|
|
Union des forces démocratiques rwandaises (ufdr) union
of rwandese democratic forceS Tél. &
Fax : (0032) 2 410 60 82 et (0032) 2 478 66 43 e-mail :
ndeman@infonie.be |
Du 18 au 20 octobre 2000 va se tenir à Kigali
un colloque sur la réconciliation nationale. Le martelage propagandiste
s’emploie activement à présenter cette grand-messe comme un signe évident de la
volonté du régime et un pas décisif vers la réconciliation nationale.
Pour sa part, l’UFDR a pris position dans une
lettre datée au 10 octobre 2000 au Secrétaire Exécutif de la Commission ad hoc
estimant, au vu de la manière dont ce colloque a été conçu et organisé, qu’il
s’agit d’une activité soumise à une politisation idéologique et policière du
parti au pouvoir. En effet, alors que cette occasion aurait dû être saisie pour
ouvrir des perspectives d’avenir en matière de justice sociale, au niveau
institutionnel, politique, économique, éducatif au sens large, etc., à travers
un débat responsable sur les origines lointaines et récentes du mal rwandais et
pour définir clairement les responsabilités depuis le pouvoir monarchique fondé
sur une prétendue inégalité naturelle entre les composantes de la nation
rwandaise jusqu’à la guerre d’octobre, au génocide et aux massacres perpétrés
en avril-juillet 1994 et aux crimes de guerres, aux crimes contre l’humanité,
aux actes de génocide commis par le nouveau pouvoir aussi bien à l’intérieur
qu’à l’extérieur du pays et qui ont occasionné de lourdes pertes en vies
humaines et ont profondément déchiré le tissu social rwandais, en passant par
la trahison des principes qui ont guidé la révolution socio-politique de 1959
et par de longues années de dictature, le régime a écarté du débat les forces
politiques de l’opposition. Preuve s’il en était encore besoin qu’en matière de
réconciliation nationale les responsables actuels ne font preuve d’aucune
volonté politique. Il ne peut pas y avoir de réconciliation si le principe de
départ est l’exclusion.
Préoccupée par la seule consolidation des
institutions mises en place dans la ligne de sa victoire militaire et du coup
d’Etat institutionnel du 17 juillet
1994, il est évident que l’oligarchie militaro-ethniste au pouvoir n’allait pas prendre le risque de se livrer
à un exercice pouvant sonner le glas de son régime. L’expérience a montré que
quand elle y est contrainte par les
circonstances ou lorsqu’il s’agit d’une opération de charme envers ses bailleurs
de fonds, elle prend bien soin au préalable de prévoir des mécanismes lui
permettant de contrôler l’essentiel des affaires. Ainsi, au niveau des
institutions, l’armée s’est rendue maître non seulement de tous les rouages de
l’Etat, dans pratiquement tous les services de l’administration et des
entreprises étatiques mais encore des militaires d’active siègent au Parlement
et dans les instances judiciaires. La loi fondamentale du pays, initialement
constituée de la Constitution révisée de juin 1991 et de l’Accord de paix
d’Arusha qui garantissait le partage du pouvoir entre les différentes forces
politiques et garantissait surtout au peuple rwandais les valeurs primordiales
que sont l’unité nationale, le pluralisme politique, social et économique, la
démocratie, ainsi que le respect des libertés et droits fondamentaux de la
personne, a été supplantée par la déclaration du FPR du 17 juillet 1994.
Avec ce coup d’Etat institutionnel, le FPR
s’est érigé en parti-Etat et a frappé les autres formations politiques
d’interdiction d’exercer leurs activités, les empêchant ainsi d’influer sur les
destinées du pays. Aussi, pour se mettre à l’abri d’une probable concurrence
électorale, le FPR a contraint à l’exil, fait emprisonner, quand il ne les a
pas tué, la plupart des dirigeants des organes de base des autres partis
politiques, et même des personnes non politiquement engagées mais incarnant un
certain potentiel de leadership dans leurs communes ou régions d’origine, en
les accusant arbitrairement d’avoir participé au génocide. D’autres sont
contraints à des travaux manuels forcés sur leurs collines d’origine, ou encore
sont condamnés à vivre dans la clandestinité.
Toutes les décisions et les orientations
importantes sont ainsi prises par le haut commandement de l’armée autour du
général KAGAME et sont endossées pour la forme par les organes officiellement
compétents. La Commission pour la réconciliation et l’unité nationales
n’échappe pas à la règle : ni indépendante, ni représentative de la
communauté rwandaise et sans objectifs et sans programme clairement définis,
elle n’est qu’une caisse de résonance du pouvoir en place et un paravent
destiné à la communauté internationale.
Comme les partis politiques, la presse
indépendante, les organisations de défense des droits humains, les Eglises et
les autres composantes de la société civile sont elles aussi dans
l’impossibilité d’exprimer librement leurs opinions en raison de l’intimidation
des services de sécurité qui leur imposent de se taire ou de s’aligner sur les
vues du régime . Même les étrangers n’échappent pas à cette
intimidation : les observateurs de la mission des droits de l’homme mise
en place par l’ONU ont été chassés du Rwanda par le pouvoir de Kigali et de
nombreuses ONG occidentales ont été renvoyées pour permettre aux militaires et autres
agents du régime de massacrer les populations innocentes sans la présence de
témoins gênants.
