté, une politique et un processus concret visant à régler pacifiquement le contentieux de haine et de division entre les adversaires.
La réconciliation n'est possible qu'en acceptant de se donner un pardon réciproque après avoir analysé positivement les erreurs de chacun et dépassé le passé pour donner plus d'importance à l'avenir. Ce pardon n'est réalisable que lorsque les parties concernées se sont mises d'accord de retenir et capitaliser les aspects positifs du passé, et de se dépouiller de tout ce qui est négatif et les sépare, tout en mettant en place les mesures nécessaires pour ne plus retomber dans les mêmes erreurs.
Normalement ce sont des personnes qui ont un contentieux et qui ont des positions conflictuelles qui doivent se réconcilier. Ce ne sont en tout cas pas des personnes qui sont d'accord et qui n'ont aucun litige entre eux qui chercheraient à se réconcilier. Quand on a le concensus, le problème de manque de tolérance et la nécessité de réconciliation ne se pose normalement pas. Pourtant quand on lit des déclarations de certains rwandais notamment du FPR et de ceux qui se font l'écho du FPR, même en se déclarant dans son opposition, on dirait que certaines composantes de la population rwandaise sont d'office exclues de la réconciliation nationale.
En effet depuis la création de l'Union des Forces Démocratiques Rwandaises (UFDR), on a assisté à des attitudes qu'on croyait dépassées , prétendant qu'on ne peut pas s'asseoir, tolérer, dialoguer, négocier un projet de société avec des adversaires politiques. D'un côté on se heurte contre un certain courant de rwandais qui se disent opposés à toute entente avec ceux qu'ils qualifient des "génocidaires", des "Interahamwe", "d'anciens bourreaux" et je ne sais quoi encore. D'un autre côté on rencontre d'autres qui étiquettent leurs adversaires de "traîtres", de "laqués du FPR" etc... Or souvent ces qualificatifs ne correspondent pas à la réalité, ils visent par contre à culpabiliser l'adversaire pour lui faire endosser les maux que vit encore le peuple rwandais. Pourtant personne ne devrait considérer le Rwanda de demain comme sa chasse gardée ni croire qu'il y ait une partie des rwandais qui n'ont plus droit à leur patrie.
Tous les rwandais, les hutu, les tutsi, les twa, les Nordistes, les Sudistes, les modérés, les extrémistes,les Abakombozi, les Inkuba, les Impuzamugambi, les Interahamwe, les ex-FAR, les Abakada, les membres du FPR ... ont droit et le besoin de se réconcilier. Il ne faut pas confondre l'intransigeance de traduire devant une justice impartiale tous les présumés criminels , qui qu'ils soient , avec le bannissement d'un certain nombre de rwandais. Il est donc complètement déplacé d'isoler qui que ce soit notamment à cause de son passé politique, de son ethnie ou de sa région. Il faut absolument créer un environnement propice à cette réconciliation sans faux-fuyants. La présomption d'innocence doit être un droit reconnu à tous .
3. La réconciliation entre les rwandais est possible
La réconciliation nationale exige d'abord un dialogue franc et sincère, une discussion rigoureuse et sans complaisance sur l'histoire passée et récente du Rwanda dans ses grandeurs et ses horreurs, avec le souci de trouver les moyens d'aboutir à un "vivre ensemble" plus pacifique et dans le but de construire une société dans laquelle la compétition pour le pouvoir et l'accès aux ressources limitées se déroulerait sans faire couler le sang.
Depuis l'intermède du multipartisme au Rwanda en 1991, deux approches analytiques principales de la problématique rwandaise se sont de plus en plus démarquées.
Le premier courant énonce que la crise rwandaise est d'ordre moral, un problème politique dont les ethnies n'en constitue qu'un problème secondaire souvent instrumentalisé pour la cause du problème fondamental à savoir : le partage juste et équitable du pouvoir politique, économique et culturel, ainsi que la justice sociale. Ce courant affirme que jusqu'en 1990, les ethnies commençaient à ne représenter que des réalités relevant d'une tradition socio-ethnique et des récits familiaux, et qu'avec le processus démocratique réamorcé en 1991, un certain courant mobilisateur voulait substituer la politique de l'ethnisme violent par la logique du dialogue dans une société pluraliste et démocratique.
Mais ce courant ne réussit pas à expliquer la brusque résurgence de l'ethnisme qui a conduit au génocide perpétré contre l'ethnie Hutu par le FPR depuis la guerre d'Octobre 1990 et qui continue jusqu'à présent, et le génocide perpétré par les extrémistes Hutu contre l'ethnie Tutsi en 1994.
Le deuxième courant ne passe pas par deux chemins pour affirmer que, bien que les ethnies ne constituent pas un problème en soi et sont plutôt une richesse socio-culturelle d'un Etat-Nation, l'ethnisme a été le problème politique principal qui a dominé la scène politique rwandaise depuis le 16ième siècle jusqu'à présent. Les défenseurs de cette approche pensent qu'il faut s'attaquer d'abord à ce problème qui serait la cause principal des conflits cycliques de lutte pour le pouvoir au Rwanda. Mais ce courant finit aussi par reconnaître que résoudre le problème de l'ethnisme n'entraîne nécessairement pas l'élimination du problème de la justice sociale et de l'équité.
En effet, reconnaît ce courant, la principale pomme de discorde entre les rwandais a toujours été la lutte féroce entre les extrémistes pour le pouvoir absolu et exclusif, et le contrôle des ressources limitées entre les extrémistes Tutsi et Hutu, du Sud et du Nord, appartenant à différents courants et sensibilités politiques. Ces extrémistes se sont constitués en oligarchies et, pour consolider leurs positions dans les organisations politiques, ils instrumentalisent continuellement leurs ethnies et leurs régions en entretenant les facteurs de tension par l'exclusion, le sectarisme et le népotisme. Ils plongent ainsi périodiquement le Rwanda dans les conflits sanglants dont le dernier s'est singularisé par une barbarie sans égal.
