Décembre 1996
LA R.T.L.M
(LA RADIO-TELEVISION LIBRE DES MILLES COLLINES) N'EST PAS A LA BASE DE LA HAINE ET DES MASSACRES INTERETHNIQUES AU RWANDA
INTRODUCTION
Se fondant sur les informations recueillies auprès des dirigeants du FPR(Front Patriotique Rwandais) et auprès des milieux profondément acquis à la cause de ce Front, Monsieur Denis Degni Ségui, Rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme, a présenté la RTLM comme une radio ayant mené une "campagne d'incitation à la haine ethnique et à la violence" au Rwanda (voir son rapport E/CN.4/1995/12 du 12 août 1994, p.5).
Comme pour lui emboîter le pas, quelques organisations non gouvernementales internationales de défense des droits de l'honmme tels Human Rights Watch, African Rights, FIDH, etc... s'empressèrent de qualifier la RTLM de "radio de la haine" ou de "radio qui tue".
Simultanément et s'influençant mutuellement, les médias occidentaux reprirent ces images, les diffusèrent dans leurs colonnes ou sur leurs écrans à tel enseigne que l'opinion publique internationale finit par être convaincue faussement que la RTLM fut à la base de la haine et des massacres interethniques survenus au Rwanda.
Dans certains milieux, on poussa la diffamation à l'extrême en faisant croire que la RTLM a été créée dans le but de lever les Rwandais les uns contre les autres, surtout d'inciter les Hutu à massacrer les Tutsi.
Peu de gens se donnèrent la peine (qui aurait été justifiée) de vérifier si de telles graves accusations étaient fondées et pourquoi elles étaient diffusées à grande échelle.
Pratiquement, personne ne chercha à savoir ce qu'est la RTLM : sa structure, les circonstances de sa création, ses objectifs et la nature de ses activités. Mais aussi, rares furent des personnes qui se demandèrent :
* Pourquoi la RTLM a été prise pour cible par le FPR, ses sponsors et
lobby ?
* Pourquoi tout ce monde s'est évertué et s'évertue encore aujourd'hui à rendre la RTLM responsable de la catastrophe humaine qui s'est abattue sur le Rwanda à la suite de quatre années de guerre déclenchée et entretenue par le FPR depuis le 1er Octobre 1990 et de l'assassinat du président Juvénal HABYARIMANA perpétré le 6 Avril 1994 par ce même Front ?
* Enfin, pourquoi même les grands connaisseurs du Rwanda en général, et de son paysage médiatique en particulier, ont laissé planer longtemps la confusion sur la RTLM et n'ont pas essayé d'inviter l'opinion à faire la distinction entre la société RTLM SA et la radio créée par cette société ?
Cette distinction aurait permis aux uns et aux autres de savoir et de comprendre que l'action des initiateurs de la RTLM SA, l'empressement des actionnaires à acheter des parts et à constituer une société fiable et le travail des journalistes et autres employés de cette Société s'inscrivent correctement dans le paysage du libéralisme consacré par la Constitution du 10 juin 1991 et par la loi sur la presse promulguée le 15 novembre 1991.
Les actionnaires de la RTLM SA et d'autres intervenants de cette société ont donc profité de cette libéralisation pour explorer et exploiter en privé le secteur de l'audio-visuel ainsi que les activités connexes au domaine médiatique.
Par conséquent, loin d'eux et de leur esprit fut l'idée de créer une société visant la haine et les massacres interethniques au Rwanda.
Les pages qui suivent permettent de connaître ce qu'est la RTLM, comment elle a été créée, quels sont ses objectifs et quelles furent ses activités depuis sa création jusqu'à la date de la débâcle générale du peuple rwandais, en juillet 1994. Le texte fournit aussi des réponses aux accusations portées contre la RTLM SA et sa radio.
