RASSEMBLEMENT POUR LE RETOUR DES

REFUGIÉS ET LA DÉMOCRATIE AU

RWANDA

R.D.R

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BELGIQUE

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TÉMOIGNAGE SUR LE CALVAIRE DES RÉFUGIÉS RWANDAIS À L'EST DU ZAÏRE. 

1.INTRODUCTION

Depuis leur arrivée à l'Est du Zaïre en Juillet 1994, les réfugiés Hutu du Rwanda ont été installés dans les régions d'UVIRA, de BUKAVU et de GOMA. Selon les chiffres du HCR, leur nombre s'élevait en Octobre 1996 à:

- Les région de GOMA: 715.991 personnes réparties dans les camps MUGUNGA - LAC VERT - KIBUMBA - KAHINDO et KATALE.

- Les réfugiés de la région de BUKAVU: 316.000 personnes réparties dans les camps NYANGEZI - PANZI - MUKU - MUSHWESHWE - NYAMIRANGWE -CHIMANGA - BULONGE - CHABARABE - NYAKAVOGO - MUDAKA - INERA-KASHUSHA - KATANA - KALEHE - KABILA et IDJWI.

- Les réfugiés de la région d'UVIRA: 180.144 personnes dont 117.316 réfugiés burundais, réparties dans les camps KAMANYOLA - KANGANIRO - RUVUNGE -RUBALIKA - RUBELEZI - RUNINGU et KAJEMBO. Soit au total 1.094.819 réfugiés Rwandais.

Signalons qu'un nombre non négligeable de réfugiés Rwandais s'étaient installés dans les villes de GOMA, BUKAVU et UVIRA et beaucoup d'entre eux n'étaient pas enregistrés par le HCR.

Cette partie du territoire zaïrois où étaient implantés les camps est un ensemble de plaines et de hauts plateaux très fertiles, au climat tempéré tout à fait identique à celui du Rwanda. Les voies de communication par terre, par lac et par air fonctionnent normalement par rapport au reste du pays. La population autochtone est favorable aux réfugiés rwandais malgré l'intoxication entretenue par le régime de Kigali et visant à soulever la population locale contre les réfugiés rwandais surtout à GOMA.

Au début, le HCR s'est mobilisé pour apporter aux réfugiés rwandais une aide d'urgence. Mais par après, le HCR a réduit sensiblement ses prestations dans les camps des réfugiés et a brillé par son manquement à la protection de ces réfugiés. Ainsi par exemple, le HCR ne fera rien pour condamner l'attaque du camp de BIRAVA par les éléments du FPR en 1995, les tirs réguliers à l'arme lourde sur le camp PANZI et les explosions fréquentes de mines dans les camps des réfugiés de GOMA. A tous ces incidents, il convient d'ajouter que les réfugiés rwandais étaient traumatisés par les menaces persistantes de rapatriement forcé avant la fin de l'année 1996.

 

Depuis juin 1996, le RDR n’a cessé d’avertir la communauté internationale de l’imminence d’une invasion de l’Est du Zaïre à partir de l’Uganda du Rwanda et du Burundi , afin de détruire les camps de réfugiés ( voir notre communiqué de presse du 17 juin 1996). Le scenario dénoncé par le RDR a été éxécuté à la lettre. La communauté internationale ne peut donc s’enfuir derrière des excuses d’avoir été pris de court puisqu’ il y avait assez de signe avant-coureurs.

Maintenant que le drame a été consommé presqu’en direct sur les camera internationaux, le meilleur moyen de réparer le tord causé est d’enquêter sur les responsabilités de chacun dans ce drame et de punir les coupables, sans quoi la cummunauté internationale se sera rendue complice.

Afin d’être crédible aux yeux non seulement des victimes mais aussi de la fraternité des organisations des droits de l’homme, le RDR est d’avis que la compétence de la commission d’enquête envisagée devrait s’étendre à tous les gouvernements et organisations ayant appuiyé materiellement et financièrement les rebelles .

Aussi, à la veille de l'ouverture des hostilités, le HCR et les agences humanitaires retireront tous leurs personnels de BUKAVU et de GOMA abandonnant les réfugiés à eux-mêmes. Ainsi, à partir du 13 Octobre 1996, les "rebelles" attaqueront sans témoins les camps des réfugiés rwandais; d'abord au Sud, puis simultanément au Sud et au Nord Kivu.

Pendant ces attaques des centaines de milliers de réfugiés seront tués, d'autres fuiront vers l'Ouest tandis que 350.000 réfugiés de GOMA seront forcés de rentrer au Rwanda.

Le calvaire des réfugiés Hutu commence avec ces attaques et la destruction systématique des camps. Les fugitifs traverseront une zone très difficile et inhospitaière. En effet, après les hauts plateaux de NGWESHE, de WALUNGU, de KABARE, de KALEHE et de MASISI s'étend l'immense forêt équatoriale: forêt dense presque impénétrable, entrecoupée par des cours d'eau larges et profonds (OSO, LOWA, NYABARONGO, LUBUTU, MAIKO et ULINDI), avec seulement trois voies de communication (route NGWESHI - SHABUNDA - KINDU; route BUKAVU - WALIKALE - KISANGANI, piste ITEBERO - KASESE - PUNIA et route KINDU - PUNIA - LUBUTU). Cette forêt est parsemée de petits villages isolés et abandonnés à la suite des pillages des militaires zaïrois. Dans cette même zone, l'administration n'existe plus et les infrastructures sociales sont fermées depuis le repli des militaires zaïrois.

Pendant cette longue et pénible traversée, les réfugiés seront constamment pourchassés par les "rebelles" tutsi. A maintes reprises, ils tomberont dans embuscades de ces "rebelles" et des centaines de milliers de réfugiés seront sauvagement massacrés. D'autres se disperseront dans la forêt où ils mourront de faim, des maladies, de noyade et d'épuisement. Parmi les plus résistants, plus de 300.000 personnes atteindront les camps AMISI, TINGI TINGI et SHABUNDA dans la région de MANIEMA.

Le nombre de ces réfugiés a provoqué "une guerre" de chiffres; nous verrons le but caché de cette guerre.

