RDR

Rassemblement pour le Retour des Refugiés et la Democratie au Rwanda

Rally for the Return of Refugees and the Democracy in Rwanda

Ihuliro Liharanira Itahuka ry’Impunzi na Demokarasi mu Rwanda

Postbus 85; 3840 GB HARDERWIJK; NEDERLAND

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Pour un Peuple réconcilié dans un Etat de Droit; For a reconcilied People in a Rule of Law; Duharanire Ubwiyunge bw’abanyarwanda mu Gihugu cyubahiliza Amategeko.

Monsieur le Président du Conseil de Sécurité

Monsieur le Président de l’assemblée Générale des Nations Unies


Harderwijk le 5 Novembre 1998

Monsieur le Président,

Comme Vous le savez, depuis la guerre d’agression contre le Rwanda début octobre 1990 par le Front Patriotique Rwandais (FPR) , dont la branche armée Rwanda Patriotic Army (RPA) était partie intégrante de l’armée régulière de la National Resistance Army (NRA) de l’Uganda , avec la complicité personnelle du Président de ce pays, alors Président de l’OUA, le peuple rwandais déplore aujourd’hui la perte de plus 3.000.000 compatriotes. Au rythme où le régime de Paul Kagame massacre la population rwandaise et concentre les survivants dans des camps de la mort, plus de 50% du peuple rwandais aura été bientôt détruit si la Communauté Internationale persiste dans sa tacite complicité. Cet appauvrissement définitif de l’humanité est cyniquement passé par pertes et profits, exploité en véritable fonds de commerce par le régime en place à Kigali. Ainsi, "l’homme fort du Rwanda", le général Kagame a , lors de sa visite au parlement Européen, qualifié les événements-génocide de notre région de "vent de changement" pour une "direction positive". Le génocide tutsi a donc ouvert un crédit illimité et constitue un chèque en blanc qui permet au régime en place à Kigali de justifier toute une politique d’extermination de la population dans un génocide rampant conduit systématiquement tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Rwanda comme on l'a vu lors de la tentative d'extermination des réfugiés rwandais dont plus de 200.000 ont péri dans l’Ex-Zaire en 1996/1997 essentiellement sous les balles de l'armée de Kagame , la RPA .

Nous voudrions Vous rappeler, Monsieur le Président, qu’une bonne partie des membres du régime de Kigali portent des responsabilité morales, politiques et/ou criminelles évidentes dans la tragédie que vit le peuple rwandais depuis le 1er Octobre 1990. Ceci a été établi dans les conclusions du rapport final de la commission d’experts chargée d’enquêter sur les violations graves du droit international humanitaire et les actes de génocide au Rwanda conformément à la résolution 935 (1994) du Conseil de Sécurité des Nations Unies du 1er Juillet 1994 (cfr Conseil de Sécurité S/1994/1405, page 36-37).

Concernant le génocide contre les réfugiés hutu dans l'ex-Zaïre, nous Vous rappelons que le Conseil de sécurité avait exprimé sa disposition à reconsidérer sa position à la lumière du développement ultérieur dans la recherche de la vérité afin que les coupables du génocide et des massacres soient identifiés et jugés. Les révélations faites par les membres du gouvernement de la République Démocratique du Congo dont le Ministre à la Présidence Mr Victor Mpoyo et le Conseiller du Président Kabila, Mr Sakombi Inongo constituent un pas important vers la vérité. Selon ces autorités, il n’y a plus de doute sur le crime de génocide "compte tenu du caractère systématique des massacres et de la volonté de faire disparaître un peuple". Quant aux auteurs de ce génocide, Mr Dominique Sakombi Inongo est formel et déclare que "les militaires ougandais et rwandais ont aidé Kabila à libérer le pays, mais qu’en chemin, ils ont systématiquement liquidé les réfugiés hutu" et d’ajouter "que la mission d’enquête savait parfaitement ce qu’avaient fait les soldats rwandais ; les Américains aussi , ils n’ont rien dit".