En matière de justice surtout, la situation
est des plus préoccupantes. La loi de la jungle est la seule qui a droit de
cité : expropriation des terres, des maisons et d’autres biens convoités, le
terrorisme et la délation sont les principales règles du jeu. En un mot la
justice du vainqueur sur le vaincu. Plus de 150.000 personnes, dont la majorité
sont sans dossier, croupissent dans les prisons dans des conditions inhumaines
et n’ont droit à aucune assistance juridique. Les chiffres avancés par le
régime sont en deçà de la réalité car ce macabre inventaire ne recense pas ceux
qui sont détenus dans des lieux aussi divers que les camps militaires et les
cachots particuliers. Le régime rwandais a été, à ce titre, classé au premier
rang mondial des pays qui violent le plus les droits de l’homme par le journal
anglais The Observer du 26 octobre 1999.
L’on se souvient certainement aussi que, au
lieu de s’investir directement dans la reconstruction morale du pays en
engageant un débat responsable en vue d’amener le peuple rwandais à se sentir
profondément concerné par son avenir, le régime en place n’a eu de cesse depuis
sa prise du pouvoir en juillet 1994 de contribuer à accentuer les divisions par
l’exclusion sociale, politique et économique d’une partie de la population et
par la globalisation du crime à un groupe ethnique. Des spéculations stériles
du genre « qui se réconcilie avec qui ? » et la nécessité
de rendre la justice ont longtemps occulté le débat sur la réconciliation
nationale.
A ce propos, la vision politique de l’UFDR,
par ailleurs maintes fois exprimée, est que sans une réelle volonté politique
et sans un profond engagement de toutes les composantes de la nation rwandaise
pour se donner mutuellement des garanties, il n’y aura pas d’authentique paix
sociale, ni de véritable réconciliation nationale.
Pour l’UFDR la réconciliation nationale ne se
décrète pas. Elle ne doit pas non plus être un beau slogan politique
destiné à agrémenter les discours des politiciens. La réconciliation ne sera
que la conséquence des politiques à mettre en œuvre et non un préalable. Pour
cela, elle doit être traduite dans les faits par un ensemble de décisions
politiques, de mesures administratives et de comportements humains aptes à
favoriser la coexistence pacifique entre Rwandais de tous horizons, dans le
respect de la loi et des droits fondamentaux de la personne. C’est ce long
travail qui assurera une véritable réconciliation et non pas de grandes
cérémonies partisanes dont le défaut est souvent aussi de vouloir faire
entériner les orientations déjà tracées dans la stricte ligne de la pensée
unique du pouvoir en place. Il devient
dès lors indispensable de convoquer les organisations politiques de l’intérieur
et de l’extérieur, les représentants de la société civile intérieure et en exil
pour réfléchir en commun sur notre histoire, nos réalités présentes et sur les
problèmes que pose le Rwanda de l’avenir.
Pour l’UFDR, la voie de la réconciliation
nationale se trouve dans le respect strict des principes consacrés par l’Accord
de paix d’Arusha. Dans ce contexte, une véritable réconciliation passe
obligatoirement par le rapatriement de tous les réfugiés. Pour ce faire il importe
d’amorcer un dialogue franc et direct entre le gouvernement rwandais et les
organisations des Rwandais de l’extérieur. Ce dialogue devient de plus en plus
incontournable dans la mesure où le bilan noir du FPR n’inspire guère confiance
et que de ce fait, comme ceux d’hier, les Rwandais aujourd’hui à l’extérieur
exigent un minimum de garanties politiques et autres pour leur retour.
Toutefois, ces contacts ne seraient bénéfiques que s’ils avaient réellement
pour objet d’associer tous les Rwandais à la prise de décision concernant leur
pays. Il est donc inutile de les taxer tous d’être des criminels qui devraient
rentrer au plus vite pour grossir les rangs de ceux qui croupissent dans les
prisons déjà surpeuplées et où la mortalité a atteint des taux inquiétants.
Ce n’est pas que l’étiquette d’exilés devrait
garantir l’impunité aux criminels se trouvant parmi eux, car la réconciliation
passe également par le jugement et la condamnation de tous les responsables du
génocide et des massacres perpétrés dans notre pays. Les réfugiés ayant commis
des crimes doivent en répondre au plus vite tout comme les criminels
aujourd’hui au pouvoir. Le temps est venue de rendre équitablement justice et
de rétablir l’autorité de la loi aux dépends de l’impunité dont bénéficient les
criminels par le simple fait qu’ils sont à l’abri à l’étranger ou parce qu’ils
sont au pouvoir.