Après la destruction du camp de TINGI TINGI le 01 Mars 1997, quelques réfugiés tenteront de rejoindre la région de KISANGANI; 100.000 réfugiés environ y parviendront; mais d'autres n'essayeront même pas à cause de leur état général de leur santé affectée par la fatigue, les maladies et la malnutrition. Quant aux réfugiés du camp de SHABUNDA, ils se seront "volatilisés" après la destruction de ce camp.

Ce calvaire des réfugiés Hutu qui dure déjà six mois entre désormais dans la phase finale. En effet, les réfugiés Hutu se trouvent maintenant dans la zone contrôlée par les "rebelles" tutsi; tout sera donc mis en oeuvre pour les exterminer à peu de frais.

 

Dans ce document qui constitue le témoignage direct des rescapés de TINGI TINGI, vous trouverez le récit détaillé sur les attaques successives des camps des réfugiés rwandais, l'exode de ces réfugiés vers l'Ouest dans la région de MANIEMA à travers la forêt équatoriale, la formation des nouveaux camps dans cette région et l'anéantissement total des réfugiés Hutu sans défense autour de la ville de KISANGANI. Le document révèle les horreurs et le caractère génocidaire des massacres perpétrés à l'endroit des réfugiés Hutu par l'Armée Patriotique Rwandaise (APR) présentée sous l'étiquette des rebelles Banyamulenge d'abord, devenus peu après les rebelles de KABILA.

 

2. LES ATTAQUES SUCCESSIVES DES CAMPS DE RÉFUGIÉS DANS LE NORD ET LE SUD KIVU.

2.1. AU SUD KIVU

Au Sud Kivu, les infiltrations massives des jeunes Tutsi entraînés au Rwanda s'intensifient au mois de Septembre 1996. Ces mouvements suspects exacerbent le sentiment de xénophobie de la part des autochtones zaïrois de la région contre les Tutsi Banyamulenge qu'ils accusent de conspirer une agression contre leur pays.

A la suite de ces réactions, certains sujets tutsi Banyamulenge généralement des femmes et des enfants se réfugient au Rwanda. Ce mouvement de réfugiés Tutsi renforcera le climat de méfiance réciproque entre les deux pays au point que les échanges de coups de feu aux armes lourdes auront lieu à Bukavu et Cyangugu villes voisines dans les nuits du 21 au 22 et du 22 au 23 Septembre 1996. C'est dans ce climat de tension que le Président Pasteur Bizimungu, lors de sa visite dans le camp de réfugiés Banyamulenge à Cyangugu au cours de ce même mois, fera dans son discours de circonstance, la déclaration de guerre contre le Zaïre.

Le Président Pasteur Bizimungu réitérera sa déclaration de guerre le 27 Septembre 1996 devant les diplomates en poste à Kigali. En effet, en faisant le point de la situation sur la frontière entre les deux pays, ce dernier réclame Berlin II pour revoir les frontières héritées de la colonisation, arguant qu'une grande partie du Rwanda lui avait été amputée au profit du Zaïre par les colonisateurs.

 

Le 13 Octobre 1996, l'APR, sous la couverture du mouvement Banyamulenge déclenche les hostilités par l'attaque des camps de la région d'Uvira peuplés par environ 200.000 personnes dont 120.000 réfugiés Burundais. L'hôpital de Remera desservant ces camps ne sera pas épargné. Les camps sont bombardés, mis à feu et à sang. Plusieurs personnes y trouvent la mort. A l'hôpital, les malades sont sauvagement massacrés et l'hôpital complètement pillé. Plusieurs militaires zaïrois dont un Lieutenant Colonel y trouveront également la mort.

Les réfugiés rescapés tout démunis prennent alors le chemin des hauts plateaux de NGWESHE et WALUNGU pour déboucher deux mois plus tard sur SHABUNDA. Sur ce chiffre de 200.000 personnes, 40.000 réfugiés seulement seront enregistrés à SHABUNDA alors qu'aucun mouvement vers le Rwanda n'avait été signalé. Cependant un petit nombre de ces réfugiés d'UVIRA pourra rejoindre les camps de BUKAVU notamment le camp de NYANGEZI et de PANZI et quelques réfugiés en majorité Burundais prendront la direction du Sud vers FIZI et certains d'entre eux arriveront à KIGOMA en TANZANIE.

Il faut rappeler que depuis déjà le mois de Septembre 1996, la route de ravitaillement de ces camps à partir de BUKAVU est coupée au niveau des escarpements de NGOMO par des tirs aux armes lourdes installées de l'autre côté de la frontière en commune GISHOMA. Le FPR montre ici encore une fois son intention de faire mourir les réfugiés de faim et de maladies. Pendant que les poursuites des réfugiés chassés des camps d'UVIRA s'opèrent vers le Sud et vers l'Ouest, les camps de NYANGEZI, PANZI, MUKU et MUSHWESHWE au Sud de la ville de BUKAVU sont simultanément attaqués par des éléments frais directement venus du Rwanda par le poste frontalier de Rusizi II, en face de MUMOSHO, dans la semaine du 19 au 25 Octobre 1996.

Une partie de ces réfugiés se dirigera en débandade d'abord vers NYAMIRAGWE - CHIMANGA et BULONGE. Poursuivis et dispersés, ils traversent le parc de KAHUZI avec l'espoir d'atteindre WALIKALE. Interceptés encore une fois en cours de route par l'APR à ITEBERO, ils emprunteront l'axe ITEBERO - KASESE - PUNIA - LUBUTU. Quelques éléments environ 6.000 personnes seulement pourront atteindre LUBUTU au début du mois de Février 1997 dans un état d'extrême épuisement. Ils auront marché dans cette forêt équatoriale pendant environ 4 mois. Beaucoup périront des balles des prétendus rebelles, de la faim, de la fatigue, des maladies et noyade. D'autres plus résistants continueront d'errer désespérément dans cette forêt inhospitalière. Certains rescapés seraient actuellement regroupés à PUNIA où ils sont à la merci de leurs ennemis sans espoir de revivre.

D'autres éléments de ce groupe des camps du Sud de BUKAVU, prendront la direction du Nord et déboucheront dans les camps KASHUSHA et INERA en passant par les crêtes à l'Ouest de la ville de BUKAVU sous la poursuite des "rebelles".

L'attaque de la ville de BUKAVU le 29 Octobre 1996 par les éléments de l'APR venus de la ville de CYANGUGU, n'épargnera pas naturellement les camps de CHABARABE, NYAKAVOGO et MUDAKA. Après la chute de BUKAVU, les réfugiés de ces derniers camps rejoindront également les camps KASHUSHA et INERA.

