MEMORANDUM A L’ATTENTION DES LEADERS D’OPINION BELGES
Les récentes déclarations du nouvel Ambassadeur du Rwanda en Belgique lors de la célébration le 04 Juillet 1999 de l’anniversaire et la prise du pouvoir du Front Patriotique Rwandais (FPR) au Rwanda oblige le RDR (Rassemblement pour le Retour des réfugiés et la Démocratie au Rwanda ) à rompre le silence pour dénoncer des manœuvres du FPR visant à dissimuler la vérité sur la tragédie que vit le peuple rwandais depuis 1990.
Lors d’une conférence de presse à Bruxelles, l’Ambassadeur Jacques BIHOZAGARA a déclaré que le FPR avait atteint les objectifs qu’il s’était fixé, à savoir, l’instauration d’un Etat de Droit, la formation d’une armée nationale, la restauration de la sécurité ainsi que la formation d’un gouvernement national.
Autosatisfaction étonnante dans la mesure où le régime du FPR avait justifié il y a peu de jours, la prolongation de la période de transition par le souci d’achever les objectifs qu’il s’était fixé. L’ambassadeur n’a pas manqué de se livrer à un de ces manœuvres de diversion dont le FPR est friand, en accusant le RDR d’être responsable de l’exode continue de Rwandais vers l’occident.
DE LA PERSONNALITE DE L’AMBASSADEUR
Monsieur Jacques BIHOZAGARA fait parti de l’aile dur du régime du FPR opposé à toute solution négociée de la crise rwandaise. Il fait également parti des dignitaires du FPR qui se sont rendus coupables des crimes contre l’humanité mais aujourd’hui épargnés par le Tribunal Pénal International d’ARUSHA. L’ambassadeur Jacques BIHOZAGARA a supervisé en avril 1995, le démantèlement des camps de déplacés hutu de KIBEHO par l’armée régulière du FPR. Dans ce massacre 8000 personnes ont été tuées selon les ONG présentes sur les lieux.
Monsieur Jacques BIHOZAGARA est aussi tristement célèbre au Rwanda pour sa croisade contre les troupes étrangères au Rwanda en 1994, au plus fort du Génocide. Il est aussi l’architecte du tutsiland du MUTARA, où un nettoyage ethnique s’est fait avec la plus grande insolence, pour dégager l’espace pour les réfugiés tutsi rentrés dans le sillage de la victoire du FPR. Voilà l’homme que le FPR a nommé pour défendre les intérêts du Rwanda dans un pays démocratique, la Belgique.
Il est fort à craindre que Jacques BIHOZAGARA ne soit tenté de réaliser en Belgique les exploits terroristes réalisés par le FPR au Kenya et au Cameroun notamment, étant donné l’importante communauté de la diaspora rwandaise en Belgique.
DU BILAN DU FPR ET DE LA RESPONSABILITE DU RDR
Monsieur l’ambassadeur Jacques BIHOZAGARA cité dans la Libre Belgique du 6 juillet 1999, tout en se félicitant des résultats de régime du FPR, attribue l’exode continue de l’élite hutu vers l’occident au RDR qui serait " parvenu à semer le doute dans l’esprit de certains rwandais " y compris des rescapés tutsi. Serait - ce le RDR qui aurait semé le doute dans l’esprit des Unaristes monarchistes, dont le dernier Roi du Rwanda, Kigeli NDAHINDURWA actuellement aux USA, qui refusent de rentrer au Rwanda ?
Dans un bel article publié dans le journal Africa International, de mars/avril 1999, l’historien allemand Helmut STRIZEK parlant du Bilan des cinq ans de pouvoir du FPR, a déclaré non sans raison que " le génocide est devenu la seule raison d’être du régime ". Génocide, on l’oublie souvent, que le FPR a attisé, en voulant une victoire militaire à tout prix.