I. CREATION DE LA RTLM
Contrairement aux idées reçues, la RTLM n'est pas une radio. C'est une "société anonyme privée d'installation et d'exploitation d'une radio-télévision libre régie par la législation en vigueur en République Rwandaise ainsi que par les statuts de cette société" (voir Art.1 des Statuts de la RTLM).
La radio n'est donc qu'une infime partie des activités de la RTLM SA. En effet, les actionnaires de la RTLM S.A avaient prévu d'engager la société dans plusieurs activités liées aux médias en général : télévision, télédistribution, radio .... et aux services en rapport avec l'information : vente des produits télévisuels et cinématographiques, vente de livres et de journaux, etc ...
Cependant, plusieurs raisons firent que la RTLM S.A commença ses activités par l'installation et l'exploitation d'une radiodiffusion. Ces raisons sont notamment :
* Un investissement abordable pour la société ;
* Une technologie déjà rodée au Rwanda ;
* La disponibilité de moyens humains : techniciens de la radio, journalistes, managers, etc ;
* Un besoin réel d'une radio privée et libre ;
* Les possibilités et les facilités de toucher et de fidéliser une clientèle assez large et utile pour le développement ultérieur de la télévision et de la télédistribution.
La naissance de la RTLM S.A et la création de sa radio furent favorisées par l'ouverture démocratique et par la libéralisation du secteur de la presse suite à l'adoption de la Constitution du 10 juin 1991 et de la loi sur la presse du 15 novembre 1991.
La RTLM S.A fut créée sous forme d'une société commerciale privée ayant pour objectif primordial de faire gagner de l'argent à ses actionnaires en vendant des produits médiatiques assez compétitifs et à la hauteur des exigences d'un public national rwandais et sous-régional déjà blasé par la gueule de bois et le manque de créativité des médias audio-visuels publics.
Alors que dans la presse écrite foisonnaient beaucoup de journaux privés de valeur médiocre , dans l'audio-visuel, les médias de l'Etat gardaient seuls le monopole. La RTLM S.A vint donc combler un vide, à la grande satisfaction du public rwandais et de la sous-région avide de changements et de variétés. Comme l'a si bien écrit l'Association "Justice et Paix pour la Réconciliation au Rwanda", plus libre dans sa mission de collecte, de traitement et de diffusion de faits, plus libre également dans ses commentaires, la radio de la RTLM S.A fait l'effet d'une bombe dans cet environnement médiatique alors caractérisé par une "peur bleue" dans le domaine de la liberté d'expression. Cette innovation vaudra à la RTLM un très grand succès auprès de ses auditeurs rwandais".
Il faut souligner que d'autres organisations avaient suivi l'exemple des actionnaires de la RTLM et avaient introduit des demandes pour mettre en place des stations de radios. Certaines d'entre elles avaient déjà reçu des autorisations. L'on peut citer la Diocèse de KABGAYI, le Centre IWACU etc ...
De par ses objectifs qui répondaient aux attentes du grand public, la RTLM SA connut ses premiers succès à travers les souscriptions : plus de 2.000 personnes acceptèrent d'en être actionnaires.
Ici, il sied de souligner que contrairement aux affirmations dénuées de toute véracité, les actionnaires de la RTLM S.A ne se limitent pas à 50 personnes qui se sont présentées chez le notaire pour signer devant lui les statuts de la RTLM S.A conformément à la législation rwandaise. A ce niveau déjà, il convient de noter que les médias ont induit en erreur le public international en lui présentant les 50 signataires des statuts comme les seuls actionnaires de la RTLM SA. Profitant de cette confusion sciemment entretenue, le FPR et les puissances occidentales qui le soutiennent, les organisations non gouvernementales et les organismes étatiques et internationaux à sa solde prirent pour cibles ces 50 signataires jusqu'à les qualifier de massacreurs, de génocidaires etc... comme si "être actionnaire dans une société rwandaise et africaine à vocation médiatique était un crime en soi. Cependant des radios et télévisios privées sont monaie courante dans tous les pays démocratiques . Tout homme d'affaires est libre d'investir dans n'importe quel domaine aussi longtemps qu'il se conforme à la loi en vigeur dans le pays.