L'attaque de BUKAVU à partir de CYANGUGU fut une grande surprise à tel point que la population de cette ville n'aura pas le temps de fuir. De nombreux anciens dignitaires et hommes d'affaires rwandais et leurs familles installés dans cette ville seront sauvagement massacrés par l'APR. Nous citerons à titre d'exemple Mr KAYOGORA Frédéric ancien Ministre, Mr TEMAHAGARI Justin, ancien Ambassadeur, Mr FASHINGABO ancien député, Mr KIMPUTU Salum, homme d'affaire, Mr NSABIMANA Déo, ancien diplomate reconverti dans le commerce. De nombreuses personnalités zaïroises ayant ouvertement pris position en faveur des réfugiés ne seront pas non plus épargnées. C'est ainsi que Mgr MUNZIHIRWA Archevêque de BUKAVU sera sauvagement massacré avec plusieurs de ses prêtres notamment dans le grand séminaire de MURESA.

Les camps KASHUSHA, INERA et ADI-KIVU sont attaqués simultanément le 01 Novembre 1996 après un pilonnage intense à l'aube causant beaucoup de morts et de blessés. Les rescapés évacuent en débandade le camp et prennent la direction de NYABIBWE. Les réfugiés délogés des camps KATANA, KALEHE et KABILA et plus tard vers le 06 Octobre 1996 ceux délogés de l'île Idjwi, prendront eux aussi la direction de NYABIBWE. Tous ces réfugiés en débandade se regrouperont finalement dans un immense camp à SHANJE dans la zone de KALEHE pour échapper à la menace en provenance de l'île Idjwi et en attendant l'arrivée imminente de la force internationale d'intervention humanitaire décidée par le Conseil de Sécurité. La population de ce grand camp était estimée à 250.000 personnes.

Une partie des réfugiés de KASHUSHA et INERA ayant pris la direction de BUNYAKILI en passant par le parc KAHUZI formera le camp de HOMBO. Ce camp se videra plus tard suite à l'attaque et les réfugiés prendront la direction de WALIKALE. Ils seront rejoints plus tard par les colonnes venues de SHANJE.

Le camp de SHANJE sera à son tour encerclé le 21 Novembre 1996 et pilonné dans la matinée du 22 Novembre 1996. L'opération vise le massacre à grande échelle et le rapatriement forcé des rescapés comme se fut le cas à MUGUNGA. C'est grâce au terrain plus ouvert par rapport à MUGUNGA, et à la proximité de la forêt, qu'une partie de la population pourra échapper au carnage mais ça ne sera qu'une partie remise, puisque la poursuite sera systématique. Ainsi, beaucoup d'intellectuels, hommes d'affaires et jeunes gens seront sauvagement massacrés tout le long de l'itinéraire suivi par les fugitifs: SHANJE - RUMPISHI - BILIKO - NYAMIRIMBO - KIFURUKA - BUSURUNGI - CHAMBUNGI- KIULI - RUKARABA - CHAMBUCHA - ITEBERO - MUSENGE - WALIKALE - AMISI - TINGI TINGI. Il est important de signaler tous ces endroits pour permettre aux enquêteurs de retrouver les preuves de ce génocide. En effet, beaucoup de réfugiés ont été massacrés à RUMPISHI, à BILIKO, BUSURUNGI, CHAMBUCHA, ITEBERO, MUSENGE et WALIKALE. Des grands charniers existent à NUMBI et KALUNGU où plus d'une centaine de véhicules des réfugiés ont été brûlés avec les occupants, à SHANJE , BILIKO, HOMBO, CHAMBUCHA, ITEBERO, MUSENGE et à WALIKALE. A ces charniers, il faut ajouter évidemment ceux se trouvant autour des camps et dans les villes de BUKAVU et d'UVIRA.

Des attaques répétées des colonnes sur l'itinéraire obligeront les réfugiés à se disperser dans la forêt, à se noyer dans les grandes rivières très nombreuses dans la région, ou à se perdre carrément dans cette forêt équatoriale et à mourir sans aucun moyen de secours.Des colonnes entières perdues dans la forêt marcheront longtemps le long de ces grandes rivières comme LOWA et OSO et disparaîtront totalement. Les plus chanceux pourront déboucher après plusieurs jours d'errance sur la route WALIKALE - LUBUTU ou sur l'axe KASESE - PUNIA pour enfin rejoindre les autres réfugiés dans les nouveaux camps installés dans la région de MANIEMA. Les réfugiés égarés dans la forêt suite aux embuscades mettront plusieurs mois pour déboucher dans ces camps, à telle enseigne qu'à la veille de la destruction du camp TINGI TINGI le 01 Mars 1997, les réfugiés continuaient d'arriver dans ce camp.

C'est dire donc que plusieurs de ces personnes égarées n'y sont pas parvenues, et errent toujours dans la forêt. Mais d'autres comptent probablement parmi les réfugiés qui se seraient regroupés actuellement à PUNIA où un camp serait installé. Mais là encore, ces derniers sont menacés de disparition.

 

2.2. AU NORD KIVU

Comme au Sud KIVU, les infiltrations massives des éléments du FPR dans la région se sont intensifiées au cours du mois d'Août et de Septembre 1996 notamment dans les camps de réfugiés, dans la ville de GOMA, dans les localités de NGUNGU, MINOVA, KICHANGA, TONGO, KIWANJA, JOMBA et BUTEMBO.

Dans la nuit de 19 au 20 Octobre 1996, l'APR occupe le pont de RUTSHURU dans le parc de RWINDI. En même temps, les éléments de l'APR occupent la bande de forêt entre RUGALI et KIBUMBA sur l'axe GOMA - RUTSHURU. Dans la matinée du 20 Octobre 1996, un bus et une camionnette pleins de passagers à majorité réfugiés rwandais tombent dans une embuscade dans cette bande de forêt. Tous les occupants sont froidement tués et les véhicules brûlés sur le champ.

