Union des forces démocratiques rwandaises

(UFDR)

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COMMUNIQUE N° 17

 

L'ONU DOIT DEMANDER PARDON À TOUT LE PEUPLE RWANDAIS ET ARRÊTER DÉFINITIVEMENT LE GÉNOCIDE DU PEUPLE RWANDAIS

 

L'Union des Forces Démocratiques Rwandaises (UFDR), Coalition constituée des Forces de Résistance pour la Démocratie (FRD), du Groupe d'Initiative pour la Réconciliation (GID) et du Rassemblement pour le Retour des Réfugiés et la Démocratie au Rwanda ( RDR) , salue la publication du rapport de la Commission indépendante, nommée en mai 1999 par le Secrétaire Général de l’ONU, pour enquêter sur la responsabilité des Nations-Unies durant le génocide rwandais. Ce n’est pas trop tôt, mais en même temps le moment ne pouvait pas être mieux venu car, comme précise ce rapport , il est nécessaire que la vérité sur le génocide rwandais soit connue pour que ce qui s'est passé n'arrive plus ; pour reconstruire la crédibilité du Rwanda et des Nations Unies , et pour contribuer à la réconciliation du peuple rwandais.

Dans son rapport, la Commission met en exergue les graves manquements du Conseil de Sécurité, du Secrétariat général des Nations Unies ainsi que la responsabilité de certains pays comme les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la France et la Belgique. De ce point de vue général, le rapport est un élément important que nous aurions voulu avoir plus tôt. Cependant, c’est bien aujourd’hui que cet élément est particulièrement utile car, à la fois, il corrobore la position maintes fois exprimée par les organisations membres de l’UFDR et permet surtout de comprendre l’apathie déconcertante de l’Organisation des Nations-Unies et le rôle destabilisateur de certains pays dans la crise terrible qui secoue actuellement la région des Grands Lacs africains.

L’UFDR estime néanmoins que beaucoup de questions, qui auraient dû retenir également l’attention de la Commission, sont restées en suspens, notamment celle de l’auteur et des éventuelles complicités dans l’attentat qui a coûté la vie à deux chefs d’Etats, le Rwandais Juvénal Habyarimana et le Burundais Cyprien Ntaryamira. Cet attentat, comme le soulignent plusieurs passages du rapport de cette Commission, a servi de détonateur à l’accomplissement du génocide rwandais. L'UFDR regrette en plus que l'enquête de la Commission se soit limitée à la période d'Avril à Juillet 1994 alors que la mission de la MINUAR va jusqu'au delà de cette période.

L'UFDR s'étonne également que, du côté rwandais, le rapport soit basé sur les témoignages receuillis auprès d'une seule partie en conflit, à savoir le FPR et ses collaborateurs. Jusqu'à preuve du contraire, on est porté à croire que la Commission ait évité à tout prix de rencontrer des personnalités en exil qui faisaient parti des deux gouvernements de transition qui ont précédé l'assassinat du Président Habyarimana Juvénal, de même que les membres du premier gouvernement du FPR qui ont dû quitter le pays à cause de la politique délibérée de ce Front de poursuivre les massacres des populations civiles innocentes. Une telle attitude ne peut en aucune manière contribuer à la réconciliation. Avec une telle approche , il est tout à fait normal que toute la thèse de la planification du génocide gravite autour du témoignage de Mr TURATSINZE Jean Pierre, personne de crédibilité douteuse comme l'a déjà souligné Mr Twagiramungu Faustin à la commission d'enquête parlementaire Belge. Comme ce témoin "important" a été remis dans les mains de la MINUAR pour sa protection, l'UFDR s'étonne qu'il ne figure pas sur la liste des personnes entendues et qu'il n'ait jusqu'à présent pas encore été cité devant le TPIR pour témoigner contre les présumés "penseurs" génocidaires arrêtés par le Procureur de ce tribunal.

L’UFDR regrette en outre que la Commission n’ait pas recommandé dans ses conclusions qu’une enquête plus globale et plus approfondie sur le génocide rwandais, des origines à nos jours, aussi bien à l’intérieur du pays qu’au-delà de ses frontières, soit instituée. Cette enqête pourrait permettre que les responsables du génocide au premier degré, d’hier et d’aujourd’hui, y compris ceux qui sont dans l’entourage immédiat du pouvoir de Kigali, puissent en répondre devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda siégeant à Arusha en Tanzanie. C’est à cette seule condition que le " pour que cela ne se reproduise plus jamais " pourra avoir un sens et que la réconciliation nationale entre les rwandais sera possible.

Les rwandais ne pleurent pas uniquement les tutsi et les hutus "modérés" massacrés en 1994, mais aussi d'autres hutu et tutsi massacrés avant et après cette période par des extrémistes de tout bord. L'Humanité et le peuple rwandais viennent de perdre plus de 3 millions de personnes. Pour un vrai travail de réconciliation du peuple rwandais, incompatible avec les préjugés, les idées reçues et la globalisation, l’UFDR réitère une fois de plus sa demande d’une enquête internationale indépendante sur la mort du président Habyarimana et sur la responsabilité des massacres de milliers de personnes à KIBEHO, KANAMA ,GITARAMA et dans toute la région du Nord-Ouest du pays, ainsi que sur les massacres de centaines de milliers de réfugiés hutu dans les camps de l’ex-Zaïre et dans la jungle de la forêt équatoriale. Ces derniers crimes ont été déjà qualifiés d’actes de génocide par le rapport préliminaire de la commission ad hoc des Nations-Unies qui a recommandé une enquête plus poussée.

Si les responsables de l'ONU doivent demander pardon au peuple rwandais, l'UFDR croit fermement que le Secrétaire Général ne porte pas plus de responsabilités que la personne qui assumait la présidence du Conseil de Sécurité durant la période prise en considération. Et bien qu'il soit corresponsable de ce qui s'est passé, il n'en assume en tout cas pas la responsabilité criminelle comme certains membres du FPR qui lui demandent de venir s'agenouiller devant eux. L'UFDR trouve en effet déplacé le principe d'exiger à l'ONU de demander pardon au peuple rwandais à travers le gouvernement du FPR qui a également une lourde responsabilité tant politique, morale que matérielle prouvée dans le génocide du peuple rwandais. On ne peut pas ignorer ne fussent que les différents ultimatum données par le FPR aux troupes étrangères d'évacuer dans la période des massacres, ainsi que ses différentes attitudes d'obstruction à toutes les solutions proposées pour arrêter les massacres. Tout comme pour le passé, l'UFDR se refuse toujours de cautionner la globalisation et la responsabilité collective. L'UFDR réitère que la responsabilité doit être individuelle et viser des personnalités qui n'ont pas su assumer leurs responsabilités ou qui ont été directement impliqués dans le génocide du peuple rwandais.

L'UFDR trouve pertinent que l'ONU demande pardon au peuple rwandais, toutes les ethnies confondues, mais les rwandais ont avant tout besoin que les Nations Unies prennent toutes les dispositions nécessaires pour arrêter définitivement l'extermination du peuple rwandais. Ils ont surtout besoin de toute la vérité sur ce génocide, ainsi que de leur droit inaliénable à une justice impartiale.

Fait à Bruxelles le 23 décembre 1999

 

Faustin TWAGIRAMUNGU

Président

Ancien Premier Ministre du Rwanda

P.O Charles Ndereyehe

Vice-Président (Sé)