Le problème revient donc à savoir si les rwandais peuvent mettre en place un système politique qui assure une gouvernance du pays de façon à ce que personne ne soit lésée dans ses droits. En fin de compte, il s'agit de déterminer s'il est possible de renverser l'oligarchie actuelle pour remettre le pouvoir au peuple et s'il est possible d'éviter que des oligarchies, de quelle nature que ce soit, se reconstituent. Il sera important de comprendre par quel phénomène les oligarchies réussissent toujours à avoir le dessus et à s'imposer au reste du peuple rwandais.
La volonté de dialogue et de réconciliation, la décrispation politique et sociale peuvent permettre l'élaboration d'un projet commun pour la mise en place d'un Etat de Droit où tout un chacun peut se sentir sécurisé . Le nouveau Etat-Nation que nous devons construire doit être caractérisé par une diversité d'opinions , de cultes, d'ethnies où chacun pourra s'épanouir dans ses droits dans cette diversité. Pour ce faire, il faut réussir à isoler, minoriser et à marginaliser les extrémistes.
Ce sont ces extrémistes qui ont transformé le FPR en une organisation terroriste et ethnocentriste, et qui empêchent toute ouverture démocratique. Ce sont les extrémistes de la diaspora qui empêchent une lutte efficace de l'opposition pour éradiquer la dictature militaire et fasciste du FPR. A la fin, c'est la majorité des rwandais qui en font les frais.
Les conflits naissent à partir du moment où un groupe cherche à imposer aux autres son opinion, sa culture, sa religion etc... Pour éviter ces conflits , il faut que les règles qui régissent la coexistence harmonieuse des différentes composantes de la société soient négociées.
La mise en place de l'Union des forces démocratiques rwandaises (UFDR), comme organe de coordination de l'opposition au régime dictatorial du FPR a été un soulagement. L'UFDR doit entreprendre des démarches et les contacts multiformes avec les organisations politiques, les anciennes forces armées, les confessions religieuses, les leaders d'opinion et les organisations de défense des droits de la personne, les ONG et toute la société civile, aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur du Rwanda afin d'entraîner tous les segments de la société rwandaise dans ce processus de réconciliation et de conclure un pacte social concerté.
L'UFDR doit amener les rwandais à se dire la vérité notamment sur la révolution sociale inachevée de 1959, sur l'assassinat du président HABYARIMANA le 6 Avril 1994 et sur les horreurs qui s'en sont suivies, sur la guerre déclenchée par le FPR en octobre 1990, le multipartisme raté de 1991, mais aussi sur le coup d'état de 1981 et de 1973. La vérité permettrait à tous les acteurs politiques et sociaux à mesurer chacun en ce qui le concerne, ses propres défaillances, ses propres responsabilités et sa contribution éventuelle dans la création de l'ambiance et des circonstances qui ont conduit à pérenniser les tensions politiques et sociales destructives, à l'installation de la violence, à la désintégration sociale, à la confrontation et au drame.
La réconciliation ne sera possible que si chacun exorcise ses peurs et ses angoisses, et si chacun accepte que la société soit gérée suivant les règles définies de commun accord sans que personne ne se prévale du droit d'imposer aux autres ses convictions ou ses choix.
UN PRINCE RWANDAIS AU PALAIS DU KABAKA
La nouvelle a été révélée dès janvier 1999 par les journaux ougandais, puis reprise dans le courrier des lecteurs du dernier numéro du journal rwandais UKULI.
Ceux qui se rappellent de l'histoire de la monarchie rwandaise savent que traditionnellement, le clan des Abega, dont est issu Paul Kagame, fournissait les reines, mères des futurs rois.
Forte de cette tradition, Vénantie Sebudandi une fille rwandaise du même clan d'Abega a réussi à infiltrer la famille royale du Buganda et a séduit le prince héritier Ronald Mawanda Mutebi, avec qui il a eu un enfant du nom de JUNJU.
Le prince Ronald Mawanda Mutebi héritera en 1992, du trône de son père, MUTESA et sera intronisé à BUDO, comme le veut la tradition.
Bien que le " Kabaka " du Buganda ait perdu de son aura des années soixante d'avant le coup d'Etat de MENGO, le roi du Buganda canalise aujourd'hui le nationalisme de la tribu BAGANDA et commande une large audience. Le gouvernement central de Kampala, tout en limitant le rôle du Kabaka aux aspects culturels, doit discrètement composer avec lui sur tous les sujets brûlant et lui verse même des indemnités financières. Quand le KABAKA éternue, c'est tout le BUGANDA qui tremble.
Selon toujours la tradition du BUGANDA (à ne pas confondre avec l'Uganda), c'est le fils aîné du Kabaka qui doit hériter du trône quelle que soit la nature des rapports conjugaux dont il est issu. Le Kabaka Ronald Mawanda Mutebi II, l'actuel et père de JUNJU, serait lui-même issu d'une union extra-conjugale.
Théoriquement, notre sœur Vénantie Sebudandi pourrait rééditer l'exploit et voir son fils JUNJU accéder au trône du Buganda, ce qui ferait l'affaire des Abega au pouvoir à Kigali. Hélas la partie s'annonce très difficile. Même si les Abega sont d'habiles putchistes. Ils l'ont prouvé à Rucunshu.
Les ultra-nationalistes Baganda ne veulent pas d'un prince et encore moins d'un Kabaka " NYARWANDA ", diminutif utilisé en Uganda pour désigner les descendants des immigrés ou réfugiés rwandais.
Même au palais du Kabaka, l'intégration de JUNJU ne se fait pas sans heurts.