Le même jour, la citée de KIWANJA et le chef lieu de la zone de RUTSHURU sont attaqués par surprise par les éléments infiltrés dans KIWANJA. Ces localités tombent dans les mains de l'ennemi sans résistance. En même temps, l'APR attaque avec les éléments venus du Rwanda par les volcans et occupe les hauteurs de NTAMUGENGA et de JOMBA où les drapeaux rwandais sont hissés au grand jour. Dans la soirée, les éléments de l'APR traverseront le camp KATALE à sa limite Nord et se dirigeront vers le Ranch de Mr KASUKU à TONGO.La manoeuvre d'encerclement des camps KATALE et KAHINDO peuplés respectivement de 300.000 et 120.000 personnes est terminé dans la soirée du 20 Octobre 1996.

Le 20 Octobre dans l'après-midi, le camp KIBUMBA est également attaqué à la mitrailleuse à partir des hauteurs de HEHU situées sur la frontière entre les deux pays. Après un pilonnage intense sur le camp, l'APR passera à l'assaut de ce camp presque dans toutes les directions très tôt le matin le 23 Octobre 1996. Le CZSC (Contingent Zaïrois chargé de la sécurité des camps) n'ayant pas pu contenir l'attaque, les réfugiés évacuent le camp dans la matinée en débandade et prennent la direction de Goma seule voie libre. Ces réfugiés se dirigeront finalement au camp MUGUNGA pour former avec ce dernier, le plus grand camp du monde avec plus de 500.000 personnes.

Toute la population autochtone zaïroise de KIBUMBA, s'étant réfugiée dans le camp KIBUMBA au premier jour de l'attaque, fera mouvement avec les réfugiés rwandais pour MUGUNGA.

L'attaque contre ce camp aura coûté la vie à plus de 300 personnes. Pendant cette débandade de KIBUMBA, environ 4.000 personnes seront conduites de force au Rwanda et leur sort n'est pas bien connu.

Entre temps, dans la région de RUTSHURU, les combats se déroulent principalement autour du camp des FAZ (Forces Armées Zaïroises) de RUMANGABO la seule garnison importante de la région et autour du camp des CZSC à BIRUMA (entre le camp KAHINDO et KATALE dans les plantations de café de KATALE).

Les camps de KAHINDO et KATALE sont complètement isolés et privés de toute assistance depuis le déclenchement des hostilités. Ils essuient des tirs sporadiques à la mitrailleuse et au mortier.

Le camp militaire de RUMANGABO tombe dans l'après-midi du 29 Octobre 1996. Avec la chute de ce camp militaire, la dernière protection des réfugiés disparaît. Les camps de réfugiés sont directement menacés et complètement encerclés. Les tentatives de reprendre ce camp militaire échouent et les militaires zaïrois se replient vers MWESO. Les tirs commencent à se faire entendre aux alentours des camps de réfugiés dans la soirée. La pression est si forte qu'il faut dégager les camps avant qu'il ne soit trop tard. Deux voies de dégagement seront utilisées: la voie des volcans NYIRAGONGO vers le camp MUGUNGA et la voie de TONGO vers MASISI. Les camps commencent à se vider en débandade le 29 Octobre 1996 vers 20 heures. Certains réfugiés se dirigent donc vers NYIRAGONGO, les autres vers TONGO; mais beaucoup d'autres encore hésitent de prendre la route pendant la nuit et seront surpris à l'aube dans les camps par l'assaut ennemi. Cette attaque fera beaucoup de morts parmi les réfugiés.

Le chemin des volcans sera long et très pénible. Beaucoup de réfugiés mourront de faim et de soif et d'autres seront gravement blessés au pied dans l'immense plaine de laves fraîches qui s'étend entre la forêt de NYIRAGONGO et le camp KAHINDO. Certains réfugiés découragés rebourseront chemin et connaîtront le même sort que ceux surpris dans le camp. Plusieurs autres réfugiés encore seront victimes des embuscades des éléments de l'APR infiltrés depuis longtemps dans cette forêt galerie des volcans inhospitalière et sans eaux. Ces réfugiés venus de KAHINDO et KATALE par la voie des volcans atteindront le camp MUGUNGA après plusieurs jours de marche très épuisés et en petit nombre (les plus rapides feront 5 jours de marche).

Beaucoup de réfugiés s'égareront dans cette forêt et certains d'entre eux déboucheront après plusieurs jours à KIBUMBA pour s'y faire massacrer.Les cadavres retrouvés plus tard à cet endroit par certains observateurs internationaux sont à majorité de ces gens égarés. Il est certain que beaucoup de cadavres jonchent le sol de cette forêt d'autant plus qu'avec l'encerclement du camp MUGUNGA, l'APR a bouclé toutes les issues obligeant les dernières colonnes à se terrer dans cette forêt quand elles n'étaient pas fauchées dans des embuscades.

Les réfugiés de KAHINDO et KATALE ayant pris la route de TONGO avec une colonne de plus ou moins 280 véhicules ne connaîtront pas beaucoup de difficultés pour arriver dans MASISI.

Cependant, seulement 180.000 personnes environ se regrouperont pour s'installer dans un camp de fortune à BUNYORI tandis que tous les véhicules seront interceptés et récupérés par les assaillants. Certains réfugiés parmi les moins rapides en fin de colonnes seront par ailleurs dispersés et tués dans la forêt de TONGO et tout le long du parcours. De ces 180.000 réfugiés, certains seront par la suite forcés de rentrer au Rwanda, d'autres seront massacrés dans les opérations de nettoyage. Mais d'autres encore continuent d'errer jusqu'aujourd'hui dans les forêts environnantes où ils périssent de faim et des balles des "rebelles". Les victimes sont innombrables.

Au cours de ces opérations de nettoyage, beaucoup de citoyens zaïrois surtout d'ethnie Hutu seront massacrés à grande échelle. Ce carnage aura lieu par exemple à MATANDA, NYAKALIBA et BIRAMIMBIZO dans MASISI à l'instar de ce qui se sera passé dans RUTSHURU précisément à JOMBA, NTAMUGENGA, RUGALI et à RWANKUBA au début des hostilités. Tous les intellectuels locaux y compris les prêtres, les religieux et religieuses d'ethnie Hutu seront sauvagement tués et les rescapés trouveront miraculeusement refuge au KENYA . Ces derniers peuvent témoigner de ces massacres à grande échelle et systématiques.

