COMMUNIQUE DE PRESSE No 11
CONTRE L'ARRESTATION DE Mgr. MISAGO Augustin, EVEQUE DE GIKONGORO
L'Union des Forces Démocratiques Rwandaises, UFDR, déplore et dénonce l' arrestation de Mgr. Augustin MI SAGO, évêque de Gikongoro, survenue ce 14 avril 1999 à la Nonciature à Kigali, par le régime du Front Patriotique Rwandais.
L' arrestation de cet évêque marque le début de la détermination du régime de Kigali de mettre à genoux l'Eglise catholique au Rwanda, en l'accusant d'avoir participé au génocide rwandais de 1994. Ce régime exige aujourd'hui que cette église catholique romaine se confesse publiquement et demande pardon, non seulement pour avoir participé, selon lui, au génocide de 1994, mais aussi pour avoir soutenu la classe paysanne des Hutus mobilisés par les membres éminents du parti PARMEHUTU qui ont renversé le pouvoir féodal minoritaire tutsi en 1959 et conduit le pays à son indépendance en 1962. Ces tactiques de consolider son pouvoir chancelant en mettant en cause la crédibilité de cette institution n'ont pratiquement rien avoir avec le génocide. L'Union des Forces Démocratiques Rwandaises est, pour sa part, déterminée à les dénoncer chaque fois que cela sera nécessaire.
Il est à se demander qui doit demander pardon et à qui, car d'un côté il y a le FPR qui, depuis son invasion du Rwanda, le 1er octobre 1990, s'est livré aux assassinats systématiques des religieux catholiques dont les plus notoires restent ceux des trois évêques (l'archevêque de Kigali Vincent NSENGIYUMVA, l'évêque de Byumba Joseph RUZINDANA et l'évêque de Kabgayi Thaddée NSENGIYUMVA) avec treize prêtres en juin 1994 à Gitarama (Gakurazo), sans parler de l'archevêque de Bukavu Christophe MUNZIHIRWA assassiné, lors de l'invasion de son pays par le FPR en novembre 1996, pour la simple raison d'avoir apporté son soutien moral aux réfugiés hutus se trouvant alors au Sud et Nord Kivu depuis 1994, et enfin l'évêque de Ruhengeri Phocas NIKWIGIZE lâchement assassiné par les militaires du FPR, dés son retour du camp de réfugiés de Mugunga {en RDC) au Rwanda. Au total cinq évêques tués dans la même région pour cause de génocide!
De l'autre côté il y a l'église catholique au Rwanda, menacée et accusée par le FPR de "crime historique" de s'être désengagée, en 1959, de son association (à l'époque coloniale) avec le pouvoir féodal de la minorité tutsie pour soutenir ensuite l'émancipation des Hutus qui mettront fin au régime monarchique archaïque suite à une révolution violente en faveur d'un régime républicain. Le crime de Monseigneur MISAGO est d'avoir confié quatre vingt-dix écoliers, pour leur sécurité, aux gendarmes qui les ont ensuite massacrés à son absence (lire le livre du journaliste américain Philip GOUREVlTCH: We wish to inforrn you that tomorrow we will be killed with our families, Stories from Rwanda, Ed. Farrar Straus and Giroux, NY, 1998, pp.136-140). Il est aussi accusé de n'avoir pas souhaité la victoire du FPR!
L'arrestation de Monseigneur Augustin MISAGO entre dans la logique idéologique du FPR de paraître, à tout moment comme une victime des "génocidaires", autrement dit des hutus opposés à son régime, et de s'affirmer comme tel sur le plan international, en s'engageant comme par enchantement dans des actions offensives contre ses adversaires réels, imaginaires et présumés.
Au-delà du slogan familier de "génocidaire", il faut voir dans l'arrestation de ce prélat l'exécution de toute une stratégie planifiée de longue date de discréditer I'Eglise catholique au Rwanda et particulièrement son hiérarchie d'ethnie hutu et ce pour des raisons historiques connues qui n'ont pratiquement rien avoir avec le génocide de 1994.
De plus, après avoir acquis l'habitude d'intimider toutes les organisations internationales de défense de droits de l'homme ainsi que les représentants importants des Nations Unies, le FPR attaque l'Eglise catholique du Rwanda qui dérange considérablement son régime par le fait qu'elle est seule à dénoncer l'arbitraire dont elle est quotidiennement témoin (les emprisonnements sans cause et des exécutions sommaires à travers le pays) et qu'elle exige, dans différents mémorandums adressés au gouvernement, que les droits de l'homme soient respectés et qu'un processus véritablement démocratique soit mis en place, conformément aux principes régissant un état de droit au Rwanda.
L'Union des Forces Démocratiques Rwandaises, UFDR, demande au régime de Kigali de placer l'évêque de Gikongoro en résidence surveillée ou même de le laisser en liberté en attendant son jugement ou de l'envoyer rapidement au Tribunal Pénal international sur le Rwanda à ARUSHA. Mais pourquoi avoir attendu cinq années avant de l'arrêter?
Pour combattre l'impunité au Rwanda, l'UFDR déplore la politique de deux poids et deux mesures et demande que tous ceux qui sont soupçonnés d'avoir commis les crimes contre l'humanité soient arrêtés ou tout au moins démissionnent de leurs fonctions importantes, à commencer par le Président Pasteur BIZIMUNGU, promoteur, en 1973, du Comité de Salut Public impliqué dans les assassinats des Tutsis pendant cette année et le Premier Ministre Pierre Célestin RWIGEMA soupçonné d'avoir participé activement au génocide de 1994.
Fait à Bruxelles, le 16 avril 1999
Faustin TWAGIRAMUNGU
Président de l'UFDR
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