La princesse NDAGIRE, qui fut jusque récemment ministre d'Etat à la présidence sous l'actuel régime de Museveni, a créé un scandale, ce qui a alimenté la polémique au LUKIKO, parlement du BUGANDA. Bien entendu, le gouvernement central de Yoweri Museveni soutient que JUNJU ne soit pas ravi de son titre. Museveni étant lui-même sur la touche sur ses origines rwandaises, il ne peut pas en être autrement.
Aujourd'hui, chaque camp fourbille ses armes et campe sur ses positions. Mais l'affaire a d'ores et déjà l'allure du feuilleton de RUCUNCU où RUTALINDWA fut liquidé par l'umwega KANJOGERA et remplacé par MUSINGA.
Le 29/05/1999, le Conseil du gouvernement à Kigali a décidé de modifier l'ancienne devise nationale en Unité, Travail, Héroïsme, au lieu d'Unité, Travail, Progrès. Décidément, le progrès n'est plus d'actualité. Seul le fusil qui donne accès au registre des héros compte. Le même conseil du gouvernement a donné des orientations sur le concours pour le nouvel hymne national. Gageons que la victoire sourira à celui ou celle qui jettera son dévolu sur les Ibihozo.
07/06/1999, le PAM a décidé d'accorder une aide d'urgence à 400.000 personnes sans abri au Nord du Rwanda, menacés de famine. Il s'agit sûrement des sans abri que le régime a chassé de leurs biens pour " contrôler l'insurrection armée ". Avant l'arrivée du FPR au pouvoir, cette région était le grenier du Rwanda.
14/06/1999. En dépit d'une répression sans merci de la liberté d'expression, des langues commencent à se délier à l'intérieur pour dénoncer le régime. Dans un communiqué, la LIPRODHOR a dénoncé les conditions de vie dans les cachots communaux. Surcharge, malnutrition, absence de soins médicaux et de vêtements, sans compter la torture, voilà qui fait la honte chez nous.
17/06/1999. Le gouvernement américain a accordé 10 millions de $US pour soutenir les tribunaux populaires au Rwanda. Du temps du président SANKARA au Burkina Faso, les USA ont été les premiers à condamner ces tribunaux d'exception. Mais au Rwanda la générosité des USA n'a pas de limites pour des juridictions primitives, dans lesquelles les règles de procédure les plus élémentaires sont violées.
ENCORE QUATRE ANS DE TATONNEMENT ET D'AVENTURISME
Par Anastase Mfuranzima
Kigali
Dans ce qui semble être un aveu d'un cuisant échec, le régime du FPR a rendu public le 08.06.1999, son intention de prolonger de 4 ans supplémentaires la période de transition. Un pari manqué puisqu'à son arrivée à Kigali en Juillet 1994, le FPR s'était donné 5 ans pour faire des miracles.
Au grand dam de ses plus ardents défenseurs, pendant cinq ans passés au pouvoir, le FPR a réalisé tout à fait le contraire des principes qu'il a lui-même consignés dans son manifeste. Il a privé aux citoyens les libertés les plus fondamentales, y compris celle à la vie, aggravé l'insécurité, exporté sa tyrannie en RDC créant ainsi un nouveau pôle de tension régional, fragilisé le tissu social, conduit au désastre économique et vulgarisé la logique du fusil. Autant de maux qu'il était supposé éradiquer.
Pour légitimer ce nouveau coup de force, le communiqué du FPR brandit allègrement que cette prolongation a reçu l'accord des " huit partis politiques du pays ". Il oublie que le tout premier acte de son règne a été d'interdire les activités de ces mêmes partis auxquels il demande aujourd'hui la bénédiction de son fait accompli.
Le communiqué du FPR omet subtilement de préciser que le conclave des " partis politiques d'opposition " dont il est fait allusion a été dirigé par le secrétaire général du FPR, le Dr.Charles Muligande, qui en est le porte parole. Quelle aberration! Ces partis qui n'ont plus d'existence légale, dont les leaders légitimes sont qui en prison, qui en exil, qui n'ont plus le droit de consulter leurs états généraux, voilà qui ont légitimé la mise en scène du FPR.
Mais plutôt que de s'enguirlander d'imaginaires gloires et de se cacher derrière une déclaration laconique à l'agence REUTERS, le FPR doit au peuple rwandais qu'il a abusé, un bilan sans complaisance et si ce dernier est satisfait, il lui donnera un mandat. Il doit expliquer pourquoi cinq ans après avoir gagné la guerre, Dieu sait au prix de combien de morts, il n'a toujours pas gagné la paix. Ce dont le peuple rwandais, meurtri par 9 ans de guerre, a besoin, c'est une garantie que cette nouvelle transition ne sera pas mise à profit pour s'enliser inexorablement dans des aventures militaires comme celle en RDC. Ou si le FPR ne va pas simplement s'empêtrer dans des contradictions internes, le torchon en cours avec IBUKA, un syndicat de délation n'étant à ce point qu'un arbre qui cache la forêt.
Pour qui connaît les méandres du régime du NRM de Yoweri Museveni, dont le FPR n'est qu'un rejeton, le FPR aura toujours des excuses de s'accrocher au pouvoir.
Le 04/06/1999, le régime du FPR a, comme le NRM en 1989, mis en place une commission pour la révision de la Constitution. Pour être précis, parlons de rédaction, puisque le FPR a mis au rencart l'ancienne constitution de l'époque des accords d'Arusha et qu'il gouverne selon sa seule humeur.
Le FPR fera piétiner les travaux de cette commission et, comme le NRM, après quatre ans il s'arrogera une autre période de transition pour finaliser la nouvelle constitution. Comme le NRM, il organisera une mascarade électorale pour la mise en place d'une assemblée constituante chargée de passer la nouvelle constitution. Ce n'est qu'alors et dans la plus optimiste des hypothèses, que le FPR pensera à organiser des élections d'une manière qui lui assure la victoire. Il suffira comme le NRM de les truquer d'avance.
