Discours d’ouverture du Congrès,

 

 

Honorables invités ,

Chers compatriotes ,

Chers collègues,

 

C’est un plaisir et un honneur pour moi de prendre la parole devant vous. Au nom du RASSEMBLEMENT POUR LE RETOUR DES REFUGIES ET LA DEMOCRATIE AU RWANDA et à mon nom personnel, je voudrais vous remercier sincèrement d'avoir répondu à notre invitation.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, permettez-moi, de remercier sincèrement le Peuple Allemand et à travers lui, le peuple européen pour la sympathie, la compréhension et l'hospitalité manifestées à l'égard des Réfugiés rwandais.

Chers amis ,

Chers compatriotes,

Je suis heureux de me retrouver de nouveau avec la plupart d'entre vous avec qui j'étais lors de notre dernier congrès tenu à Paris en Août 1998. Je suis particulièrement honoré par la présence de mon prédecesseur, Premier Président du RDR, et de 2 de ses 4 Vices-Pésidents , tous les 3 membres fondateurs de première heure du RDR comme moi-même. Je ne manquerais pas de signaler la présence et de remercier également 2 autres Commissaires pionniers du RDR et qui ont accepté de continuer à me donner leurs appuis dans la tâche que vous m’avez confiée.

Par cette occasion , je remercie encore très sincèrement les frères compatriotes qui ont voulu placer leur confiance en moi pour les 2 années qui viennent de s’écouler. Mes remerciements vont également à tous ceux qui ont ultérieurement accepté de se joindre à nous pour nous épauler dans cette lourde tâche que nous nous sommes volontairement assignée.

En acceptant ces responsabilités, nous avons signé un pacte de solidarité pour travailler la main dans la main, enfin de prêter main forte à notre population victime de la pire dictature qu'ait jamais connue le Rwanda. Le peuple Rwandais est profondément meurtri par la guerre et ses conséquences. Nous devons tout faire pour redonner espoir à ce peuple. Pour cela, il faut que nous fassions des propositions concrètes et réalistes pour sortir de l'impasse. Il faut que les Rwandais de l'intérieur nous fassent confiance. Il faut dépasser les divisions, les haines et l'esprit de revanche. C'est pourquoi, au RASSEMBLEMENT POUR LE RETOUR DES REFUGIES ET LA DEMOCRATIE AU RWANDA, nous avons choisi la voie du dialogue et des négociations pour l'établissement d'une paix durable.

C’est en Octobre 1994 que l’idée du RDR a jailli dans la tête des exilés rwandais. Ça semble une longue période pour des apatrides qui voudraient voir leur calvaire prendre fin, mais c’est une période courte pour créer une organisation politique ex nihilo et la consolider. Avec ses 6 ans d’existence , le RDR vient d’acquérir une expérience que seuls des aveugles ne peuvent pas voir. C’est pourquoi nous devons mettre terme à la phase de recherche de stabilité pour passer au stade d’action. Ce qui justifie aussi les transformations et les réformes que nous avons accepté d'opérer dans notre organisation.

Le RDR n’est plus un groupe de pression , il est devenu une organisation politique à vocation de parti politique. Ses actions se placent dans une logique de prise du pouvoir, seul ou avec les autres, pour instaurer un Etat de droit au Rwanda. Le RDR est constitué par des membres qui adhèrent à sa plateforme idéologique, des membres ayant accepté une commune lecture de l’histoire du Rwanda, analyse qui est à la base des choix des politiques et stratégiques de l’organisation. La pertinence des analyses du RDR vis à vis de la problématique rwandaise est confirmée par la vérification de beaucoup d’événements que nous avions présagés , la découverte de la vraie nature dictatoriale et criminelle du FPR même par les plus incrédules, et la mise en surface de beaucoup de crimes que le FPR avait su savamment maquiller et camouffler.

Durant ces 3 jours nous allons discuter sur des thèmes cruciaux qui concernent notre peuple et notre Nation. Nos débats doivent nous aider à répondre aux questions qui nous sont contamment posée, à savoir : Qu’allez-vous faire du pouvoir que voulez prendre? Quelles sont les garanties réelles que vous offrez pour instaurer Un Etat de droit au Rwanda, un Etat démocratique et pluraliste ? Qu’il soit pris pacifiquement ou de force, nous devons voir clairement comment ce pouvoir sera organisé pour servir tout le peuple rwandais. Nos partenaires et les rwandais que nous mobilisons autour de notre programme doivent être rassurés par la solidité de nos conceptions qui découlent de nos convictions profondes telles qu’elles sont énoncées dans notre plateforme politique. Nous devons faire des propositions concrètes et réalistes, dépassant le cadre de déclaration d’intentions. Nous devons prouver que nous sommes différents des autres en offrant des garanties réelles qui rassurent et sécurisent toutes les composantes de la société rwandaise.

