COMITÉ

EXÉCUTIF

RDR

Rally  for the Return of Refugees and Democracy in Rwanda

Rassemblement pour le Retour des Réfugiés et la Démocratie au Rwanda

Ihuliro Liharanira Itahuka ry’Impunzi na Demokarasi mu Rwanda

 

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Pour un Peuple Réconcilié dans un État de droit; For a Reconcilied People in a Rule of Law; Duharanire Ubwiyunge bw'Abanyarwanda mu Gihugu cyubahiriza Amategeko;

 

COMMUNIQUÉ DE PRESSE NO. 3/2000

 

LE RDR  REJETTE L’INSTITUTION DES TRIBUNAUX SPÉCIALISÉS   «GACACA » AU  RWANDA.

 

Au nom du peuple rwandais opprimé qui lutte pour la justice, la démocratie et la liberté pour tous, le Rassemblement pour le Retour des Réfugiés et la Démocratie au Rwanda (RDR) demande à tous le gouvernements démocratiques, à toutes les personnes et organisations éprises de liberté de condamner et de ne pas financer les tribunaux spécialisés appelés « gacaca » institués pour résoudre le problème du surpeuplement des prisons par le régime dictatorial du Front Patriotique Rwandais, une organisation dirigée par des criminels de guerre présumés, co-responsables du génocide rwandais et qui continuent à perpétrer de nombreux crimes contre l’humanité tant au Rwanda qu’en République Démocratique du Congo.

 

Traditionnellement, les tribunaux « gacaca » étaient volontairement utilisés par deux parties qui s’étaient mises d’accord sur la personne qui devait les aider à régler à l’amiable leur différend civil et à les réconcilier. Les «gacaca », que le gouvernement se propose d’instituer, sont des tribunaux imposés aux parties, dont les juges-présidents, sans mandat du peuple et sans formation juridique appropriée,  auront le pouvoir d’entendre des causes criminelles très graves comme les crimes contre l’humanité et d’imposer des peines d’emprisonnement, n’ont rien de traditionnel et constituent plutôt une parodie de justice. L’établissement des tribunaux spécialisés« gacaca» constitue une  violation flagrante des principes 2, 5 et 10  des Principes de base des Nations Unies sur l’indépendance du système judiciaire. En particulier, le principe 5 stipule que « Toute personne a le droit de comparaître devant des cours ou des tribunaux ordinaires légalement institués. Les tribunaux qui n’utilisent pas des procédures  juridiques dûment établies par le système judiciaire ne doivent être institués pour remplacer les tribunaux ordinaires». Les tribunaux «gacaca» du régime de Paul Kagame constituent aussi une atteinte aux droits des accusés à un procès équitable par un tribunal compétent, indépendant et impartial tel que le stipulent les articles 10  et 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ainsi que l’article 14 de la Convention internationale sur les libertés civiles et politiques.

 

Depuis la prise du pouvoir par le FPR en juillet 1994, les violations du principe  de l’égalité devant la loi, de la présomption d’innocence, du droit à un procès équitable dans les meilleurs délais, du droit à une audience publique par un tribunal compétent et impartial sont devenues la règle générale au Rwanda. La surpopulation des prisons est dû aux arrestations massives arbitraires et aux détentions illégales prolongées de citoyens dont la majorité sont des prisonniers politiques ou des gens dont les propriétés ont été illégalement saisies par les membres du FPR et ses sympathisants. À la fin de 1998, plus 5 000 détenus étaient déjà  morts dans les prisons gouvernementales et plus de 150 000 prisonniers croupissent encore dans ces prisons inhumaines. En novembre 1997, le ministère de la Justice a déclaré qu’il dépensait 10 millions de dollars par an pour entretenir ces prisons et a révélé au début de l’année 1998  que les mineurs, les vieillards souffrant de maladies incurables et les personnes sans aucun dossier judiciaire devraient être libérés. Bien que la libération des citoyens arbitrairement arrêtés et détenus illégalement constituait un pas important dans la bonne direction, une campagne d’intimidation et de terreur orchestrée par IBUKA, une association de rescapés du génocide, a mis fin aux libérations projetées. Cédant aux pressions exercées par IBUKA, le gouvernement a nommé Jean de Dieu Mucyo, lui-même un rescapé du génocide,  comme ministre de la Justice. Les  tribunaux «gacaca» que son ministère veut mettre sur pied met tout le pouvoir entre les mains des accusateurs en vue de leur permettre de se rendre eux-mêmes justice.

 

En 1995, le régime dictatorial de Kagame a fait appel pour la première fois aux magistrats étrangers  pour aider à remettre sur pied le système judiciaire et beaucoup de pays et d’ONG s’étaient engagés à fournir des magistrats compétents. Toutefois, le gouvernement a plus tard refusé toutes les offres d’assistance en la matière. Obligé de récompenser ses supporters par un grand nombre de verdicts de culpabilité, le régime de Paul Kagame a décidé de solliciter des financements bilatéraux pour la formation de ses sympathisants afin que ceux-ci puissent assumer différentes responsabilités dans le nouveau système judiciaire. En 1996, le parlement  nommé par le gouvernement a assoupli des dispositions législatives qui exigeaient que les magistrats à la Cour d’appel aient un diplôme en droit. Le 28 septembre 1996, 20 juges de la Cour Suprême, 29 juges de la Cour d’appel et 200 procureurs et magistrats ont prêté serment après environ six mois de formation juridique seulement. La plupart des procès qui ont eu lieu au Rwanda ont duré très peu de temps, sans avocats de la défense, très peu de témoins appelés à la barre, sans contre-intérrogatoire. Ces procès ont été caractérisés par des condamnations rapides par des juges incompétents sans formation appropriée ni connaissances du droit. Dans les tribunaux « gacaca », les procès seront encore plus iniques qu’ils ne le sont déjà dans les tribunaux ordinaires.

 

Considérant que le gouvernement dictatorial contrôlé par  le Front Patriotique Rwandais a constamment ignoré tous les appels au respect des droits et libertés des citoyens, le RDR demande à tous les pays démocratiques, à l’Organisation des Nations Unies, à  l’Union Européenne, à l’Organisation de l’Unité Africaine, à toutes les organisations des droits de l’homme et à toutes les personnes éprises de liberté d’user de leur influence et pouvoir pour libérer  tous les prisonniers arbitrairement arrêtés et illégalement détenus pendant des années dans les prisons du régime dictatorial mis en place par le Front Patriotique Rwandais et qui ressemblent aux prisons du régime NAZI. Il ne peut y avoir de vraie paix au Rwanda sans justice et il ne peut y avoir de vraie justice sans l’instauration d’institutions démocratiques favorisant une culture du respect des droits fondamentaux de la personne humaine.

 

                                           Fait à Montréal, le 25 septembre 2000

 

                                           Pour le RDR

 

                                           Emmanuel Nyemera, Ph. D.

                                           Vice-Président