Le FPR ne pourra cependant pas tabler indéfiniment sur l'indulgence de la communauté internationale qu'il est coupable de n'avoir pas pu arrêter le génocide, comme si c'était elle qui l'avait déclenchée. Le peuple rwandais esseulé par tant d'années de dures épreuves, finira par taper sur la table. Car l'aspiration à la liberté fait parti intégrante de la raison de vivre. Et qu'on se le dise, on n'arrête pas la marche à la liberté.
Le FPR veut instaurer une église patriotique au Rwanda.
La nouvelle peut faire sourire la momie de Mao Tsé Toung dans sa mausolée.
Dans sa dépêche du 15 Juin, l'agence missionnaire MISNA du Vatican, dont on connaît la méticulosité, a déclaré que le FPR voulait balayer l'église catholique du Rwanda et ériger sur ses ruines une église patriotique selon le modèle chinois.
Le magazine New People qui a publié cette dépêche affirme non sans raison, que le FPR veut ainsi casser toute velléité de critique. Car en effet, sous le régime du FPR, tout débat contradictoire est un crime de lèse majesté.
Qui se ressemblent s'assemblent. La tentation du FPR de calquer le modèle athéiste chinois s'inscrit dans sa lecture marxiste de la bible.
Le FPR ne l'affiche pas de peur de heurter la sensibilité de ses amis américains et britanniques, mais il puise son idéologie dans un communisme primitif qu'il appelle " centralisme démocratique ". De telles idées foisonnent encore aujourd'hui dans un club appelé " Panafrican Congress ", où se côtoient les radicaux du FPR, du NRM de Yoweri Museveni, du CCM de Julius Nyerere et de l'ANC de Nelson Mandela.
Cette nouvelle tombe dans la foulée de l'arrestation et internement de l'évêque du diocèse catholique de GIKONGORO, Mgr MISAGO Augustin pour " crime de génocide ".
Les apologétiques du FPR justifient le malaise entre le FPR et l'église catholique dans l'incapacité de cette dernière à ne pas avoir arrêté le génocide. C'est toujours facile de regarder la paille dans les yeux des autres, alors qu'on a une poutre dans les siens. Mais une telle indulgence ignorerait l'histoire.
Le FPR, pas plus que ses aïeux de la monarchie, a toujours vu dans les valeurs morales de l'église catholique, une menace à sa prétention de suprématie intellectuelle et militaire sur les hutu. Il s'agit donc d'un animal à abattre et le génocide n'est qu'un tremplin.
L'église catholique paie pour avoir lâché dès les années cinquante, les tutsi monarchistes et aidé à l'émancipation hutu. Il ne suffit qu'à lire attentivement ce que le FPR reproche à l'évêque suisse André Perraudin qui fut l'artisan de cette émancipation.
En dépit de son irrégularité, l'arrestation de Mgr MISAGO Augustin n'a eu droit qu'à la condamnation du Vatican et de la conférence épiscopale du Burundi. Cette dernière a même refusé en signe de protestation, de rencontrer le président BIZIMUNGU.
Que lui reproche le FPR?
Mgr Misago Augustin qui avait déjà comparu le 11/02/1998 devant la chambre spécial du Tribunal de première Instance de GIKONGORO qui n'avait retenu rien contre lui, a été arrêté sur ordre du président BIZIMUNGU sur pression d'IBUKA.
Il est accusé de complicité dans la mort des déplacés Tutsi de MURAMBI ainsi que celle de trois prêtres Tutsi de son diocèse arrêtés à l'évêché et morts en détention.
Il n'est nulle part accusé d'avoir commandité ou exécuté un quelconque crime précis et il avait déjà répondu à toutes ses accusations devant le Tribunal de première Instance qui l'avait laissé en liberté.
La réponse à son interpellation se trouve plutôt dans la déclaration de BIZIMUNGU qui avait demandé, non sa condamnation par les tribunaux mais son bannissement en dehors du Rwanda. Ce à quoi le nouvel évêque de BUTARE, Mgr RUKAMBA Philippe avait répondu sèchement que personne n'a le droit de bannir d'autre du Rwanda. L'intention est donc de se défaire de la vieille garde de la hiérarchie catholique et de la remplacer par des prélats voués à sa cause.
Le camp de déplacés de MURAMBI avait été érigé par les autorités préfectorales de GIKONGORO en l'absence de Mgr Misago qui était bloqué à Kigali. Les autorités préfectorales avaient ordonné de canaliser tous les déplacés à cet endroit pour mieux les protéger et s'il y a eu des dégâts lors du repli, ils auraient été beaucoup plus catastrophiques si les déplacés Tutsi étaient restés éparpillés.
Mgr Misago serait coupable d'avoir dit aux déplacés qui affluaient vers l'évêché, d'aller à MURAMBI où les autorités préfectorales avaient garanti la sécurité. Ceux qui l'accusent de n'avoir pas ouvert l'évêché aux fugitifs oublient trop vite que des gens ont été massacrés dans des églises et que Misago n'avait pas de forces de l'ordre pour assurer la sécurité à l'évêché. D'ailleurs, l'arrestation à l'évêché même des trois prêtres qui constituent son deuxième chef d'accusation prouve que Mgr Misago était impuissant devant la fureur populaire.
S'agissant de ces trois prêtres précisément, ils auraient été arrêtés par la gendarmerie de GIKONGORO, le commandant de groupement lui-même, muni d'un mandat d'arrêt délivré par le parquet de GIKONGORO. Qu'aurait fait Mgr Misago dans ce cas ?