Cette attitude découlait et découle encore de l'aveuglement de toutes ces instances qui n'ont même pas daigné réserver un petit moment à la lecture et la compréhension des statuts de la RTLM SA (pourtant publiés dans le Journal Officiel de la République Rwandaise).
Ces statuts leur auraient permis de constater que :
* La société RTLM SA était ouverte à toute personne désireuse d'acheter une ou plusieurs actions (une action vaut 5.000 Frs rwandais) sans distinction de nationalité, de race, d'ethnie, de religion ou de conviction
politique ;
* Le capital social de la RTLM SA était fixé à CENT MILLIONS de francs rwandais (100.000.000 FRW) représentés par 20.000 actions ;
* Aucun actionnaire ne peut détenir plus de 1.000 actions et les actions sont nominatives.
A cet égard, il est très surprenant qu'un homme comme KABUGA Félicien, soit faussement considéré propriétaire de la société RTLM alors qu'il ne détient que 1,5 % des actions (1.500.000 francs rwandais). Ce sont des faits vérifiables auprès de la BACAR qui détient le compte de la RTLM.
De plus, si ceux qui s'attaquent à la RTLM SA n'étaient pas animés d'un esprit nihiliste ou d'une volonté d'intoxication, ils auraient consulté le registre des actions et des actionnaires de la RTLM SA. Ils auraient alors constaté qu'à la fin du mois de mars 1994, la RTLM SA comptait déjà plus de 2.000 actionnaires.
Voilà les éléments dignes de foi que le FPR et ses sponsors ont sciemment refusé de porter à la connaissance du public préférant le maintenir dans l'ignorance des faits afin de pouvoir attaquer sans être inquiétés la RTLM considérée comme opposant aux intêrets du FPR. Cependant en créant la RTLM en plus de faire gagner de l'argent aux actionnaires, les promoteurs voulaient égalememt "faciliter la circulation des idées diversifiées qui seules permettent le développement harmonieux de la société et à contribuer à l'éducation du peuple et à lui transmettre l'information juste, objective et variée" (voir les statuts de la RTLM S.A).
En tant que société commerciale anonyme., la RTLM SA devait avoir une structure spécifique déterminée par la loi sur les sociétés, à savoir : une assemblée des actionnaires, un Conseil d'Administration, une Direction et des services techniques.
Les actionnaires ou leurs représentants devaient se retrouver en une Assemblée générale annuelle pour examiner toutes les questions relatives à la marche de la Société.
L'assemblée constituante de la Société se tint à Kigali-Rwanda, le jour même de sa création, le 08 avril 1993. Cependant, les structures prévues dans les statuts ne fûrent pas immédiatement mises en place. Il fut décidé qu'une assemblée ordinaire devait se tenir au cours du mois d'avril 1994 pour ce faire et pour examiner d'autres dossiers nés entre-temps.
Les événements tragiques qui ont secoué le Rwanda durant l'année 1994(et spécialement à partir du mois d'avril de cette année) ne permirent pas le respect de ce calendrier.
Toutefois, en attendant le fonctionnement effectif des organes statutaires de la société, les actionnaires mirent en place un organe provisoire de gestion faisant office, et de Conseil d'Administration, et de Direction. Il s'agit du Comité d'initiative. Il était composé d'une trentaine de personnes réparties en plusieurs commissions. Les responsables de ces commissions formaient le bureau dirigé par un président dont le rôle était la coordination des activités des commissions et la préparation ( active et efficace ) de l'assemblée générale ordinaire de la Société.
Sous la responsabilité du Comité d'Initiative, un personnel embryonnaire était chargé de faire marcher les activités de la première entreprise de la société, à savoir la radiodiffusion.
Ce personnel comprenait un coordinateur-gérant, un rédacteur en chef, quelques journalistes et quelques agents administratifs et financiers.