L’Afrique, dans sa région dite des Grands Lacs, fait ainsi face à sa plus grande catastrophe humanitaire après la traite négrière entre le XVe et XIX e siècle et ce, dans une indifférence totale de la communauté internationale. Nous rappelons à votre attention que le trafic humain des africains, la plus grande déportation de l’histoire humaine et un crime contre l’humanité fut également exécuté, comme aujourd’hui, avec la complicité de certains grands pays. Elle fut aux origines du sous-développement de l’Afrique et d’un discours raciste qui chanta longtemps l’infériorité congénitale de l’homme noir.

Aujourd’hui encore, la communauté internationale assiste, impuissante ou complice, à un conflit qui s’étend de la région des Grands Lacs à la manière d’un feu de brousse sur toute l’Afrique, emportant avec lui des crimes contre l’humanité dont les génocides, faussement qualifiés de guerres ethniques. Une idéologie raciste et fasciste est entrain de décrire le facteur ethnique comme l’élément fondateur de la violence meurtrière et de l’insécurité qui règnent dans notre région. Les composantes sociales du peuple interlacustre comme les Hutu, les Tutsi et les Twa sont présentés comme étant des espèces en marge du reste de l’humanité, les uns ou les autres, prédestinés génétiquement aux crimes de sang.

Extrapolant ce manichéisme sur toute l’Afrique, les milieux d’extrême droite ont ressuscité leurs généalogies et classifications anthropomètriques et racistes des Gobineau et autres Hegel du XIXè Siècle. Ils parlent de nouveau d’une Afrique "anhistorique" avec ses "éléments noirs" incapables de civilisation. La notion de droits de l’homme qui, dans l’esprit de la déclaration Universelle du 10 décembre 1948 et, plus récemment, de celui de la Conférence de Viennes de juin 1993, est déniée à des millions de personnes de toute une région. Nous sommes pris dans une réaction en chaîne de violences meurtrières sans précédent depuis la guerre d’agression du Rwanda à partir de l’Ouganda le 01 Octobre 1990 et personne ne paraît vouloir arrêter ce cercle vicieux. Nous constatons au contraire que certaines grandes puissances arment, couvrent et encouragent les régimes rwandais et ougandais responsables de ces agressions à répétition qui mettent à feu et à sang cette région depuis 8 ans déjà.

Au lieu d’une action ferme telle que prévue au chapitre VII de la Charte des Nations Unies, l’ONU assiste impuissante à une crise morale qui se généralise. L’ONU ne prend pas "des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d’écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix (...), conformément aux principes de la justice et du droit international" tel que prescrit par l’article premier de sa charte. La grande famille des Nations Unies semble avoir abdiqué à ses buts et principes devant les forces subversives contre les grandes valeurs de l’humanité.

A plusieurs reprises, notamment par sa lettre du 28/2/97 adressée au Représentant du Secrétaire Général de l'ONU et de l'OUA ci-annexée, le RDR a attiré l'attention de la Communauté Internationale sur le risque d'internationalisation du conflit rwandais qui n'était que la partie visible de l'iceberg . Les événements actuels prouvent que notre analyse était bien fondée. L’agression du Congo en octobre 1996 par les régimes rwandais, ougandais et burundais sous la couverture d'une rébellion dite "Banyamulenge" et qui a été rééditée depuis le 2 Août 1998 en toute impunité est un paradoxe insupportable qui ne peut se comprendre que quand se rappelle que L’ONU a failli à sa mission lors du génocide rwandais. L’ONU n’a pas pu "préserver les générations futures du fléau de la guerre" et le rwandais se posent la question de savoir si L’ONU n’aurait pas " perdu sa foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes ainsi que des nations, grandes et petites" tel que consacré dans le préambule de la Charte de l’ONU.

C’est ainsi que nous Vous adressons cet appel lancé à travers Vous, à toute la Famille des Nations Unies, Vous demandant de prendre une initiative majeure pour sauver la paix au Rwanda et dans notre région afin que soit prévenu la désintégration totale de l’Afrique. Notre organisation politique se tient à votre aimable disposition pour Vous exposer ses propositions à cet effet.