Quel évêque peut aujourd'hui s'opposer à l'arrestation par l'APR d'un de ses prêtres, même sans mandat d'arrêt ? N'a-t-on pas vu les agents du FPR arrêter même des gens dans les enceintes du PNUD à KIGALI ? Ou même piquer à l'Hôtel des Milles Collines Dr. BICAMUMPAKA Martin, membre d'une délégation internationale de la FAO en mission au Rwanda, qui périra en prison. Comment Mgr Misago aurait-il eu le culot de s'opposer à une arrestation en bonne et due forme et qui diable aurait pressenti que ces prêtres allaient mourir en détention ?
Pour des inconditionnels du régime, l'arrestation d'un évêque catholique, la 1ère dans l'histoire du Rwanda, est dans la normale des choses. En témoigne une lettre ouverte adressée par 35 pseudo-intellectuels de l'UNR aux évêques catholiques du Rwanda à la suite d'un appel de ces derniers pour une prière à l'intention de Mgr MISAGO. J'y reviendrai.
S'il est vrai que l'Eglise catholique a perdu des prêtres pendant le génocide, continuer par la page 5 en annexe.
On ne peut pas en tout état de cause affirmer que cette église n'a jamais été aussi martyrisé au Rwanda que sous le FPR.
Sans devoir tomber nécessairement dans un révisionnisme ridicule, il est un fait que les prêtres tués pendant le génocide à Remera et à Gisenyi entre autre l'ont été dans un contexte de guerre de vacance de pouvoir et de délinquance politique. Or, aujourd'hui, on nous dit qu'il y a un gouvernement. Jamais le gouvernement, même de Jean Kambanda n'a attaqué de plein front cette institution.
Des excuses à la revendication
Qui ne se rappelle pas des larmes de crocodiles versées par la direction du FPR, lorsque le major NZIZA et ses hommes de l'APR abattirent 4 évêques Hutu à GAKURAZO en Mai 1994 ? Une délégation a même été envoyée auprès du Pape pour présenter les condoléances du FPR.
On sait aujourd'hui que l'assassinat des 4 évêques faisait partie d'un plan d'épuration ethnique de la hiérarchie catholique, longtemps considérée comme une force ennemie, comme en témoigne un document interne du FPR rédigé en 1993.
D'ailleurs, l'assassinat de ces évêques, dont le primat de l'église catholique rwandaise et archevêque de Kigali, Mgr NSENGIYUMVA faisait suite à une virulente attaque contre lui dans une interview du major Kagame au journal ugandais " Uganda Confidential ". Une préparation psychologique qui est apparue une semaine seulement avant l'assassinat de HABYARIMANA par le FPR.
Dès l'entrée à Kigali du FPR, ce dernier ne cachait plus que l'assassinat des 4 évêques était un acte héroïque, bien prémédité. Au moment où les victimes Tutsi étaient inhumées dans l'honneur, le FPR a même refusé que l'Eglise catholique fasse de même et accorde une digne sépulture à ses évêques qu'il avait assassinés.
Lors de l'assassinat en 1995 au marteau, marque déposée du FPR, de l'abbé canadien Claude Simard, accusé d'avoir envoyé au Canada des cassettes vidéo sur les tueries du FPR à son entrée à BUTARE, le FPR s'est excusé auprès du gouvernement canadien et promis une enquête. Aujourd'hui, les suspects, un prêtre et un militaire de l'APR détaché à l'administration préféctorale de BUTARE au moment du meurtre mènent une vie paisible.
L'assassinat en plein service liturgique d'un autre prêtre canadien, le père Guy Pinard de la paroisse de KAMPANGA, a suivi le même scénario. Le suspect, qui avait été identifié par les fidèles qui assistaient à la messe, a été brièvement détenu avant d'être élargi sans explication.
Dans ces conditions, il a failli de peu pour que le FPR ne s'excuse lors des massacres de prêtres Hutu en avril 1994 à RWESERO, à BYUMBA et à RUTONGO.
L'indignation suscitée dans les rangs du FPR à la suite de l'appel des évêques catholiques rwandais pour une prière à l'intention de Mgr Misago qui croupit à la prison de Kigali, cache mal une volonté farouche d'en découdre avec l'église catholique, dernière force morale en face du FPR, après l'expulsion des ONG trop bavardes en 1996 et celle des observateurs onusiens des droits de l'homme au cours de la même période.
Des activités du FPR se cachant derrière le sobriquet d'intellectuels de l'UNR (on sait qui y fait la loi), ont qualifié cet appel à la prière qui cadre parfaitement avec la mission de l'église catholique, de " mépris des rescapés, de manque de respect aux disparus et au droit, ainsi que d'hypocrisie ". Leur lettre a reçu la plus grande couverture médiatique même dans les média officiels.
Ces blasphémistes pour citer la rédaction du journal KINYAMATEKA de Mai 1999, qui donnent une leçon biblique à la Conférence épiscopale rappellent étrangement la réaction du président BIZIMUNGU qui avait affirmé en 1996 du haut de la tribune que le Pape n'avait rien à lui apprendre en matière de la Bible. Il réagissait à l'appel pontifical lancé à Nairobi lors de la clôture du synode africain, pour un pardon et une réconciliation au Rwanda.
En parfait machiavéliste, le FPR a toujours su manipuler la peur et la culpabilisation pour assagir d'éventuelles critiques.
Par la peur et la culpabilisation, il a réussi à intimider des grands pays comme la France. Par la culpabilisation, il a obtenu le silence de la communauté internationale face à ses abominables forfaits.
Des éléments des ex-FAR m'ont raconté comment lors du maquis le FPR coupait les têtes des soldats des FAR tombés en ses mains et les mettait à cuire, pour faire croire aux FAR qui passeraient qu'ils ont à faire à des redoutables saprophages. Encore l'exploitation de la peur.
Par la peur, la culpabilisation et l'intimidation, le FPR veut dompter l'Eglise catholique, après s'être assuré le contrôle des Eglises protestantes. La minorité musulmane quant à elle n'avait opposé aucune résistance au charme hypnotisant du FPR et avait rallié ses rangs à la 1ère heure.