Jusqu'à la date du 06 avril 1994, jour de l'assassinat du Président Juvénal HABYARIMANA dont les conséquences furent la reprise de la guerre entre le RPF et les Forces Armées Rwandaises sur tous les fronts et la catastrophe humaine qui a terriblement secoué le Rwanda, la RTLM SA n'employait qu'un petit nombre de personnel essentiellement affecté à la radiodiffusion.
Donc, contrairement aux clichés trompeurs répandus dans les médias internationaux, la RTLM (Société et radio) n'était pas une grosse entreprise, à la taille des maisons privées de radios et de télévisions du monde occidental. Ainsi par exemple,la radio de la RTLM SA émettant en FM ne couvrait qu'environ 40% du territoire rwandais. Mais, en grossissant son portrait, ces médias, le FPR et ses partisans réussirent à abuser le public occidental habitué aux institutions d'information de grande taille et à leur grande influence sur la marche de la société.
Accoutumée à l'idée de la vérité et de l'objectivité des informations diffusées par les médias, le FPR et ses partisans réussirent à abuser le public occidental habitué aux institutions d'information de grande taille et à leur grande influence sur la marche de la société.
Accoutumée à l'idée de la vérité et de l'objectivité des informations diffusées par les médias occidentaux, l'opinion internationale crut en tout ce qu'ils apportèrent à propos de la RTLM sans aucune vérification, sans aucune analyse des faits la concernant ; elle se contenta de la condamner et de lui attribuer tous les maux dont la population rwandaise a souffert et continue de souffrir maintenant. Elle mit toutes les souffrances du Rwanda sur son dos. De ce fait, le FPR réussit à se décharger sur elle et à lui faire porter tous les crimes qu'il a commis en déclenchant la guerre le 1er Octobre 1990, en l'entretenant, en tuant des milliers de civils innocents, en assassinant des cadres politiques rwandais, en provoquant des déplacements de populations (plus d'un million de sans abris à la veille du 6 avril 1994) et en reprenant des hostilités meurtrières directement après l'assassinat du Président Juvénal dont l'avion a été descendu par les missiles lancées par ce Front.
II. ACTIVITES DE LA RTLM
A. Avant le 06 avril 1994
Dans les premiers mois de sa création (avril-octobre 1993), les activités de la RTLM SA se sont limitées essentiellement à la mise en place du cadre légal de la société : adoption et légalisation des statuts, obtention d'autorisations nécessaires.
Ainsi, au cours de cette période, le comité d'initiative a déposé les statuts de la RTLM SA auprès du Tribunal de première Instance de Kigali où la RTLM SA a été enregistrée comme société commerciale anonyme.
Après enregistrement, la RTLM SA est entrée en pourparlers avec le Ministère rwandais de l'information. Elle signa avec le titulaire de celui-ci, Monsieur Faustin RUCOGOZA, membre influent du parti MDR (Mouvement Démocratique Républicain), un accord définissant le cahier de charges, le plan d'actions de la RTLM SA et la ligne rédactionnelle de la radio de cette société. Ces démarches et leur aboutissement positif dans le strict respect de la législation en vigueur dans le domaine de la presse au Rwanda, montrent encore une fois jusqu'à quel degré le public international a été induit en erreur en lui faisant croire que la RTLM SA n'obéissait à aucune loi et que sa radio était une radio pirate ne devant son existence et son évolution qu'aux services de la Présidence de la République et aux seuls hommes du Président Juvénal HABYARIMANA, de son parti MRND (Mouvement Républicain National pour le Développement et la Démocratie) et des membres de la CDR (Coalition pour la Défense de la République).
Il est fort regrettable que toute ces calomniesn aient été prises pour vérités et aient nui à la RTLM , à ses actionnaires et à la population rwandaise .