Tous les membres du RDR et tous les Rwandais qui partagent ses objectifs, doivent prendre l’engagement de faire de notre pays, un pays uni, indivisible, indépendant et souverain, et d'oeuvrer pour l'établissement d'un Etat de Droit. Nous devons prouver aux yeux du monde que nous sommes capables de faire du Rwanda un pays où toutes les composantes de la population réconciliée vivent ensemble. Il est de notre conviction profonde que la réconciliation est possible , et que toutes les ethnies peuvent vivre en harmonie au Rwanda, à condition qu'il y ait un dialogue entre toutes les composantes de la société rwandaise , sans exclusion aucune, pour mettre en place des Institutions qui rassurent et sécurisent tout un chacun.

Le RDR a pu jusqu’à présent résister aux courants régionalistes et ethnistes. Nous devons continuer sur cette ligne pour que notre idéologie vise le strict respect des droits et des libertés de tous les rwandais. C’est pourquoi nous avons choisis les thèmes suivants pour nous aider à concrétiser nos propositions. Nous aborderons notamment les problèmes liés à :

 

 

 

Je voudrais inviter les membres du RDR à s'investir pleinement dans les débats qui vont nous occuper ces 3 jours, pour que les résultats attendus de vos discussions servent à la finalisation de notre projet de Société en cours d´élaboration . Ce projet sera débattu au niveau de chaque Section du RDR au cours de ces 2 années à venir, avant d’être soummis au prochain congrès pour approbation . C’est ce projet de Société qui sera sommis à la population rwandaise , lors de la prochaine campagne électorale, comme programme politique du RDR en tant que parti politique.

Les analyses effectuées au sein du RDR ont montré que la question des Réfugiés est étroitement liée à celle de la paix et de la sécurité. Or force est de constater que les rwandais, toutes les ethnies confondues, continuent à fuire la dictature qui s’est installée à Kigali. En plus de problème fondamental de la restauration de la démocratie pluraliste au Rwanda, le retour et la résolution définitive du problème des réfugiés reste une préoccupation d’actualité de notre combat. La question de réfugiés n’est pas d’odre quantitatif , mais revêt plutôt un caractère particulier pour les dimensions politiques qu’elle incarne .

Les Réfugiés Rwandais veulent retourner au Rwanda pour y vivre en paix avec leurs compatriotes dans une société réconciliée. Rentrer pour jouir de tous les droits des citoyens. Rentrer pour retrouver leurs propriétés et leurs terres pour se mettre au travail et participer à la reconstruction de leur pays. Il n'y aura jamais de paix durable tant que tous les rwandais ne pourront pas jouir de leurs droits humains, sociaux, politiques et économiques.

Pour retourner, les réfugiés rwandais ont besoin de garanties de sécurité et ont besoin d’être sûrs qu’ils ne seront pas traités comme des citoyens de second rang. Ils doivent obtenir des assurances de participation dans la vie économique, sociale et politique des rwandais , aussi bien de l’intérieur que ceux en exil, aujourd’hui exclus de la gouvernance du pays. Mais force est de constater que le gouvernement FPR ne peut pas donner ces garanties et ces assurances. Il n’a pas la crébibilité morale et la confiance nécessaire pour diriger le pays et réaliser les objectifs de la réconciliation nationale et de la reconstruction morale et physique. Il n’a ni base populaire, ni légitimité institutionnelle. C’est un pouvoir qui ne peut recourir qu’à la répression pour se maintenir.

Certains bailleurs de fonds veulent imposer au peuple rwandais ce pouvoir. Vouloir imposer un régime issu des armes, penser qu’une armée monoethnique peut gérer le pays en excluant une partie de la population, c’est montrer que l’on s’est trompé d’époque, de génération et de combat. Le Front Patriotique Rwandais, avec des appuis extérieurs, a gagné la guerre contre le peuple rwandais. Le Rassemblement pour le Retour des Réfugiés et la Démocratie au Rwanda va gagner la paix avec le peuple rwandais.

