Le 2 Mars 1999
A l'attention de Mme Marcelle TERMOLLE
J'ai l'honneur de porter à votre connaissance que je viens de recevoir l'enregistrement de l'émission que vous avez transmise le 17 Février 1999 sur le génocide au Rwanda. Nous sommes heureux que certaines personnes comme vous commencent à attaquer de front le problème rwandais afin que tous les criminels qui ont endeuillé le Rwanda et l'humanité entière soient poursuivis et punis, pour que ce qui s'est passé ne se répète plus.
Madame, je voudrais vous dire que ce qui m'a particulièrement frappé dans votre émission , c'est que finalement certaines personnes commencent à oser parler sans détours des crimes du FPR et manifestent leur détermination à ce que toute la vérité sur le drame rwandais soit connue. Cette vérité permettra à tous les acteurs nationaux et étrangers, politiques et sociaux, à mesurer chacun en ce qui le concerne, ses propres défaillances, ses propres responsabilités et sa contribution éventuelle dans la création de l'ambiance et des circonstances qui ont conduit à pérenniser les tensions politiques et sociales destructives, à l'installation de la violence, à la désintégration sociale, à la confrontation et au drame.
Les rwandais vous seront reconnaissants si vous continuez à encourager de telles initiatives, car nous ne doutons pas que la vérité pourra les aider à se réconcilier, d'autant plus que la réconciliation n'est pas possible sans la justice et qu'il ne peut y être de justice sans que toute la vérité soit connue. Il est donc utile que toutes les facettes de la tragédie rwandaise soient connues et qu'on ne continue pas de se contenter de reproduire une seule version du drame rwandais, telle qu'elle a toujours été présentée par les partisans du FPR et véhiculée par ses lobbies.
Le crime de génocide est plus qualitatif que quantitatif, continuer à affirmer que même si le FPR tue les Hutus, "ce n'est quand même pas aussi grave que le génocide perpetré en 1994 contre les Tutsi", c'est continuer à attiser inutilement les rancoeurs et les haines. On est en droit de se demander d'ailleurs à qui profite finalement la radicalisation de l'antagonisme entre les hutu et les tutsi au Rwanda. Ce n'est en tout cas pas la victimisation continue de l'une des parties impliquées et la diabolisation de l'autre qui va apporter la justice réconciliatrice. Nous voudrions donc vous prier de ne pas tomber dans le piège de ceux qui continuent à présenter le drame rwandais, comme l'introduction de votre émission l'a laissé apparaître, comme s'il n'y a que des mauvais d'un coté c.à.d. les Interahamwe et les FAR souvent assimilés abusivement à tous les Hutus, et les bons, donc victimes, les Tutsi assimilés au FPR. Ce sont ces clichés qui amènent encore beaucoup de gens à se bander les yeux, à ne pas empêcher le génocide des Hutus qui continue avec le silence complice de la Communauté Internationale. Demain vous risquez de vous retrouver de nouveau juge de la passivité de cette "Communauté Internationale", mais pour un crime déjà consommé. On dira encore mea culpa devant l'humanité, en se contentant de répéter qu'on ne savait pas. Puisse la sagesse triompher sur l'émotivité et privilégier les intérêts vitaux et à long terme du peuple rwandais plutôt que la survie immédiate du régime en place dominé par une oligarchie ethnique et politique surarmée qui est contestée par la population, même si elle est passée championne dans l'art du mensonge et de la manipulation des médias. Aujourd'hui , des preuves accablantes qui prouvent la perfidie utilisée par l'armée du FPR en vue de camoufler sa large responsabilité dans le génocide d'Avril 1994, voient de plus en plus le jour. Le Rwanda vient de perdre plus de 3 millions de personnes et si rien n'est fait ce décompte macabre risque de s'aggraver. Continuer à ouvrir un crédit illimité au FPR et lui offrir un chèque en blanc pour lui permettre de justifier toutes ses abominations passées et actuelles dont il porte des responsabilités politiques et criminelles évidentes, c'est se rendre complice des crimes contre l'humanité.
Nous voudrions toutefois attirer votre attention sur le fait que nous avons été surpris qu'un des intervenants a clamé haut et fort durant cette émission que le Rassemblement pour le Retour des Réfugiés et la Démocratie au Rwanda (RDR) est une organisation de repli des génocidaires! Cette affirmation est complétement fausse et déplacée, et mérite une réctification aussi publique que l'a été la déclaration. En effet, le RDR est une organisation politique qui a pour objectif politique l'instauration d'un Etat de Droit au Rwanda, un Etat Républicain caractérisé par une démocratie pluraliste qui protège et sécurise tout le monde. Le RDR n'est pas exclusif, il accepte comme membre toute personne sans distinction aucune qui adhère à son idéologie républicaine visant à mettre en place l'environnement politique nécessaire pour atteindre son objectif fondamental, à savoir: UN PEUPLE RECONCILIE DANS UN ETAT DE DROIT. Vous voudrez trouver sa plateforme politique en annexe.