Après avoir conclu avec le Ministère de l'Information l'accord d'installation et d'exploitation d'une radio et d'une télévision, la RTLM SA entreprit les démarches de demande des fréquences nécessaires au Ministère des Postes et Communications pour sa radio FM et pour la télédistribution. Elles furent obtenues dès le mois de juillet 1993. Aussi, les premiers essais de radiodiffusion commencèrent en août 1993 par de la musique non commentée. Les émissions proprement dites débutèrent le 23 octobre 1993.
Depuis lors, la radio de la RTLM SA se mit à diffuser quelques informations de portée nationale et sous-régionale, à organiser des débats et des interviews de différentes personnalités et à donner largement la parole au grand public.
Dès les premières semaines de ses émissions, cette radio (communément confondue avec la société qui l'a créée) démontra son indépendance et son savoir-faire. Non seulement elle servit au public des informations vraies expurgées de la langue de bois des médias audio-visuels officiels, mais aussi et surtout elle donna la parole à des personnalités de diverses tendances politiques. C'est dans ce sens que parlant de cette radio," l'Association Justice et Paix pour la Réconciliation au Rwanda (AJPR)" note dans son livre "Rwanda, l'autre face du génocide (depuis la guerre du 1 er octobre 1990 à nos jours) :
"Ainsi donc, si la RTLM a traité sur ses antennes des sujets aussi délicats que le problème ethnique au Rwanda, le multipartisme mal compris, le régionalisme, les Accords d'Arusha, les prestations des Casques Bleus Belges etc... c'était dans le strict respect du principe d'informer la population et de répondre à ses préoccupations et à ses attentes qui regroupaient les thèmes ci-haut énumérés de façon non exhaustive. Ces thèmes constituaient effectivement les grands sujets d'actualité du moment et ne pouvaient échapper au micro des journalistes d'une station qui a pour objectif numéro 1 d'informer objectivement et honnêtement ses auditeurs".
Pour rendre ses programmes intéressants et y apporter de la nouveauté, la radio de la RTLM SA reçut des leaders politiques de plusieurs partis qui y passèrent soit sur leur propre initiative moyennant payement du temps d'antenne, soit sur l'initiative des journalistes de la station toujours en quête d'informations contradictoires et objectives. Ainsi, le public rwandais a pu entendre sur les ondes de la radio de la RTLM SA des chefs de file du MRND ou du FPR, de deux factions du MDR , de la CDR, du Parti Libéral (PL) aile pro-Mugenzi ou aile pro-Landouald Ndasingwa.
L'idéologie du FPR, le très extrémiste Tito Rutaremara a lui aussi largement profité des antennes de la radio RTLM SA. Le Président du FPR, le Colonel Kanyarengwe Alexis et le Colonel KARENZI, actuel chef de Renseignements intérieurs se sont servis de la Radio RTLM pour faire la propagande du FPR.De même ,l'extremiste tutsi du Burundi , le Lieutenant Colonel Jean Bikomagu , Chef d'Etat Major de l'armée burundaise a pu faire passer son interview et divers entretiens tenus avec le journaliste HABIMANA KANTANO juste au moment où la rumeur disait qu'il préparait un coup d'Etat contre le Président Melchior Ndadaye. Celui-ci fut assassiné quelques temps après dans une tentative de coup d'Etat monté par Jean Bikomagu !
Ainsi donc, beaucoup de leaders politiques et militaires de tendances diverses, des citoyens ordinaires du Rwanda et même des auditeurs venus de l'étranger purent s'exprimer librement sur les antennes de la radio de la RTLM SA dans le respect des lois et règlements en vigueur.
Tout en réalisant les objectifs commerciaux de la société, la radio de la RTLM SA fut pratiquement la seule qui ne censura personne et qui ne refusa l'antenne à aucun leader politique ou à un partisan de telle ou telle tendance politique ou idéologique. Les seules exigences valables pour tout le monde, actionnaire ou pas, étaient le payement des services rendus et le respect des lois et règlements en vigueur dans le pays.