Au nom du génocide, près de 200.000 personnes croupissent en prison mouroirs sans inculpation depuis 5 ans alors que le régime déclare disposer des preuves accablantes à leur égard.
Au nom du génocide, des régions entières au MUTARA et au Nord du Rwanda ont été vidées de leurs populations d’avant 1994.
Au nom du génocide, la délation, l’exclusion ethnique, l’intimidation politique, ont été érigées en méthodes de gouvernement.
Au du génocide, arrestation et exécution sommaires, la corruption, le bien mal acquis et la logique du fusil ont acquis droit de cité.
Voilà de quoi s’en orgueillit le régime du FPR.
S’agissant d’une armée nationale, le fait d’avoir intégré au sein de l’APR (armée patriotique rwandais) quelques centaines de membres des ex-FAR triés à la volée n’enlève rien à la nature de l’APR. Elle est et restera une milice d’une formation politique, le FPR. Beaucoup de ces ex-FAR utilisés comme exécutoire ont d’ailleurs fini en prison, en exil ou ont été exécutés.
Quant au rôle du RDR, il ne s’agit que d’un bouc émissaire. L’exode continue de la population rwandaise est plutôt le résultat du régime du FPR, le reflet de son échec à garantir l’Etat de droit, à restaurer la sécurité et à asseoir une véritable réconciliation nationale.
Le fait que le RDR ait toujours dénoncé ces manquements n’est pas un crime. Au contraire l’acharnement du FPR contre une organisation non violente, qui ne réclame rien que le dialogue, prouve que le FPR est allergique au débat contradictoire qui est l’essence même de la démocratie.
Même certaines personnalités étrangères qui défendaient pourtant le FPR au début de sa balade au pouvoir, ne cachent plus leur déception. Devant la commission d’enquête parlementaire française, l’historien Gérard PRUNIER a déclaré que " les Américains (et les Britanniques) se trouvaient désormais vis-à-vis du gouvernement rwandais exactement dans le même type de relations aux prises au même type de manipulations et ce avec la même naïveté comme la France se trouvait vis-à-vis de HABYARIMANA ". Et d’ajouter comme pour résumer sa déception, que le pouvoir du FPR était devenu " un bunker ethnique tutsi "
Le haut Commissaire Onusien au Droit de l’Homme et ancien président d’Irlande qui fut un grand admirateur du FPR, n’a pas non plus caché la déception lors de sa toute dernière visite au Rwanda, ce qui lui avait valu des foudres du FPR.
DE L’INVASION DU CONGO
Dans son intervention devant la presse Monsieur Jacques BIHOZAGARA a réitéré que les troupes de l’APR ne se retireraient pas du CONGO " tant que ce dernier n’aura pas désarmé les extrémistes hutu se trouvant à l’Est de ce Pays ". Le FPR doit cesser sa politique de l’autruche. L’insurrection contre son régime est un problème interne qui ne justifie pas une invasion d’un pays voisin dans un spectaculaire revirement d’alliance.
Accepter le fait accompli du Rwanda (et de l’Ouganda) au Congo en exigeant comme préalable à toute accord, la sécurisation de la frontière rwandaise donnerait logiquement à Kabila le droit d’occuper un jour le Rwanda (et l’Ouganda) où la présence de ses opposants ne fait pas de mystère. Il serait aussi légitime pour le Soudan d’occuper le Nord de l’Ouganda par où toute l’assistance rebelle sudiste de la SPLA passe.
La vérité est que l’insurrection contre le régime du FPR est la résultante logique de sa politique d’exclusion et de répression. Aucun pays étranger ne pourra donc endiguer l’explosion de la colère populaire.