S'il est vrai que le calvaire risque de laisser des séquelles à l'Eglise catholique, je parie qu'elle survivra. Car, comme pour paraphraser le journal KINYAMATEKA, son défenseur est plus fort que le FPR. Et que ceux qui se disent intellectuels pour donner des leçons aux évêques sachent que quel que soit leur bagage académique, " une science sans conscience n'est que ruine de l'âme ".
ET SI LE FPR SE "MOQUAIT DU GÉNOCIDE"!
Par Chris NZABANDORA
Telle est en tout cas l'affirmation de l'association IBUKA, émanation même du FPR.
Depuis le début du mois de Mai dernier, ce qui était une révolte silencieuse de palais dans le chef du FPR a éclaté au grand jour, avec la guerre de nerfs à laquelle se livre le secrétariat du FPR et l'association IBUKA. S'il ne s'agit pas d'un coup médiatique, destiné à accréditer la thèse de l'émergence d'une aile modérée au FPR, cette passe d'armes a au moins le mérite de reconnaître les dégâts causés par IBUKA qui, plutôt que de se consacrer à la défense des intérêts des rescapés du génocide, s'est confondue avec un syndicat de délation qui veut institutionnaliser un génocide judiciaire.
A en croire les révélations du journal UKULI la goutte qui a fait déborder le vase est tombée avec la récente purge à ce qui fait office de parlement.
En préfecture de CYANGUGU, le FPR avait nommé Mr Elysée BISENGIMANA, un hutu de la confrérie des peureux pour siéger au parlement. La candidature a aussitôt été récusée par la branche locale de l'association IBUKA pour laquelle, un Hutu ne peut être bon que quand il est mort ou en prison. L'adage a sans doute été héritée de l'ancien dictateur ugandais Paulo Mwanga, qui répétait à tout bout de champs qu'un bon Muganda est celui qui est mort.
Pour IBUKA, coopter des Hutu dans l'administration du FPR est une bavure, parce que, et je cite le professeur Kimenyi Alexandre, grand penseur de l'idéologie IBUKA, " Uwoza inda y'umwanzi amara imonyi " (on ne peut pas satisfaire un ennemi).
Afin de pousser la direction du FPR au mur, l'association IBUKA échafauda de toute pièce un dossier criminel à charge du candidat député Elysée BISENGIMANA, art dans lequel elle est passée maître depuis sa création. Et ce n'est pas n'importe quel crime, BISENGIMANA fut accusé au parquet de Cyangugu et à la gendarmerie de génocide.
Devant le refus du FPR de reconsidérer la candidature du hutu BISENGIMANA, IBUKA sortit de son étui de conditions une nouvelle carte. Elle accusa le FPR de révisionnisme (gupfobya génocide), ce qui agaça ce dernier qui puise comme on le sait, sa légitimité dans ce génocide.
Dans un mouvement de colère, le FPR griffonna le 10 Mai 1999 un communiqué de presse dans lequel il fustige (point 8) ceux qui utilisent le génocide comme un instrument pour dénier à certains rwandais (Abahutu) d'être appréciés dans leurs services et leur conduite et d'être promus (umuryango FPR ubabajwe kandi wamaganye iyo mikoreshereze y'itsembabwoko aho hari abasigaye baribonamo igikoresho cyo kubuza bamwe mu banyarwanda (Abahutu), kuba bashimwa mu mirimo no mu myifatire yabo ngo babe bazamurwa mu ntera).
Et de demander au gouvernement de punir de façon exemplaire toute personne coupable de délation (FPR irasaba guvernoma ko yajya ihana by'intangarugero umuntu wese wafatwa n'icyaha cyo kubeshyera undi ko yakoze itsembabwoko).
Un tel délateur serait inculpé de tentative de meurtre, poursuit le communiqué parce qu'il aurait conspiré pour la condamnation à mort d'une autre personne. (Kubera ko bene uwo muntu aba yifuza urupfu rw'undi muntu aba akwiye gufatwa nk'umuntu washatse kwica undi akabihanirwa atyo). Pour enfoncer le dernier clou dans le cercueil d'IBUKA, le secrétaire général du FPR martela que ceux qui se moquent du génocide sont ceux-là même qui utilisent la délation à des fins criminelles, une allusion aux activistes d'IBUKA (abapfobya itsembabwoko ni abarikoresha mu binyoma bigamije kugira nabi gusa).
Cette position du FPR a suscité de vives inquiétudes dans la direction d'IBUKA. Son président, l'avocat Félicien MUTALIKANWA, qui a fait fortune sous le régime diabolisé de Habyarimana, n'a pas caché que ce communiqué du FPR expose les membres d'IBUKA comme de piètres délateurs (... muri rusange ili tangazo risa n'irigaragaza ko abayoboke ba IBUKA ali abashinja binyoma).
Le 07/06/1999, le Ministère de la Justice (de l'injustice) a aussi dénoncé les syndicats d'accusateurs mensongers sans souffler mot sur leur identité qui pend comme une épée de Damoclès sur les têtes de tous les hutus et a été encouragé et entretenu par le régime du FPR.
D'ailleurs, le 21/05/1999, dix jours seulement après le communiqué du secrétariat du FPR, l'Association Solidarité Kibuye, un petit fils de l'association IBUKA, s'est moquée de ce communiqué en condamnant fermement, par la bouche de son président, l'ex-préfet de cette préfecture, KABERA Asiel, la libération des prévenus sans dossiers. Pourtant, la décision a été déjà prise en conseil du gouvernement il y a longtemps.
Dans la foulée de ce communiqué, le FPR avait cédé aux pressions de cette association et autorisé le jugement en tribunal populaire (GACACA), d'un ex sous-préfet de Kibuye que les tribunaux réguliers avaient acquitté, une façon de souffler le chaud et le froid.