B. Après le 06 avril 1994.
Le 06 avril 1994, date de l'assassinat du Président Juvénal HABYARIMANA, fut un jour qui bascula le Rwanda et l'entraîna à la dérive. A l'annonce de la mort du Chef de l'Etat et de la reprise des hostilités par le FPR contre les Forces Armées Rwandaises, toute la nation fut prise de panique. Personne ne sut ce que faire et il n'y eut personne pour donner des ordres sûrs et concrets à la population en général, aux agents de l'administration publique et privée en particulier.
Quand la capitale Kigali devint le théâtre d'âpres affrontements entre le FPR et les forces gouvernementales, dès le 7 avril 1994, chaque personne ou des groupes de personnes habitant les mêmes quartiers cherchèrent à fuir les lieux des accrochages. Ainsi certains membres du comité d'initiative quittèrent la capitale le 7 avril 1994.
Ce fut fait en désordre dans un mouvement de débandade générale.
De plus , il faut ajouter qu'après l'assassinat du Président de la République et la mort du Premier Ministre, le pays n'avait plus de gouvernement qui aurait pris la situation en mains. Même après avoir été constitué, le 9 avril 1994, le nouveau Gouvernement dut quitter précipitamment la capitale pour se réfugier à Gitarama, au Centre du rwanda, provoquant ainsi la fuite de Kigali de quelques rares responsables qui s'y trouvaient.
C'est dans ce cadre que le Comité d'initiative de la RTLM SA dont certains membres avaient fui déjà depuis le 7 avril ne put plus être présent à Kigali.
Dans cette situation de guerre et de débandade, seul le personnel qui était de garde la nuit du 6 au 7 avril et qui n'avait donc pas le loisir de quitter les lieux de travail et de rentrer à la maison put continuer à assurer certains services vitaux.
N'ayant pas des ordres et des directives de leurs chefs hiérarchiques, ces hommes et ces femmes usèrent de leur savoir-faire et mirent à contribution leur esprit patriotique pour répondre aux diverses attentes de leurs compatriotes. Il en fut de même à la radio de la RTLM, SA.
Ici, on comprend qu'il est faux d'affirmer que les membres du Comité d'initiative ont donné des ordres aux journalistes de la radio de la RTLM SA ou qu'ils ont utilisé les antennes de celle-ci pour inciter la population à la haine et aux massacres interthniques.
III. ACCUSATIONS PORTEES CONTRE LA RTLM S.A
La RTLM est devenue la cible privilégiée des attaques du FPR et d'autres groupes et milieux proches du FPR dès ses premières émissions. En effet avant la création de la radio RTLM, le gouvernement détenait un monopole dans le domaine de l'audio-visuel. Les rebelles du FPR constituaient un autre groupe qui avait une station de radio mais pirate qu'ils utilisaient pour l'intoxication du public et pour sa propagande. Après la signature d'un accord entre le FPR et les principaux partis d'opposition (MDR, PSD, PL), grands partenaires dans le gouvernement de coalition, à Bruxelles le 3 juin 1992 aux termes duquel les deux parties s'engageaient à travailler ensemble surtout dans le cadre de l'information( le Ministère de l'Inforamtion était détenu par le MDR), ceux qui avaient des points de vue contraires aux intérêts de cette alliance( y compris certaines personnes au sein de l'alliance) ne pouvaient pas les faire passer à la radio natioanle. Tous ces gens étaient heureux de voir naître une radio privée qui acceptait de faire passer un débat contradictoire sur ses antennes.
Cette indépendance rendit la RTLM populaire mais en même temps très détestée par le FPR.
Il était normal que le FPR et ses sponsors soient contre la RTLM. La RTLM était tout particulièrement haïe par le FPR parce qu'elle exposait les atrocités que l' Armée du FPR commettait contre la population civile. Autrement comment la Radio de la RTLM pouvait-t-elle à la fois professer la haine contre les tutsi et donner largement la parole aux représentants des tutsi et du FPR pour faire leur propre propagande ? Même ceux qui étaient considérés comme extrémistes tutsi s'exprimaient aux antennes de la RTLM .