L’EXTREMISTE HUTU
La rébellion contre le régime du FPR est erronément assimilée à un phénomène d’extrémisme hutu. S’il est vrai que l’intolérance fait partie du lot des maux qui gangrènent notre pays, il serait raciste de prétendre que l’extrémisme est l’apanage des seuls hutus. Que dire des fanatiques de l’association IBUKA que le secrétaire général du FPR a récemment rappelée à l’ordre ? La modération du hutu ne se mesure plus par ses convictions politiques mais par sa prédisposition à se mettre au service du FPR. Il n’est pas rare de voir d’ancien " hutu modérés " alliés du FPR devenir " hutu extrémistes " dès le moment où ils décident de dénoncer le FPR.
La réalité est que les insurgés recrutent non dans l’extrémiste hutu mais dans la masse des rwandais en quête de survie qui sont pourchassés par le régime.
LE ROLE DES PAYS AMIS
Dans sa conférence de presse l’ambassadeur du Rwanda a souhaité que la Belgique puisse jouer un rôle plus actif dans la recherche de la solution de la crise de la région des grands lacs, en général, et de la crise rwandaise en particulier.
Le RDR émet ici de sérieuses réserves quant à la bonne fois du FPR. Dans un discours retentissant du 4 juillet 1997, le président rwandais Monsieur Pasteur BIZIMUNU a affirmé avec farce que la Belgique avait participé à la préparation du génocide.
Par ailleurs, depuis son installation au pouvoir, c’est une chanson connue du FPR. La responsabilité du mal ethnique rwandais incombe non aux rwandais eux-mêmes, mais aux colons belges. Ce message était destiné dans la tête des stagiaires des camps d’endoctrination du FPR comme une parole d’évangile. Le coup de cœur du FPR pour la Belgique, accusé de tous les maux, est donc suspect ;
Mais il est vrai que la Belgique a un rôle historique à jouer au Rwanda pour autant qu’elle sache éviter le piège du FPR qui veut lui faire jouer un rôle de partisan. La Belgique pourrait ainsi rappeler au FPR les bons principes d’ouverture et de dialogue qu’elle avait prodigué au régime de HABYARIMANA tout au long de la guerre, notamment, lors des sommets de MWANZA, de DAR ES SALAAM et durant les négociations d’ARUSHA.
PERSPECTIVES
Si l’amalgamisme entre l’invasion du Congo par le Rwanda et la crise interne au Rwanda est juridiquement et politiquement inacceptables, il a le mérite de ramener sur le plateau le problème rwandais. L’actuel régime porte en lui des germes d’instabilité, non seulement internes, mais aussi régionale. Maintenant que le régime du FPR le reconnaît, quoi qu’à sa façon, il faut battre le fer tant qu’il est encore chaud.
Pour ce faire, le FPR doit faire une autocritique sans complaisance et reconnaître ses responsabilités dans la crise. Le récent rapport conjoint de la Fédération Internationale des Ligues des droits de l’Homme et de Humant Right Watch, comme le Rapport GERSONY qui a été honteusement censuré pour ne citer que ceux là, renferment suffisamment de détails accablants sur sa responsabilité.
Il doit donc cesser de se faire passer pour un libérateur, qu’il n’est pas, et accepter modestement un dialogue national.
Chaque fois que les exilés rwandais (ainsi que l’opposition démocratique interne), ont demandé ce dialogue le FPR les a accablés de pires injures. Le discours du Général Major Kagame Paul à Rwamatamu (KIBUYE) en 1996 à la veille de la destruction des camps à l’Est de l’ex-Zaïre, est assez exemplatif.
Mais ce serait une aberration de prétendre que tous les exilés rwandais et toute l’opposition interne sont des extrémistes. Il se trouve parmi eux des gens intègres et de bonne foi qui ne demandent qu’à donner leur contribution pour la fin de la crise rwandaise. Le régime du FPR est impopulaire et le FPR le sait. Continuer à refuser tout dialogue va radicaliser même les plus " modérés " de son opposition et justifiera un recours à la force comme le FPR l’a fait lui-même.
Les véritables amis du Rwanda sont donc ceux qui sauront faire comprendre au FPR qu’il est plus onéreux de faire la guerre que la paix.