Si cette mise au point du FPR a le mérite de stigmatiser un cancer qui gangrène le régime à savoir la délation, elle ne suscite pas moins d'interrogations sur sa portée et son opportunité.
Non seulement le FPR a attendu si longtemps pour se démarquer publiquement, fût-ce même en apparence, des activités d'IBUKA, mais encore il a sorti ses griffes parce qu'un de ses pions, de ses candidats députés se trouvait au banc des accusés.
Il n'est pas exclu aussi que cette attaque du FPR contre IBUKA , oh combien médiatisée, soit destinée à la consommation publique, pour apaiser certains milieux à l'approche d'une mascarade électorale qui se profile à l'horizon. Car derrière IBUKA se cachent des forces occultes qui puisent leur inspiration dans l'idéologie même du FPR et leurs fonds dans ses caisses noires.
Etant donné le fossé entre le verbe du FPR et ses actes, une autre interrogation que ne manque pas de susciter un rappel à l'ordre adressé à IBUKA, est de savoir s'il ne s'agit pas d'un autre feu de paille.
En effet, s'il serait une dangereuse gageure de prétendre qu'il n'y a pas de véritables criminels parmi les 200.000 ou plus de prévenus qui croupissent dans les prisons mouroirs du Rwanda depuis cinq ans et sans inculpation, on peut affirmer avec une confortable dose de certitude que parmi eux se trouvent des milliers d'innocents, victimes de la délation des activistes d'IBUKA et ses tentacules. Rien qu'à la prison de NTSINDA on a identifié récemment 148 détenus sans dossiers.
A plusieurs occasions, le FPR a reconnu qu'il y a effectivement en prison des prévenus sans dossiers, ce à quoi IBUKA répondait invariablement que ce n'est pas parce qu'on n'a pas de dossier qu'on n'est pas coupable. Drôle de procédure judiciaire! Des prévenus libérés ont été ainsi lynchés par les activistes d'IBUKA dans la plus totale impunité, ce qui a poussé certains innocents à réclamer la prison pour échapper à la vendetta Tutsi.
Si donc le FPR veut sévir contre la délation comme le dit le communiqué, qu'il libère ces gens détenus sans dossiers. Ils seraient remplacés en prison par ceux-là même qui les ont calomniés. Du coup, la délation cesserait d'être une activité lucrative.
|
A N N O N C E Chères lectrices, chers lecteurs, chers compatriotes, Le Forum Rwandais se veut être un trait d'union pour les amis du Rwanda et les rwandais éparpillés aux quatre coins du monde. Il vous appartient et ouvre gracieusement ses colonnes pour vos idées, vos critiques et vos contributions. Tous vos courriers sont donc les bienvenus à l'adresse ci-dessous. Nous vous remercions d'avance. La Rédaction |
Par MBARAGA Bosco
Le mythe d'invincibilité soigneusement entretenu par l'Armée Patriotique Rwandaise vient de subir un sérieux revers, avec la révélation de source officielle de la mort de plus ou moins 500 militaires au cours de sa folie de grandeur en RDC. En effet au cours d'un entretien accordé le 18 mai 1999 à l'AFP, le Chef d'Etat-Major de l'APR, l'ultra-extrêmiste général KAYUMBA NYAMWASA, tristement célèbre sur le front contre-insurrectionel à RUHENGERI et GISENYI, a reconnu que son armée avait subi des pertes de près d'un bataillon. Quand on connaît l'orgueil de cet homme, ancien des services de renseignements militaires de la NRA de YOWERI Museveni, il faut multiplier ce chiffre par deux. Espérons qu'il ne s'agit pas de la chair à canons formés de Hutu mobilisés de force ou des prisonniers envoyés de force sur le front pour une guerre d'hégémonie.
Interrogé sur les circonstances de ces pertes alors que l'APR a toujours sarcastiquement déclaré qu'il s'agissait d'une marche de plaisir, KAYUMBA a révélé que ce sont des bombardements des forces loyalistes et leurs alliés qui faisaient le plus de dégâts, avant d'asséner un autre coup dur à la réalité de la rebellion du RCD, en déclarant que dans les combats, " les officiers rwandais commandent toutes les forces ".
Parlant de l'occupation de l'Est de la RDC, le Général KAYUMBA n'a pas mâché ses mots. " Tant que les préoccupations du FPR ne seront pas prises en comptes, nous resterons aussi longtemps qu'il faudra ". Et si demain, à la faveur de circonstances favorables, la RDC se faisait prévaloir d'un droit d'ingérence au Rwanda? Je pense que le président Pasteur BIZIMUNGU se trompe, lui qui le 07/04/1999, qualifiait les alliés de Kabila à des MILOSEVIC d'Afrique. MILOSEVIC se trouve plus près de lui, mais il se voile la face parce qu'on ne regarde pas les yeux grandement ouverts dans une eclipse.
LA LETTRE DU GÉNÉRAL RUSATIRA AU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU F.P.R
Léonidas RUSATIRA Bruxelles, le 10 juin 1999
Cité Modèle 1004C
1020 Bruxelles
Traduction de ma lettre du 07 juin 1999
Son Excellence Dr Charles Murigande
Secrétaire Général du FPR
B.P. 195 Kigali-Rwanda
Monsieur le Secrétaire Général,
J'ai eu l'occasion de lire votre communiqué de presse du 10 mai 1999 concernant le comportement de l'association IBUKA. Ce document m'a poussé à m'interroger une fois de plus sur le calvaire du peuple rwandais. J'ai dès lors décidé de manifester mon intérêt, car une telle prise de position de la part du FPR ne pouvait me laisser indifférent.