La Mission d'Assistance des nations Unies au Rwanda (MINUAR) était un autre opposant acharné de la RTLM. La Radio RTLM critiquait la partialité de cette mission au Rwanda en faveur du FPR. Le contingent belge, responsable de la sécurité dans la ville de Kigali était aussi sérieusement mis en cause par le public et certains commentateurs de la radio RTLM à cause du mauvais comportement de ses hommes. Certains militaires de ce contingent étaient même renvoyés en Belgique à cause de l'indiscipline et de leur partisannerie politique. Ces critiques enragèrent le gouvernement et la presse belges, ce qui rendit la RTLM la bête noire de ces deux groupes. Le Chef de la MINUAR, le Général Major DALLAIRE se sentant personnellement blessé par ces critiques portées contre ses troupes et sa mission au Rwanda fit tout pour discréditer la radio RTLM et la faire discréditer auprès du Conseil de Sécurité.
Par exemple, face aux assassinats de cadres politiques, dans lesquels le FPR était le présumé coupable, dans les communes de BWISIGE, KIDAHO, NKUMBA, MUTURA et TABA, la radio RTLM SA éleva énergiquement la voix et réclama des enquêtes et des punitions exemplaires pour les coupables éventuels. Malheureusement la MINUAR, responsable des enquêtes n'osa jamais publier les résultats des enquêtes qui incriminaient le FPR.
Enfin il faut souligner que l'incitation à la violence est punissable par les lois rwandaises. Il n'était pas possible que le Ministère de la Justice qui était entre les mains du Parti Libéral, qui comptait en son sein des membres tutsi très influents, dont son Vice Président et Ministre des Affaires Sociales, ait laissé la radio RTLM inciter la population à la violence contre les tutsi sans porter plainte auprès des tribunaux rwandais.
CONCLUSION
Il appert de ce que vient d'être décrit que les actionnaires de la RTLM SA ont fondé leur société parce qu'ils étaient encouragés par l'évolution positive du pluralisme politique consacré par la nouvelle constitution promulguée le 10 juin 1991 et parce que la loi sur la presse signée le 15 novembre 1991 favorisait la libéralisation du secteur des médias. Par conséquent, il sont profité de cette situation pour explorer et exploiter en privé le domaine de l'audio-visuel ainsi que les activité qui lui sont connexes.
L'objectif principal de la Société était donc le gain de l'argent en offrant aux consommateurs des produits médiatiques suffisamment compétitifs. Ils ont voulu en deuxième lieu contribuer au renforcement de la démocratie pluraliste en facilitant la circulation des idées diversifiées qui seules permettent le développement harmonieux de la société humaine.
Le FPR est responsable de la résurgence de la haine interethnique qui avait disparu après dix huit ans d'une politique de paix et d'unité nationale, en lançant une guerre, en massacrant des populations civiles dans les zones qu'il controlait et en déplaçant un million de hutus. Les assassinats des leaders politiques hutu dont le Président HABYARIMANA ajoutèrent l'huile au feu. La propagande de la radio pirate MUHABURA empira la situation.
Il est important que les décideurs examinent objectivement les causes profondes de la tragédie rwandaise. De cette manière, ils découvriraient sans aucune peine que tous les malheurs que le Rwanda vit depuis octobre 1990 ont pour origine la guerre dont les auteurs et exécutants demeurent les chefs et les membres du FPR.
Pour se disculper et se débarrasser de ses lourdes responsabilités devant le monde et devant l'histoire, le FPR a cherché des bouc-émissaires. Avec l'aide de ses alliés très puissants( pays et individus, organismes internationaux et organisations non gouvernementales), leFPR est parvenu à faire porter ses forfaits aux Hutu .
Le problème auquel la RTLM et ses actionnaires font face découle de la stratégie de diversion visant à cacher le vrai coupable et à couvrir l'échec de la communauté internationale à évaluer correctement la situation au Rwanda en vue de prévenir la perte de milliers de vies humaines.