L’UFDR refuse cependant le jugement des gens
d’après leur ethnie, leurs origines, leurs croyances philosophiques ou leur
appartenance politique et croit en la valeur intangible de chaque personne et
aspire à une société où les gens vivent en paix. L’UFDR croit que chaque homme
de par sa condition humaine détient un certain nombre de droits fondamentaux
incontestables auxquels on ne peut tolérer aucune atteinte. Dès lors, la
réconciliation passe également par la sécurité des personnes et des biens. Il
importe alors de mettre fin à la chasse à l’homme et à la confusion à dessein
des criminels avec les membres d’un groupe ethnique donné. Ce principe pose le
problème des rapports entre les institutions et la hiérarchie militaire. Alors
que l’armée doit être non partisane et être à la disposition du gouvernement et
subordonnée à sa seule autorité, l’expérience avec l’APR a montré le contraire.
Pour cela il importe de s’en tenir aux principes d’organisation de l’armée tels
que prévus par la loi fondamentale. Cela contribuerait à renforcer la confiance
que le peuple rwandais tout entier doit avoir dans son armée.
La réconciliation doit transparaître
également à travers le partage effectif du pouvoir à tous les échelons des
pouvoirs de l’Etat en vue de permettre à chaque groupe de participer
efficacement à la gestion du pays. A cet égard, l’UFDR est prête à s’associer
aux autres forces politiques pour fixer un agenda politique et pour définir,
avec le gouvernement, les modalités et les conditions de ce partage.
Ce n’est qu’une fois ces problèmes débattus
dans la sérénité que, ensemble, les Rwandais pourront définir un nouveau cadre
institutionnel, circonscrire la charpente d’une nouvelle constitution et mettre
en place un véritable gouvernement d’union nationale qui aura à exécuter un
programme dont les grandes lignes auront été préalablement définies par les
Assises Nationales sur l’unité et la réconciliation. L’UFDR estime que, entre
autres priorités, ce gouvernement aura à :
1. Rapatrier
tous les réfugiés et à les réintégrer dans leurs biens, comme toutes les
victimes du système de spoliation en vigueur
2. Relancer le
processus démocratique en mettant en place les mécanismes définis par les
Assises Nationales
3. Ramener la paix en
mettant en place des mécanismes efficaces de lutte contre toute forme de
discrimination et d’exclusion
4. Prendre des mesures
nécessaires pour garantir la sécurité des personnes et des biens
5. Mettre en place une Commission Justice et Vérité
chargé de faire la lumière sur les périodes sombres de notre histoire
6. Réorganiser et
stimuler l’économie nationale
7. Lutter contre toute
forme de corruption
8. Mettre
en place un système de recrutement aux postes de responsabilités de l’Etat et à
tous les emplois administratifs, ainsi que d’admission aux écoles basé sur une
compétition loyale qui offre des conditions d’égalité de chances
9. Assistance
humanitaire aux groupes les plus vulnérables
10. Mettre en place un
programme d’assistance aux rescapés
11. Accélérer le
jugement des présumés responsables des actes de génocides commis au Rwanda
depuis 1990
12. Collaborer avec le
TPIR et autres juridictions compétentes pour traduire en justice les
responsables de tous bords encore en liberté des crimes de génocide, des crimes
contre l’humanité et autres violations graves des droits humains
13. Libérer les
prisonniers sans dossiers et pour lesquels il n’existe aucune preuve de
culpabilité
14. Effectuer un
recensement général de la population et mettre un nom sur chaque victime de la
tragédie rwandaise
15. Préparer et
organiser les élections générales devant intervenir à la fin de la période de
transition définie par les Assises Nationales sur la réconciliation et l’unité.
16. Restaurer des
relations d’amitié et de bon voisinage avec les pays de la région des Grands
Lacs.
Il est évident que, dans le contexte actuel,
la réconciliation restera un vœu pieux sans garanties effectives de la
communauté internationale, en particulier celles des pays qui avaient assisté
les deux parties aux négociations d’Arusha et dont certains sont aujourd’hui
partie prenante dans le durcissement et le pourrissement de la situation au
Rwanda et dans la sous-région suite à la caution morale apportée aux
entreprises criminelles du régime de Kigali à travers leur appui diplomatique,
leur assistance militaire et la fourniture du matériel de guerre.
Sans ces garanties, toute démarche est vouée
à l’échec. Et ce n’est ni la rencontre du 18 au 20 octobre qui ressemble plutôt
à un congrès du FPR, ni la parodie d’élections prévues pour mi-décembre 2000
pour les organes intermédiaires, ni les législatives et les présidentielles de
2003 qui changeront la situation. Tant que les décisions concernant les
Rwandais et leur avenir continueront à être prises unilatéralement sans qu’il y
ait un début de débat politique ouvert et un système judiciaire qui protège les
droits et les libertés individuelles, tant que le citoyen ne sera pas placé au
centre de toutes les préoccupations et ne sera pas en mesure de contrôler le
pouvoir et de participer à la gestion de la chose publique et tant que la
vérité sur les responsabilités dans le drame rwandais ne seront pas établies et
les véritables coupables des crimes de génocide, des crimes de guerre et des
autres violations graves des droits de l’homme sans distinction de l’auteur ni
de la victime punis, la réconciliation nationale restera un slogan politique
vide de sens.
Fait à Bruxelles, le 16 octobre
2000
Faustin TWAGIRAMUNGU
P.O Eugène NDAHAYO
2ème
Vice-Président