En effet, lors des négociations d'Arusha , auxquelles la Communauté Internationale était fortement representée , avec une participation assidue de l'Allemagne et d´autres pays de l’Union Européenne, et dont l'accord constitue notre base fondamentale de référence juridique, les parties en conflit se sont accordées que la démocratie est fondée sur l'idée que toute souveraineté appartient au peuple et que la représentation populaire doit être le reflet authentique de la volonté des citoyens; que la société démocratique repose sur la séparation des pouvoirs législatif-exécutif-judiciaire et également sur le pluralisme qui est l'expression des libertés individuelles; que le multipartisme implique la légitimité de l'opposition. C'est pour cette raison que le RDR trouve inadmissible que le FPR s'érige en superviseur des autres partis politiques, se confonde avec les Institutions , impose les leaders et le règlement d'ordre intérieur aux autres partis, et nomme ou chasse les parlementaires et les magistrats en fonction de leur soummission et des services qu’ils rendent au FPR.

D’autre part, la légitimité d'un Etat démocratique ne peut se fonder que sur l'acceptation par ses citoyens des règles et des procédures visant à sélectionner leurs représentants sans contraintes , choisir leurs gouvernants et déterminer les politiques publiques sans intimidation. L'absence de cette adhésion sociale constitue une imposture et ne peut qu'inéluctablement conduire à la violation des droits de l'homme; ce qui est le cas actuellement au Rwanda. La négation aux citoyens d'exercer effectivement leur premier droit d'adhérer librement aux partis politiques de leur choix et le refus de leur droit de participation au processus politique , ne pourront que générer des protestations et des rébellions intérieures du Rwanda qui entraîneront toujours une repression barbare, des emprisonnements arbitraires des opposants et voire même leur assassinat.

Bien que le Rassemblement pour le Retour des Réfugiés et la Démocratie au Rwanda se soit résolument engagé sur la voie de la paix et des négociations, toutes les approches pacifiques que l'opposition a proposé dans le passé se sont heurtées à une fin de non recevoir de la part du régime de Kigali. Le FPR se contente toujours de diaboliser tous les opposants en les traitant d'Interahamwe ou de génocidaires, et continue à prétendre qu'il n'a pas d'opposition connue . Tel que l’avait conclu le Congrès extraordinaire du RDR tenu à Namur en Août 1997, les efforts diplomatiques ne sont plus suffisants car le régime dictatorial est resté sourd aux appels au dialogue et continue sa politique délibérée d'extermination d'une partie de la population et d'exclusion. Dès lors, il est complètement justifié d'envisager tout autre moyen légitime d'arrêter l'extermination de la population et de la protéger, tel que le reconnaît la déclaration universelle des droits de l’homme notamment dans son préambule où il est specifié que, je cite: "Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme;…Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression" fin de citation . Il est donc temps d’apprécier, si le moment de s’engager sur d’autres voies est arrivé. Il appartient donc aujourd’hui, au gouvernement FPR et à ses principaux bailleurs de fonds de prendre leurs responsabilités devant l’histoire.

Le RDR voudrait profiter de cette occasion pour souligner et signifier clairement que la révolte contre la tyrannie n’est pas une fin à elle-même , mais plutôt un moyen parmi tant d’autres pour atteindre des objectifs politiques précis. Les actions menées dans le cadre de cette révolte servent une cause politique et s’intègrent dans une démarche politique globale, elles ne peuvent se concevoir que dans la logique politique définie dans la plateforme du RDR et ne peuvent aller à l’encontre de ses principes, ni en contradiction avec ses stratégies.

Chers amis,

Chers Compatriotes,

Depuis la guerre déclenchée par le FPR le 1er octobre 1990 jusqu’à ce jour, des crimes graves ont été commis dans le pays. Ces crimes ont atteint leur paroxysme en deux moments cruciaux : dans un premier temps, après l’assassinat du Président Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi, dans un deuxième temps durant la première campagne du FPR en RDC (ex-Zaïre) après la destruction des camps des réfugiés au Kivu. La lourde responsabilité du FPR dans la genèse de ce drame rwandais peut expliquer mais pas justifier le génocide des tutsi, tout comme nous ne pouvons pas accepter qu’un génocide serve d’alibi pour en commettre un autre. C’est pourquoi le RDR réaffirme fermement sa condamnation du génocide commis contre les Tutsi et renouvelle sa condamnation ferme du génocide contre les Hutu qui est toujours en cours et que la Communauté internationale persiste à ignorer.

Le RDR s’est fécilité de la mise en place du Tribunal Pénal International pour le Rwanda. Le TPIR doit rechercher la vérité sur le drame rwandais en vue d'aider la justice à établir les responsabilités et à punir les véritables coupables de tous les crimes commis contre le peuple rwandais, sans distinction de l'auteur ni de la victime. Tous les criminels , quelles que soient leurs fonctions ou leur appartenance ethnique, doivent être identifiés, pour répondre de leurs actes, chacun individuellement, devant ce Tribunal , seul cadre approprié pour juger les responsables de ces crimes.