Avec nos sentiments de très profonde gratitude pour Votre haute intervention en vue de sauver la paix au Rwanda, nous Vous prions d’agréer, Excellence Monsieur le Président, l’assurance de notre très haute considération.

Charles Ndereyehe

Président du RDR

CPI : Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies

New York

 

Annexe: COPY

 

RASSEMBLEMENT POUR LE RETOUR DES

REFUGIES ET LA DEMOCRATIE AU

RWANDA

R.D.R

4, RUE A. CLUYSENAAR                                           7, RESIDENCE MONTESQUIEU

1060 BRUXELLES                                                        49000 ANGERS

BELGIQUE                                                                     FRANCE

Tél/Fax: 32-80-880716                                                    Tél/Fax: 33-41489987

Nairobi, le 28 Février 1997

 

Son Excellence Monsieur MOHAMED SAHNOUN,

Le Représentant Permanent du Secrétaire Général des Nations Unies et

de l'OUA pour la Région des Grands Lacs

à Nairobi ,

 

Excellence Monsieur l'Ambassadeur

 

Le Rassemblement pour le Retour des réfugiés et la Démocratie au Rwanda ( RDR ) vous remercie pour les efforts que vous ne cessez de déployer en vue de trouver une solution durable au conflit des Grands Lacs. Notre organisation apprécie hautement votre souci d'écouter tous les parties en conflit et tous ceux qui pensent apporter un éclairage ou une contribution à la tragédie que vivent les peuples de cette sous-région de l'Afrique. Le point de vue exposé ici est celui des exclus de la gouvernance du FPR; des opprimés et des marginalisés.

Les rwandais et les autres peuples de la région ne connaîtront jamais la paix tant que des groupuscules soutenus de l'extérieur continueront à prétendre à une quelconque supériorité culturelle ou historique qui leur donnerait le droit de gouverner des peuples au besoin par la force, comme le voudrait les actuelles équipes dirigeantes au Rwanda, au Burundi et en Uganda. La nature des choses est telle que les exclus de la gouvernance feront toujours tout pour lutter afin de participer au pouvoir et pour instaurer un Etat juste et équitable. De même, les peuples rwandais et burundais ne se sentiront jamais en sécurité tant qu'il n' y aura pas eu des réformes profondes dans les forces de sécurité pour que celles-ci soient réellement représentatives des différentes composantes de la société.

De plus, la communauté des intérêts et les alliances politico-ethniques entre les équipes dirigeantes dans la région des Grands Lacs sont devenues une donnée incontournable dans la recherche d'une solution à la crise. Ainsi donc il est illusoire de prétendre résoudre séparément les cas rwandais et burundais, alors qu'il s'agit en réalité d'un même peuple.

S'agissant plus particulièrement du Rwanda, le seul retour des réfugiés ne signifie nullement la fin de la crise dans la mesure où les problèmes politiques qui la soutendent restent entiers. La crise rwandaise perdurera tant que le maintien et la consolidation du pouvoir FPR continueront à être pris comme postulat de départ à toute tentative de solution.

L'avenir du Rwanda est avant tout l'affaire des rwandais. Le défi que les médiateurs doivent relever est d'amener les protagonistes de la crise rwandaise à une même table pour discuter les affaires de leur pays. S'ils se contentent de consolider ou d'imposer l'actuel régime du FPR à un peuple qui le rejette, ils seront tombés dans le piège de certains milieux occidentaux et régionaux qui ont tellement investi dans la guerre du FPR de façon qu'ils ne peuvent plus reculer et préfèrent la fuite en avant.