La ville de GOMA tombe le 01 Octobre 1996 vers midi. L'attaque aura été effectuée sur plusieurs axes: axe KIBUMBA - GOMA, de BYAHI vers l'aéroport de GOMA, du prétendu camp de réfugiés Tutsi zaïrois dans la zone neutre entre la petite et la grande barrière vers le centre ville de GOMA et l'axe du lac KIVU vers le quartier résidentiel de GOMA. Plusieurs réfugiés Rwandais installés dans la ville de GOMA ainsi que plusieurs sujets zaïrois disparaîtront dans les opérations de fouille systématique dirigées contre ces personnes préalablement identifiées sur des listes et localisées par quartier. Nous signalons à titre d'exemple Mgr Phocas NIKWIGIZE, Evêque de RUHENGERI, Major Pilote Ex-FAR Aoron NTIZIHABOSE et toute sa famille, Mr KAPITENI KABUNGA, grand homme d'affaires zaïrois d'ethnie Hutu, ABDU SELEMAN, grand homme d'affaires zaïrois d'ethnie Hutu. Le Mwami NDEZE échappera miraculeusement de ce carnage mais presque toute sa famille sera exterminée.

2.3. LE CARNAGE DE MUGUNGA

Avec la chute de GOMA, les militaires zaïrois se replient en débandade vers SAKE à travers le camp MUGUNGA, abandonnant les effets militaires y compris leurs armes pour mieux se dissimuler parmi la population civile. Le camp MUGUNGA isolé et sans assistance depuis l'ouverture des hostilités est directement menacé.

Avec quelques éléments des FAZ plus courageux, les milices tribales MAYI-MAYI et quelques réfugiés ayant glané les armes ici et là sur les fuyards, on tente d'organiser une dernière résistance autour du camp. Cette résistance permettra la survie du camp pendant plus d'une semaine dans l'espoir de l'arrivée imminente de la force internationale d'intervention humanitaire décidée par le conseil de sécurité. Malheureusement, cette force n'arrivera jamais à cause des manoeuvres dilatoires déployées par certaines grandes puissances complices du FPR. Pendant cette résistance désespérée, l'étau continue à se resserrer sur le camp sous un pilonnage intense provoquant des dégâts humains très importants.

L'encerclement complet du camp est achevé le 13 Novembre 1996 avec l'occupation des hauteurs de SAKE. La première tentative de sortir de ce camp dans la matinée du 14 Novembre échoue. Dans l'après-midi, l'APR lance l'assaut sur le camp. C'est la désolation et le désespoir. C'est dans ce climat qu'une partie de la population (entre 300.000 et 350.000 personnes) se dirigera désespérément vers GOMA pour rentrer au Rwanda et une autre partie tentera, pour la deuxième fois, une sortie vers MASISI sous un barrage de feu nourri et meurtrier des assaillants. C'est précisément à SAKE et dans les hauteurs environnantes qu'il y aura le plus grand carnage et les victimes seront les femmes, les vieillards et les enfants.

Le cas de MUGUNGA aura été une catastrophe humanitaire sans précédent sous l'oeil amusé des médias venus des quatre coins du monde. Quel cynisme! Des dizaines de milliers de personnes y trouveront la mort. L'APR, après avoir séparé les hommes des femmes et enfants, regroupait autour du Lac Vert, les éléments masculins viriles et les intellectuels pour les massacrer froidement. Des charniers importants se trouvent dans le camp même et surtout dans le petit lac vert où des gens furent jetés vivants par les assaillants mais aussi autour de SAKE. C'est donc parmi ces victimes qu'on enregistre de nombreux intellectuels (professeurs, médecins, juristes, ingénieurs, enseignants et anciens fonctionnaires).

Les réfugiés ayant pris la route de MASISI (environ 150.000 personnes) feront objet de poursuite sans relâche. Ils se scinderont en deux groupes: un groupe rejoindra les réfugiés de KATALE - KAHINDO à BUNYORI et subira le même sort que ces derniers; un autre groupe prendra la direction de WALIKALE (plus ou moins 80.000 personnes).

Ce deuxième groupe fera une longue et pénible traversée à travers la forêt équatoriale sur plusieurs pistes. Ces fugitifs rencontreront les colonnes d'autres réfugiés venus de BUKAVU au niveau de BUSURUNGI, ITEBERO et WALIKALE. Les moins rapides seront interceptés par l'APR et seront dispersés.

Aussi, beaucoup de personnes de ce groupe s'égareront dans la forêt suite à ces embuscades. Après plusieurs jours de marche et après avoir traversé beaucoup d'obstacles mortels (rivières, maladies, faim, embuscades des assaillants), environ la moitié de ce groupe atteindra dans un état d'extrêment épuisement les camps AMISI et TINGI TINGI. Bref, ces réfugiés venus de MUGUNGA connaîtront le même martyr que leurs frères venus de BUKAVU.

 

2.4. LES RÉFUGIÉS N'ÉTAIENT PAS INTROUVABLES

L'on dira qu'aucune action de sauvetage en faveur de ces réfugiés ne pouvait être tentée parce qu'introuvables. Cependant, les réfugiés ont observé tout le long de ces itinéraires précités des avions de reconnaissance des Nations-Unies survolant les colonnes de réfugiés et des camps hâtivement installés. Par exemple, pendant que le camp SHANJE était en train d'être attaqué dans la matinée du 22 Novembre 1996, deux avions de l'ONU volant du Sud vers le Nord, à basse altitude, sous un ciel totalement dégagé, ont survolé ce grand camp étalé sur plusieurs kilomètres et sur un terrain ouvert.

C'est dire donc que la Communauté Internationale s'est rendue coupable de non assistance aux personnes en danger. En prétextant que ces avions de reconnaissance ne trouvaient pas les traces des réfugiés pour les secourir, il s'agissait en fait d'une manoeuvre de désinformation de l'opinion internationale pour justifier la non exécution de la résolution du Conseil de Sécurité.

Cela justifie par ailleurs la guerre des chiffres autour des réfugiés restés au Zaïre menée acharnement par le gouvernement de Kigali et ses sponsors, qui prétendaient qu'il ne restait à l'Est du Zaïre, qu'un petit nombre composé des Ex-FAR, miliciens et génocidaires à abattre. Un responsable du HCR est allé jusqu'à applaudir et à féliciter les "rebelles" pour avoir selon lui réalisé un exploit que l'ONU n'avait pas pu faire.

 

Depuis le début des hostilités, les médias internationaux et le HCR n'ont pas évoqué le sort des réfugiés se trouvant dans le Sud Kivu surtout après la prise de BUKAVU. Ils étaient tous considérés comme disparus pendant qu'ils enduraient leur terrible martyr dans le silence complet sans pouvoir même enterrer leurs morts.

Les réfugiés sont morts par milliers. Nous donneront à la fin de ce récit macabre les chiffres approximatifs de ceux qui ont péri jusqu'à présent dans ce drame humanitaire planifié. Des massacres systématiques et à grande échelle ont été perpétrés par l'APR pendant plus de six mois maintenant et les victimes sont surtout de sexe masculin et des intellectuels comme cela se fait à l'intérieur du Rwanda. Cependant, beaucoup de femmes, enfants et vieillards périront eux aussi surtout de la faim, de noyade, de la fatigue et des maladies. Le FPR a montré sont intention délibérée d'exterminer les réfugiés. Il s'agit d'un véritable génocide perpétré avec la complicité de certaines puissances occidentales.

3. FORMATION DES CAMPS DE RÉFUGIÉS DANS LA RÉGION DU MANIEMA

Les plus rapides parmi les rescapés des événements tragiques relatés plus hauts arrivent à LUBUTU dans l'après-midi du 4 Décembre 1996, au terme d'une longue marche de plus de 500 kms dans la forêt équatoriale. Naturellement, ils arrivent complètement épuisés, malades et mourants de faim et de fatigue.

LUBUTU est une petite bourgade située à la limite Nord de la région du MANIEMA à plus ou moins 360 kms de la ville de KINDU, capitale de cette région et à plus ou moins 250 kms de KISANGANI, capitale du Haut Zaïre.

Cette petite agglomération atteste encore d'une relative prospérité des années passées, malgré les scènes de pillage qui s'y étaient déroulées et le climat d'insécurité que continuent d'y entretenir certains éléments des FAZ restés sur place.

L'autorité politique et administrative y est restée détenue par le Commissaire de zone et les chefs coutumiers, mais aussi par le Gouverneur de MANIEMA lui-même qui viendra à plusieurs reprises à LUBUTU pour se rendre compte de la situation des réfugiés.

Les autorités zaïroises décident d'installer les réfugiés rwandais à TINGI TINGI à 7 kilomètres de LUBUTU. Le site est une forêt parsemée par de petits villages faiblement habités. Apparemment, ce site aura été choisi en raison de certaines facilités qu'il pouvait offrir, notamment la disponibilité d'une piste d'atterrissage d'avions de type DC3, permettant l'acheminement des aides par air, au cas où les humanitaires se décideraient à venir secourir les réfugiés.

Les premiers réfugiés arrivent à LUBUTU le 04 Décembre 1996 dans l'après-midi et sont installés à TINGI TINGI. Depuis ce jour, ils continueront d'arriver en masse, par flots successifs de 10.000 à 15.000 personnes par jour. Cette marée humaine diminuera cependant vers la fin du mois de Décembre 1996 suite à l'occupation de la zone de WALIKALE par les "rebelles" le 16 décembre 1996, barrant ainsi aux réfugiés le chemin vers TINGI TINGI.

Ce camp s'étendra sur plus de cinq kilomètres de longueur, avec une profondeur estimée entre huit cents et mille mètres. la population y était évaluée à la fin du mois de Janvier 1997 à plus de 200.000 réfugiés dont environ 5.000 burundais. Par ailleurs TINGI TINGI doit recevoir encore environ 6.000 réfugiés venus de KASESE - PUNIA, début Février 1997.

Plus à l'Est, à 70 kms de TINGI TINGI, à AMISI, les autorités zaïroises ouvrent un autre camp pour dégorger TINGI TINGI. Ce camp hébergera, avant sa destruction par les "rebelles" le 7 Février 1997, plus de 60.000 personnes.

Les réfugiés, partout où ils passent suscitent beaucoup d'étonnement. Quand on les voit passer, les gens disent: "mais on disait que vous étiez tous rentrés"!

Cet étonnement tient d'ailleurs à la guerre des chiffres savamment entretenue par certains médias internationaux sur le chiffre exact des réfugiés Hutu rapatriés de force au Rwanda, après les attaques successives menées par les "rebelles" sur les camps installés au Sud et au Nord KIVU. Cette guerre des chiffres va inexorablement se poursuivre, même après, lorsqu'on se rendra compte de l'évidence qu'effectivement les réfugiés sont là. Ce qui explique peut-être l'arrivée tardive des organismes "humanitaires" sur les lieux; lesquels seront d'ailleurs accusés de vouloir gonfler le chiffre des réfugiés pour des raisons inavouées.

L'UNICEF est la première Organisation internationale à se pointer à TINGI TINGI, Dimanche le 08 Décembre 1996. Elle sera suivie par MSF, CEPZA et plus tard par le PAM. Mais ces ONG ne peuvent mener leurs activités convenablement, à cause de la précarité des moyens logistiques mis à leur disposition. Mais de nouveau, la question des chiffres devient le point central du problème des réfugiés, alors qu'il n'y a rien à manger. Même pas pour ceux de la catégorie dite "des plus vulnérables", très nombreux dans les camps, qui doivent se contenter de quelques biscuits compacts et d'une insuffisante distribution de bouillie sans sucre. Par ailleurs ces premières aides d'urgence semblent être le seul fait de l'Action Humanitaire Française.

C'est dans ces conditions, qu'intervient le 2 Février 1997, la visite au camp de TINGI TINGI de Madame Emma Bonino, Commissaire européen à l'Action Humanitaire. Madame Bonino elle-même est sidérée de voir la masse de réfugiés émacillés et squelettiques. Au point qu'elle déclare en découvrant ces réfugiés que sa visite à TINGI TINGI constitue une descente aux enfers, car dit-elle, "je vois ici les gens qui n'existent pas"! On ne peut pas mieux souligner combien la manipulation des chiffres sur les réfugiés rapatriés de force du Zaïre a contribué énormément à tromper l'opinion internationale sur les effectifs réels des réfugiés abandonnés dans l'errance et en danger de mort.

C'est suite à l'appel pathétique lancé à la Communauté Internationale pour l'inviter à venir en aide aux réfugiés, que ces derniers voient enfin leur traitement peu à peu s'améliorer dans le courant du mois de février 1997. Mais hélas pour une courte durée puisque vers fin Février 1997 déjà, toutes les ONG se retirent du camp de TINGI TINGI en invoquant les problèmes d'insécurité.

Il faut noter que le HCR a gardé sa distance vis-à-vis des réfugiés des camps de la région du MANIEMA en refusant de considérer ces camps comme des camps organisés du HCR. Ainsi, les services dispensés aux réfugiés étaient-ils réduits au strict minimum. Pendant ce temps, les ONG oeuvrant dans les camps ne peuvent pas, bien entendu, mener des activités coordonnées. Cependant, le HCR installera à TINGI TINGI mi-Février 1997, une équipe d'agents chargés d'enregistrer les réfugiés qui souhaitent se faire rapatrier.

C'est dans ce contexte qu'interviendra le 7 Février 1997, la visite au camp TINGI TINGI de Madame SADAKO OGATA, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Mais cette visite, loin de satisfaire les attentes de la population, se passe plutôt dans un climat d'écoeurement et de découragement général parmi les réfugiés; car Madame OGATA ne peut promettre aux réfugiés ni la survie, ni la sécurité et la protection. Pourtant les "rebelles" qui se sont emparés du pont stratégique sur la rivière OSO le 13 Janvier 1997 dans l'après-midi continuent inexorablement leur progression vers AMISI. Et comme par hasard, la visite de cette illustre personnalité du HCR correspond avec l'attaque des "rebelles" sur ce camp.

La suite est maintenant connue. Après la destruction du camp d'AMISI, les réfugiés reprennent le chemin du calvaire en laissant beaucoup de pertes en vies humaines sur place; principalement parmi les enfants, les femmes et les vieillards trop épuisés pour pouvoir encore marcher. Les rescapés pourront seulement passer quelques jours dans le camp de TINGI TINGI,avant de se voir de nouveau obligés de reprendre l'exode, lorsque le 01 Mars 1997, le camp de TINGI TINGI est attaqué par les "rebelles".

L'état de santé fragile des réfugiés a suffisamment été évoqué plus haut. Il est donc évident que de nouveau, beaucoup de réfugiés mourront dans ce camp de TINGI TINGI, parce que tout simplement ils seront incapables de se déplacer. Déjà, les médias internationaux ont fait état de plus de 25.000 réfugiés morts dans l'attaque de TINGI TINGI. A notre avis, si ce chiffre peut paraître carrément en dessous de la réalité, il peut néanmoins servir d'indication sur le drame que vont vivre les réfugiés sur le long du parcours de plus de 250 kilomètres vers KISANGANI. Rappelons qu'avant la destruction de TINGI TINGI par les "rebelles", la mortalité y avait atteint des proportions inquiétantes de plus ou moins 30 personnes par jour.

Plus au Sud, les réfugiés venus d'UVIRA se regroupent d'abord à SHABUNDA, avant d'être chassés par les "rebelles" à la fin du mois de Janvier 1997. Poursuivant leur calvaire, ils pourront atteindre péniblement KALIMA où ils s'organisent en camp. Mais ce dernier camp sera aussi attaqué sous peu. la population réfugiée de SHABUNDA avait d'abord été estimée par les médias internationaux à 100.000 personnes. Curieusement, à partir de KALIMA, on parlera seulement de 40.000 personnes. Après la destruction de KALIMA par les "rebelles", ces pauvres réfugiés se sont complètement volatilisés dans l'immense forêt équatoriale sans aucun secours et à la merci de leurs bourreaux. Les observateurs rapportent qu'il y a eu plusieurs dizaines de morts à SHABUNDA et à KALIMA où plusieurs personnes dont 9 prêtres rwandais, des religieux et des religieuses furent sauvagement massacrés. Nous déplorons l'assassinat de Mr l'Abbé HATEGEKIMANA Antoine, Mr l'Abbé KABALIRA Martin, Mr l'Abbé MUNYAKAZI Emmanuel et bien d'autres encore.

 

4. L'ANÉANTISSEMENT DES RÉFUGIÉS RWANDAIS

 

La destruction du camp de TINGI TINGI par les "rebelles" en date du 01 Mars 1997 ne pouvait que conduire à l'achèvement des réfugiés Rwandais comme le montrent maintenant les médias, lorsqu'on rapporte la situation des réfugiés qui se trouvent autour de KISANGANI et à KASESE.

 

Des 260.000 réfugiés du camp de TINGI TINGI, combien ont-ils atteint KISANGANI? Nul ne le sait et ne le saura probablement jamais. Mais les médias internationaux parlent seulement de 100.000 personnes qui sont arrivées là-bas. Ces effectifs cependant ne semblent faire l'unanimité, puisque même Mr Paul STROMBERG, représentant du HCR à KISANGANI, lui-même semble imprécis sur ces chiffres. Et puis par ailleurs, ce n'est pas Mr Paul Stromberg, celui-là même qui s'est illustré dans le rapatriement forcé des réfugiés rwandais et burundais de l'Est du Zaïre et de la TANZANIE, qui peut éprouver un quelconque sentiment en faveur de ces malheureuses personnes!

Par ailleurs, selon Radio France Internationale (RFI) capté ce matin du 25 Avril 1997, les réfugiés de KISANGANI n'étaient plus 100.000 mais 85.000 personnes. Pire encore ces infortunés ont disparu après plus de 4 jours de séquestration par les "rebelles". Plusieurs ONG sur place qui n'ont pas été autorisées à voir les réfugiés, parlent déjà de la solution finale en accusant les "rebelles" de vouloir exterminer ces réfugiés par la faim. Même le Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur KOFI HANAN accuse Monsieur KABILA et ses "rebelles" de vouloir en finir avec les réfugiés, en les tuant à petit feu par la faim. En son temps, son prédécesseur Monsieur Boutros Boutros GHALI avait tenu les mêmes propos pour dénoncer le complot ourdi autour des réfugiés, en empêchant l'arrivée de la Force Internationale d'Intervention Humanitaire à l'Est du Zaïre. Il avait dit qu'il s'agissait du génocide par la faim mais malheureusement, il n'a pas été écouté pour arrêter ce génocide. Ce qu'il disait était vrai et ça se confirme aujourd'hui. Mais c'est trop tard !