C’est pourquoi le RDR demande encore une fois de plus que ce Tribunal puisse travailler en toute impartialité et indépendance, et que son mandat s’étende sur toute la période de la guerre, c’est à dire depuis Octobre 1990 jusqu’à date. Par ailleurs, l’assassinat du Président Juvénal Habyarimana est pour nous l’élément physique qui a déclenché le génocide de 1994. Il est indispensable que les circonstances de cet assassinat soient élucidées. Les rwandais ne comprennent pas comment le Tribunal Pénal International pour le Rwanda peut prétendre que cet assassinat n'entre pas dans son mandat. Ce tribunal ne sera jamais crédible tant qu'il continuera à éviter de faire la lumière sur cet assassinat et à ne pas poursuivre les crimes commis par les membres du FPR.

Chers amis,

Chers compatriotes,

Les faiblesses que nous avons relevées lors de l'évaluation du RDR en tant que groupe de pression, nous ont amené à chercher les alliances avec d'autres organisations qui pouvaient constituer avec nous une masse critique pour dépasser certains blocages. Cette alliance se justifie par des avantages comparatifs supérieurs qui ont été appreciés par le Comité Exécutif . Ceci explique et justifie la raison d’être de l"UFDR. Nous exhortons tous les réfugiés où qu'ils se trouvent à oeuvrer pour leur unité et celle de tous les rwandais, à travers le dialogue et la concertation. C'est notre unité qui fera notre force.

S’il y a des améliorations à apporter pour un meilleur fonctionnement , une meilleure efficacité et des propositions concrètes d’un meilleur leadership, elles sont les bienvenues. Mais nous devons avancer et laisser chacun jouer son rôle où il peut mieux servir les intérêts du peuple rwandais. Nous ne sommes pas encore en phase de compétition, mais nous sommes dans la phase de complémentarité. Il est bien entendu clair que des négociations doivent se poursuivre avec nos alliés de l’Union pour définir la forme de coopération la plus appropriée à mettre en place (coalition ou fusion), de manière à ce que chaque partenaire se sente rassuré tant pour la phase actuelle que pour les phases ultérieures notamment celle de l’exercice effective du pouvoir.

D'autres organisations risquent de naître encore dans la diaspora rwandaise, et c’est tout à fait normal. Le RDR, nonobstant son statut d'aîné, n’a pas la prétention d’avoir l’exclusivité du monopole pour occuper seul la scène politique. Il reste attaché à la diversification d’opinions politiques qui est un préalable au multipartisme. Le RDR serait plutôt préoccupé par l’immobilisme des leaders d’opinion n’appartenant à aucune formation politique.

Le RDR reste ouvert à toute forme de collaboration qui consolide l’opposition au régime FPR, dans un cadre synérgique et de complémentarité d’actions. Néanmoins , le RDR ne peut accepter des alliances qui portent préjudices à son programme long terme ou collaborer avec les organisations dont la plateforme politique contient des contradictions dialectiques avec le contenu de sa plateforme politique . Toute alliance exige d’abord l’élaboration d’une plateforme minimale commune contenant les points faisant objet de cette alliance, mais l’adhésion à cette plateforme minimale ne signifie pas le renoncement à sa propre identité. La collaboration exige d’abord la reconnaissance mutuelle de chaque entité politique.

Chers amis ,

Chers compatriotes,

Comme j’ai eu l’accasion de l’évoquer, les actions s'intègrent dès à présent dans une logique de prise du pouvoir pour l'exercer dans un cadre de démocratie pluraliste. A cet effet, nous devons préparer nos leaders à l'exercice de leurs fonctions futures. Nous sommes décidés à promouvoir l'émergence du nouveau leadership et lui permettre de faire l’apprentissage dans l’esprit défini par notre plateforme politique. Nous devons prouver que nous sommes capables de préparer la relève et d’assurer l’alternance. A cet effet , j’espère que l’appel que j’ai lancé aux jeunes le mois passé a été entendu, et que vous allez soutenir les candidatures des jeunes qui veulent faire partie de notre Comité Exécutif, et pourquoi pas le diriger!

C’est sur ces mots que je voudrais terminer mon allocution en vous souhaitant plein succès dans vos travaux.

Je déclare solennellement le 3ième Congrès Ordinaire du RDR ouvert.

Je vous remercie de votre aimable attention.

 

Bonn 17 Août 2000