La première question qui vient à l'esprit après la lecture de ce communiqué est de savoir pourquoi le FPR a dû attendre si longtemps pour enfin dénoncer les crimes qui ont déjà emporté des multitudes, pendant que d'autres étaient jetées en prison à cause de la haine et des dénonciations calomnieuses. Pourquoi ces bons principes, bien que toujours loin d'être concrétisés, ont-ils dû attendre cinq ans pour être proclamés? Pendant tout ce temps, il y a eu d'innombrables emprisonnements sans cause, des assassinats et même des massacres, des expropriations de force et des spoliations, des milliers de personnes ont fui leur pays à cause de leur appartenance ethnique, leurs opinions ou leurs propriétés. Des innocents sont sciemment confondus avec des criminels du simple fait qu'il y a eu des criminels parmi les hutu. Les tutsi non extrémistes sont considérés comme des ennemis. La vie n'a plus de valeur au Rwanda et dans son voisinage. La population est sans défense, sans espoir de salut. Et pourtant il y a au Rwanda un gouvernement et d'autres institutions qui normalement devraient rassurer tous les honnêtes gens. L'état de droit est totalement absent. La paix et la sécurité ont déserté les villes et les collines du Rwanda. Le FPR a " détruit, au lieu de convertir ", il a gagné la guerre tout en perdant la paix.
Malgré ce schéma d'un bilan complètement négatif et catastrophique, je ne peux pas ne pas vous féliciter et vous soutenir pour le courage dont vous avez fait preuve en dénonçant quelques mauvais agissements. Pourvu que ces bons sentiments soient traduits en actes concrets.
J'espère néanmoins que IBUKA n'est pas un bouc - émissaire, même si certains de ses membres se sont constitués en coopératives de délation et de meurtre contre des personnes de bonne foi. Ils trahissent ainsi la noble cause de défense des rescapés, mais seraient-ce ces fanatiques de IBUKA qui tuent partout dans le pays, dans les quartiers comme sur colline, qui terrorisent toute la population, qui pillent ou s'approprient les biens d'autrui ? Est-ce IBUKA qui a paralysé tout le système judiciaire ? Est-ce cette association qui exerce une menace constante sur les magistrats qui fuient le pays sans cesse ? IBUKA serait-elle un Etat dans l'Etat ou le vrai problème entre le FPR et son IBUKA ne serait-il pas la simple différence dans le modus operandi, le programme commun restant le même ou ne serait-ce pas une lutte d'influence sur les rescapés ?
Le FPR aurait dû d'emblée déclarer et mettre en application ces bons principes dès sa prise du pouvoir. Tous les criminels sans exception, devaient être poursuivis, aucun innocent n'aurait dû être inquiété ou interné. La justice aurait défendu les rescapés et protégé toutes les victimes du mensonge, de la haine et de l'esprit revanchard, et de la discrimination ethnique. Le chagrin et la souffrance sont compréhensibles, mais faut-il leur sacrifier des gens qui n'ont rien à se reprocher à cause de cet amalgame encouragé et même entretenu par les plus hautes autorités de l'Etat ? Si le FPR s'était montré digne du grandiose enjeu de reconstruction nationale, tous les rwandais de cœur se seraient déjà retrouvés pour refaire la vie ensemble dans le souvenir de leurs disparus à cause de la guerre et du génocide, mais aussi dans l'espoir de meilleurs lendemains. La paix serait revenue au lieu de céder la place à la terreur qui a traumatisé toute la population et qui a fait du pays une terre de tous les dangers. Tous les citoyens auraient reçu la carte d'identité au lieu d'être pourchassés, comme ils le sont aujourd'hui, comme du gibier à cause de leur origine ethnique ou régionale. La réconciliation nationale, tant combattue par ceux qui ont peur de devoir un jour partager le pouvoir politique et économique avec les autres, ne serait plus un objectif lointain, si pas inaccessible. Les rescapés de la guerre, des massacres et du génocide auraient commencé à réapprendre la vie commune dans le pardon et la tolérance, comme ne cessent de le prêcher les confessions religieuses à des oreilles distraites. La Société civile aurait retrouvé ses droits pour poursuivre son rôle de porte-parole des faibles et des laissés pour compte, tout en épaulant les pouvoirs publics pour l'amélioration des conditions de vie socio-économique et spirituelle de la population.
Il vous appartient vous-même d'évaluer les réalisations du FPR pour constater que nous sommes loin du compte. Non seulement rien de bon n'a été accompli, mais tout a été détruit avec l'homme qui en avait été l'artisan. Les infrastructures socio-sanitaires, de communication, l'habitat rural, la plupart des moyens de production pourtant acquis à prix fort, rien n'est pratiquement plus en état sauf dans les régions privilégiées de la classe dirigeante.
Tous les discours ne sont que de la propagande, toutes les multiples réunions tenues par les hautes autorités soi-disant pour débattre de la réconciliation et de l'unité nationale sont sans aucun effet bénéfique pour la population. En outre, il n'est pas permis d'y dire la vérité en rapport avec les réalités du terrain et la misère des gens. Seuls la langue de bois, le clientélisme et la terreur s'y donnent libre cours. Des décisions y sont prises qui reflètent la loi du plus fort et qui dissuadent toute velléité de dialogue et d'ouverture. Les arrestations injustifiées, telles que celle de Messieurs André Nkeramugaba, Bonaventure Ubarijoro, de Monseigneur Augustin Misago, évêque de Gikongoro, poursuivi pour ce qu'il représente et non pour ce qu'il aurait fait,... sont parmi les abus sans scrupules de ces rencontres politiques transformées en guet-apens.
|
ABONNEMENTS A " FORUM RWANDAIS " 12 NUMEROS Europe : FBE 500 ou FF 85 ou DM 25 ou USD 15 ;
Amérique : (USA-CANADA) USD 50 ; Paiement : Par virement : Compte :001- 3256090-70 à CGER avec
mention " Forum Rwandais " ou Editeur Responsable : Eric Bahembera, P.O. Box 85, 3840 GB Hardewijk, Nederland |
Forum Rwandais N° 3 ; Juillet 1999