L'analyse politique de la crise rwandaise doit pouvoir dépasser la simple logique de choix entre deux maux à savoir: l'actuelle administration du FPR et le gouvernement que ce dernier a renversé. Le peuple rwandais a autant de droit à la recherche de l'excellence que les autres peuples civilisés de cette fin de 20 ième siècle. Dans ce sens les lacunes du gouvernement d'avant juillet 1994 ne doivent pas être une excuse pour cautionner l'exclusion ou la suffisance de la gouvernance actuelle. De même que les malheurs qui ont endeuillé le peuple rwandais ne doivent pas servir de fond de commerce visant à justifier la poursuite et l'élimination systématique des réfugiés rwandais au Zaïre, les massacres, les violations graves des droits de l'homme et la répression de la part du régime FPR au Rwanda.

L'histoire de la crise rwandaise ne commence pas en avril 1994. Le travail des médiateurs devrait donc commencer par faire la lumière sur le rôle et les intérêts de certaines forces étrangères régionales et occidentales dans la naissance et le développement de cette tragédie.

Les médiateurs devraient chercher à répondre à la question de savoir qui a armé et financé la guerre du FPR, et celle des rebelles Tutsi ? Et dans quel intérêt ?

Pourquoi certains milieux politiques puissants se sont-ils érigés en protecteur d'une oligarchie militaire ultra-minoritaire dont le comportement est aux antipodes des principes d'une société libérale pluraliste et démocratique qu'ils prônent sous d'autres cieux ?

La crise rwandaise et la question des réfugiés en particulier doivent être placés dans un contexte plus large embrassant des alliances ethniques et politiques régionales. Feindre ne pas voir l'interpénétration des crises rwandaises , burundaise et zaïroise ainsi que les ambitions du régime ougandais actuel, serait enfoncer des portes ouvertes, passer à côté des vrais problèmes et pratiquer la politique de l'autruche. Actuellement nous assistons à une stratégie consistant à attaquer un à un tous les voisins. Ce sont les mêmes minorités politico-ethniques de l'Uganda, du Rwanda et du Burundi qui sont à l'origine de l'internationalisation du conflit dans la région par l'invasion du Zaïre en attendant que la guerre s'étende ailleurs. La problématique de la sécurité dans les pays des Grands Lacs ne pourra donc être résolue sans que tous les protagonistes en Uganda, au Rwanda, au Burundi et au Zaïre ne participent autour d'une même table à la recherche de cette solution.

Puisse votre sagesse privilégier les intérêts vitaux et à long terme des peuples de la Région des Grands Lacs, plutôt que la survie immédiate de certains des régimes en place dominés par des minorités ethniques et politiques surarmées et contestées par leurs populations, même s'elles sont passées championnes dans l'art du mensonge et de la manipulation des médias.

C'est pourquoi le RDR soutient l'idée d'une Conférence Internationale sur le Rwanda et les autres pays des Grands Lacs. Il a des propositions réalistes et concrètes à présenter pour casser le cycle infernal des souffrances qui affligent les populations de cette région. Le RDR insiste pour que les exilés soient pleinement impliqués. Votre Excellence aura constaté que l'approche du Centre Carter, qui excluait les réfugiés et les Nations-Unies a échoué lamentablement.

Le problème rwandais étant essentiellement politique, il lui faut une solution politique; aucune solution durable à la crise rwandaise ne sera trouvée tant qu'il y aura des exilés à l'extérieur et que la population intérieure sera écrasée sous la botte de l'armée et la police politique. Non plus, aucune solution ne sera viable tant que les réfugiés et tous ceux qui sont exclus de la gouvernance de leur pays ne seront associés en tant que partenaires à part entière aux questions qui les concernent. Dans cet esprit , permettez-moi de vous transmettre le mémorandum en annexe qui , je l'espère, vous donnera l'autre face de la crise dans laquelle vous avez une lourde responsabilité de médiateur.

Nous profitons de l'occasion pour solliciter une audience pour vous exposer de vive voix notre point de vue.

Veuillez agréer, Excellence Monsieur l'Ambassadeur, l'expression de ma très haute considération.

 

Pour le RDR

Dr Butare Innocent (sé)

Secrétaire Exécutif