Signalons que les ONG présentes à KISANGANI relevaient que l'état de santé de ces malheureuses personnes s'était très considérablement détérioré et qu'une épidémie de Choléra s'était déclarée parmi ces réfugiés. Bien avant la séquestration des réfugiés par les "rebelles", ces derniers leur avaient coupé des aides en s'attaquant aux convois de ravitaillement. Les "rebelles" ont en outre opposé leur refus au principe de rapatriement des réfugiés par le HCR par toutes sortes de manoeuvres dilatoires dans lesquelles, le Gouvernement FPR ne cache son vrai visage. En effet, en refusant de recevoir ces réfugiés à l'aéroport de Kigali et en proposant GOMA comme aéroport d'accueil, ce dernier ne cache pas son intention. Pourquoi ce détour ?

Il faut souligner que maintenant les réfugiés se trouvent dans la zone contrôlée par les "rebelles". Alors, on est en droit de se demander qui maintenant prend ces réfugiés en otage? Tout ce drame humain, peut-être le plus ignoble et le plus épouvantable de notre histoire, semble se dérouler suivant des scénario précis et systématiques pour enfin en finir une fois pour toute avec ces misérables réfugiés Hutu.

C'est cette poursuite exercée contre les réfugiés Hutu dans les pays d'accueil à savoir le Burundi, le Zaïre et la Tanzanie qui a été dénoncée à plusieurs reprises sans susciter le moindre écho de la part de la Communauté Internationale.

Maintenant que les voix s'élèvent à la fin du drame, les responsables de l'ONU peuvent considérer que c'est tout un peuple qui vient d'être exterminé devant leurs yeux. Peut-être la Communauté Internationale se décidera-t-elle cette fois-ci d'arrêter le même drame qui se poursuit à l'intérieur du Rwanda contre les Hutu rapatriés de force et d'autres qui sont restés au pays après la prise du pouvoir par le FPR.

 

5. CONCLUSION

Il n'y a nul doute que les camps des réfugiés Rwandais à l'Est du Zaïre ont été attaqués à partir du Rwanda par les soldats du FPR. Les réfugiés les ont vus et leur ont souvent même parlé en leur langue nationale le Kinyarwanda. Ce sont les soldats de l'APR composée de la minorité Tutsi au pouvoir depuis Juillet 1994.

Au cours des attaques successives, des opérations de poursuite et de nettoyage systématiques, ces soldats ont fait beaucoup de victimes surtout parmi les intellectuels et les jeunes de sexe masculin.

Pendant leur fuite, les réfugiés ont subi un martyr indescriptible. Ils ont traversé pendant des mois la forêt équatoriale inhospitalière, pleine de cours d'eau infranchissables, domaine de la mouche Tsé-Tsé, sans nourriture ni soins médicaux. Les réfugiés sont morts par centaines de milliers non seulement des balles de l'APR mais aussi de la faim, des maladies, de la fatigue et noyade.

Manifestant sa volonté délibérée d'exterminer les réfugiés, l'APR est en train maintenant d'achever les derniers rescapés se trouvant autour de KISANGANI. Mais ce drame humanitaire ne semble pas émouvoir outre mesure la Communauté Internationale car elle ne prend pas de décision concrète pour sauver et protéger ces rescapés. Ceci encourage le FPR dans son entreprise maléfique d'en finir une fois pour toute avec les réfugiés Hutu.

Sûres de l'appui de la Communauté Internationale, les autorités de Kigali et en particulier le Général KAGAME, n'ont pas hésité de déclarer à plusieurs occasions et cela même avant l'attaque, d'en découdre avec les réfugiés. Maintenant que la besogne est presque terminée, KAGAME promet avec fierté de révéler à la nation et au monde d'ici la fin de l'année, comment l'opération a été préparée (cfr. le journal Le Soir du 09 Avril 1997). Il s'agit donc d'un génocide contre les Hutu par les tenants du pouvoir tutsi de Kigali et tous les éléments sont là pour le justifier:

- Les réfugiés ont été massacrés à grande échelle en plusieurs endroits et sur une longue période;

- Les massacres ont été sélectifs visant essentiellement les intellectuels et les éléments mâles parmi les réfugiés;

- L'APR a fait mourir les réfugiés de faim et de maladies en empêchant les humanitaires de les assister;

- L'APR a poursuivi systématiquement les réfugiés en vue de leur destruction totale;

- Cette opération a été planifiée de longue date.

Il importe de signaler que même à l'intérieur du Rwanda les Hutu disparaissent par milliers surtout depuis le retour massif des réfugiés en provenance du Zaïre et de la Tanzanie. Ce plan génocidaire a débordé pour s'attaquer aussi aux Hutu zaïrois ayant manifesté leur sympathie envers les réfugiés Rwandais et aux réfugiés Burundais.

Un calcul simple nous permet de déterminer le nombre approximatif de ceux qui sont morts dans ce génocide à l'Est du Zaïre. Nous estimons que 350.000 à 400.000 personnes sont rentrées de force au Rwanda suite aux attaques des camps et sont à 95% des ressortissants des camps de la région de GOMA. Environ 100.000 réfugiés sont en train de mourir autour de KISANGANI et sont les malheureux rescapés des 260.000 réfugiés de TINGI TINGI. Tout compte fait, sur un total de 1.094.819 réfugiés, 594.810 réfugiés ont disparu.

Nous tenons à exprimer notre profonde indignation devant ce génocide qui se déroule dans l'indifférence la plus totale de la part de la Communauté Internationale. En conséquence, nous demandons avec insistance à cette même Communauté Internationale de prendre cette fois-ci ses responsabilités devant l'histoire, en menant une enquête approfondie sur ce drame humanitaire à l'Est du Zaïre et en condamnant énergiquement les auteurs.

KINSHASA , le 26 Avril 1997.

Les Signataires : (voir annexe)

ANNEXE:

LISTE DES SIGNATAIRES

1. Mme NYIRARWIMO Marie (Sé)

2. Mr. KAYITARE Eric (Sé)

3. Mme MUKAMANA Thérèse (Sé)

4. Mr. MURENGEZI Aloys (Sé)

5. Mr. RYABONYENDE Patrice (Sé)

6. Mr. BENIMANA Eric (Sé)

7. Mr. MANZI Emmanuel (Sé)

8. Mr. HIGANIRO Jean (Sé)

9. Mme KAMARABA Glycérie (Sé)