Le RDR milite pour l'instauration d'une société équitable qui place la personne humaine au centre de toutes les préoccupations. Il considère que la personne humaine est sacrée. C'est pour cela qu'il a condamné sans équivoque le génocide commis par le FPR sur la composante hutu du peuple rwandais depuis 1990 et qui continue jusqu'à présent, de même qu'il a condamné le génocide commis sous l'ancien régime contre la composante tutsi en 1994. Ceci a été réaffirmé dans son congrès extraordinaire tenu à Namur du 15 au 17 Août 1997 et qui a fait du RDR une organisation politique.
Néamoins le RDR n'accepte pas la tendance actuelle qui veut consacrer la règle de deux poids deux mesures et a demandé au Conseil de Sécurité de condamner les deux génocides avec la même rigueur, et de veiller à ce que tous les responsables de ces crimes odieux soient punis sans distinction ni de l'auteur ni de la victime. Le RDR ne cesse d'inviter chaque fois tous les rwandais à honorer la mémoire de toutes les victimes du drame rwandais, sans exception, et à éviter d'exploiter à des fins politiques les malheurs qui ont endeuillé les familles et le peuple rwandais ainsi que l'humanité toute entière. L'analyse politique de la crise rwandaise doit pouvoir dépasser la simple logique de choix entre deux maux à savoir: l'actuelle administration du FPR et le gouvernement que ce dernier a renversé. Dans ce sens les lacunes du gouvernement d'avant juillet 1994 ne doivent pas être une excuse pour cautionner l'exclusion, les insufffisances de la gouvernance et les crimes qui se commettent sous l'actuel gouvernement du FPR. Le RDR reste donc fermement convaincus que, quelles que soient leurs fonctions ou leur appartenance ethnique, tous les auteurs de ces génocides , des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et d'autres violations des droits de l'homme commis dans le passé ou en cours, doivent être identifiés pour en répondre chacun individuellement devant un système judiciaire indépendant et impartial assurant à l'accusé un procès juste et équitable.
Par ailleurs le principe de présomption de l'innocence est universel et doit être également appliqué aux rwandais. Le RDR ne peut cautionner la politique du FPR qui veut que tout opposant à sa politique soit taxé de génocidaire. Fidèle à son principe de lutter contre toute forme de globalisation négative et de discrimination, le RDR ne peut non plus accepter que tous ceux qui ont loyalement servi leur pays sous l'ancienne administration, qu'ils soient civils ou militaires, soient indistinctement considérés comme des assassins par le seul fait que, partant de leurs convictions politiques, ils ont lutté contre le FPR, ou qu'ils soient automatiquement mis sur le banc des accusés comme si l'exercice de leur fonction avait été un crime, ou parce qu'ils ont été mis sur les listes sauvages disséminées par le FPR sans aucune preuve de leur culpabilité.
D'autre part, dans son communiqué diffusé le 3 Avril 1996, le RDR a invité ses membres à collaborer avec la justice pour que tous les responsables des crimes commis au Rwanda soient punis. La propagande du FPR et le chantage de ses sponsors qui accusent le RDR de couvrir ou de protéger les criminels sont sans fondement. Le RDR ne gère aucun territoire sur lequel il protège des criminels. Le RDR a écrit au Procureur du TPIR le 13/7/96 pour lui offrir sa collaboration, en estimant même que si un de ses membres devait répondre devant le TPIR, le RDR était disposé à lui demander de se présenter volontairement. Le RDR n'a donc jamais fait obstruction à la justice.
Le RDR refusera jusqu'au bout la politique de globalisation et de diabolisation collective que véhicule le FPR et ses alliés.
Nous croyons donc qu'un débat contradictoire s'impose et mérite d'être conduit par vous devant votre auditoire pour que la vérité soit connue. Il est vivement souhaitable que l'opinion publique et plus particulièrement belge soit bien informée pour éviter la globalisation, et pour qu'on ne continue pas d'avoir l'impression que le FPR est lavé de tout pêché. Nous avons aussi notre version des faits et disposons de beaucoup de témoignages qui soulèvent beaucoup d'interrogations sur les vrais planificateurs de ces génocides de même nature qui continuent d'endeuiller notre pays. Nous restons confiant dans votre impartialité.
Veuillez agréer, Madame, l'expression de ma haute considération.
Ndereyehe Charles
Président du RDR.
CPI: