Le 13/12/20000                          

ARUSHA

 

Conférence de presse : Carla DEL PONTE (Procureur TPIR)

 

1. BILAN

 

Le Procureur a brièvement présenté le bilan de l’année 2000. Le TPIR a fait beaucoup de réalisations notamment l’ouverture de plusieurs enquêtes et l’arrestation de 4 suspects en Europe (Ndindiliyimana, Nzuwonemeye, Muvunyi, et Sagahutu ). Le parquet a ouvert 10 nouveaux dossiers et il est prêt à délivrer 5 actes d’accusations.

Actuellement parmi 51 mandats d’arrêts lancés seules 44 personnes sont détenues à Arusha. D’autres fugitifs courent encore. La difficulté de les arrêter découle du fait que ces personnes changent souvent de noms et de passeports (vrais passeports), elles se déplacent beaucoup à tel point qu’il est difficile de les localiser. En outre « deux Etats africains protègent certains fugitifs ». Les noms de ces Etats seront dévoilés après l’arrestation de ces suspects.

 

2. NOUVEAUTE

 

Il va y avoir du nouveau dans la procédure : les actes d’accusations notifiés seront désormais accompagnés en annexe de faits justificatifs et de toutes les preuves. Ensuite vers la fin du mois de janvier 2001, le Procureur présentera un programme de travail pour l’avenir, c’est-à-dire combien de suspects seront arrêtés et combien d’actes d’accusations seront notifiés. On essayera en outre d’accélérer davantage les procès.

 

3. Enquêtes sur des militaires du FPR

Le Procureur, Madame Carla Del Ponte, a déclaré qu’il lancera des mandats d’arrêt contre certains militaires du FPR. Elle aurait obtenu la promesse de collaboration de la part du Président Kagame pour arrêter ces militaires ainsi que d’autres fugitifs qui courent encore. A la question de savoir ce qu’elle fera si Kagame lui-même doit être inculpé, elle a déclaré qu’elle ne travaille sur base de présomptions mais sur base de faits.

 

 

4. DEFAILLANCE DU PARQUET

Le procureur  a déploré l’incompétence de certains de ses avocats généraux. Trois ou quatre d’entre eux vont être remplacés afin d’avoir des avocats généraux dont la qualité rivaliserait avec celle des avocats de la défense. Par contre, Muna poursuivra ses fonctions. Son départ n’est que des rumeurs. Sur la question suivant : « n’est-il pas ironique ou paradoxal de parler de faiblesse alors  que jusqu’à présent on n’a perdu aucun procès ? ». Le Procureur a répondu en ces termes : « cela veut dire que nos juges sont très bons parce qu’ils peuvent corriger les erreurs des avocats généraux du Procureur ».

 

5. Tenue d’audiences du Tribunal à Kigali

 


Madame Carla Del Ponte a déclaré qu’au début de l’année 2001, dès que la salle d’audience en préparation à Kigali sera terminée, elle déposera une requête pour demander que certaines des audience du Tribunal se tiennent au Rwanda. Elle compte débuter avec le « Procès des Médias ».

 

6. L’ATTENTAT CONTRE L’AVION DU PRESIDENT HABYALIMANA

 

Pour le Procureur tout ce que tout le monde dit sur la mort de Habyalimana n’est pas vrai. Cependant, il a des raisons de croire que cet attentat va apparemment dans la direction des actes de génocide. Le Procureur collabore avec le juge français Bruguière qui a ouvert une enquête sur cet attentat. Au courant de l’année 2001 le Procureur sortira une décision motivée : « ou bien on fait une enquête ou bien on ne la fait pas ». Ce juge viendra encore, dans les jours à venir, à Arusha pour compléter ses enquêtes.

 

7. Le système GACACA

 

Le Procureur soutient le système Gacaca pour deux raisons essentielles

_    Il (le Gacaca) est accepté par les accusés

_    Le Procureur estime qu’il n’y a pas d’autres solutions possibles pour juger les 120 milles prisonniers Hutu entassés dans les différentes prisons rwandaises.

 

 

8. LA PLACE DES VICTIMES

 

Le Procureur affirme avoir fait bloquer les comptes bancaires d’un accusé en fuite. Dès que ce dernier sera arrêté, il demandera au cours du procès le sort de cet argent.

Entre temps le Procureur a fait une demande au Conseil de Sécurité pour la modification du Statut du TPIR afin d’y inclure une clause sur l’indemnisation des victimes. Il soutiendra également la demande des Associations des victimes pour qu’elles puissent intervenir comme amicus curiae.

 

 

9. LES PRISONNIERS CONDAMNES DEFINITIVEMENT

 

Le Procureur considère que les prisonniers qui pourront témoigner à charge resteront internés à Arusha . Le Greffier a jusqu’à présent signé des accords avec trois pays (Benin, Mali et Swaziland) qui ont accepté d’enfermer ces condamnés chez eux. Quant à Ruggiu, l’Italie  est prête pour qu’il puisse purger sa peine là-bas. Dès que le Procureur n’aura plus besoin de son témoignage, le Greffier signera avec cet Etat un mémorandum pour le transfert de Ruggiu.