RASSEMBLEMENT POUR LE RETOUR DES

REFUGIES ET LA DEMOCRATIE AU

RWANDA

R.D.R

4, RUE A. CLUYSENAAR

1060 BRUXELLES

BELGIQUE

Tél: 32-2-5348035 Fax: 32-2-5348053

7, RESIDENCE MONTESQUIEU

49000 ANGERS

FRANCE

Tél/Fax: 33-41489987


Le 3 Novembre, 1995

 

COMMUNIQUE DE PRESSE Nº 33

 

LES REFUGIES RWANDAIS PRENNENT LA COMMUNAUTE

INTERNATIONALE A TEMOIN

 

Le 11 septembre 1995, le RDR avait soumis au régime du FPR et à la Communauté Internationale, des propositions concrètes pour débloquer l'impasse actuelle et permettre un retour rapide et volontaire de plus de deux millions de réfugiés rwandais.

Un mois plus tard le RDR constate très amèrement, qu'aucune des dix conditions posées par les réfugiés pour un retour dans la sécurité et dans la dignité n'a été remplie.

1. Les biens des réfugiés occupés illégalement par le FPR et ses sympathisants n'ont toujours pas été libérés.

Pire encore, tous les réfugiés rapatriés de force du Zaïre en Août 1995, originaires du Mutara devenu un Tutsiland de facto, attendent toujours d'être réinstallés dans leurs biens.

2. Les centres de transit des réfugiés, à l'allure des véritables camps de concentration nazis, sont toujours en place. En plus, dès que les réfugiés quittent ces centres de transit, ils sont complètement à la merci du FPR et de ses marionnettes, sans aucune autre surveillance étrangère. Le FPR a strictement interdit aux observateurs indépendants de circuler librement dans le milieu rural, pour s,enquérir du sort de chacun des rapatriés.

3. Au lieu de relaxer les formalités d'immigration, afin de permettre un échange d'infomations entre les rwandais de l'intérieur et de l'extérieur, le FPR durcit le ton et s'apprête même à retirer de circulation les anciens modèles de passeports nationaux, afin de confiner les rwandais de l'extérieur dans leurs camps et de distiller les mouvements de ceux, nombreux de l'intérieur, auxquels il a collé l'étiquette d'Interahamwe.

4. Les réfugiés avaient aussi demandé l'ouverture immédiate du procès de plus de 100.000 prévenus qui croupissent dans les prisons-mouroirs du FPR, sans aucun espoir de jugement.

Les réfugiés voulaient à juste titre mettre à l'épreuve la bonne foi du FPR quant à sa propagande hypocrite, de volonté de restauration de la justice.

Au lieu d'ouvrir les procès, le FPR a ouvert avec la duplicité de ses sponsors, de nouvelles prisons partout dans le pays, en même temps que la population pénitentiaire augmente de façon exponentielle.

En effet, commentant la génèse de la conférence organisée cette semaine par le FPR sur le génocide, Mr Muligande ministre des Transport du Gouvernement du FPR à Kigali, a déclaré que toute personne ayant été vue en position sur les barrières érigées durant la guerre que le FPR, appuyé par l'Uganda, a lancé contre le Rwanda doit être accusée de complicité pour le génocide, ce qui justifierait l'arrestation d'au moins 1.000.000 de personnes. C'est maintenant clair que tout rwandais qui a refusé la prise du pouvoir par la force voulue par le FPR est accusée de génocide. Même les milliers d'enfants prisonniers, dont la libération avait été conditionnée à la reprise de l'aide économique de la CEE en juin 1995 restent enfermés.

Dans l'interview accordé le 01 Novembre 1995 par la Voie de l'Amérique à Mr SOMURAGA, Président de la Croix Rouge Internationale, ce dernier affirme que ce qu'il a vu dans les prisons rwandaises dépasse tout entendement. Il a pu confirmer les tortures dont sont victimes les prisonniers rwandais et estime que les réfugiés ne devraient pas être forcés à rentrer.

La récente nomination aux postes des juges de la Cour Suprême, dont 3/4 des membres sont des vétérans du FPR, en plus du Procureur général près de la Cour de Cassation qui est tout aussi bien du FPR, donne d'emblée la couleur sur la justice qu'on est en droit d'attendre de cet organe suprême du système judiciaire du FPR.

5. Alors qu'il est devenu un slogan pour le régime du FPR, qu'il n'y aura jamais de réconciliation sans justice, le FPR fait tout pour s'ingérer dans le travail du Tribunal International sur le Rwanda (T.I.R).

En effet, alors que d'habitude la présomption à l'innocence est un principe juridique universel et sacré, de nombreuses listes sauvages de soit-disant "présumés coupables" continuent à circuler partout alors qu'elles n'ont jamais été endossées par ce Tribunal. D'interminables périples des officiels du FPR se poursuivent dans les pays d'accueil des réfugiés rwandais pour négocier leurs arrestations et leur extradition.

En plus, l'organisation à grand renfort de publicité, des fora telle que la présente conférence qui se tient à Kigali sur le génocide, est une ingérence claire dans le travail de ce tribunal.

Il est aberrant que le FPR critique ceux qui ne se conforment pas aux résolutions contradictoires du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la coopération avec le TIR, mais passe outre et organise des conférences devant étudier comment arrêter et punir les suspects, alors que le même Conseil de Sécurité a clairement défini les procédures d'exécution des mandats d'arrêt dans l'article 55 du règlement de ce TIR. Quelle légitimité auront les résolutions d'une telle conférence ?

6. Le déploiement de l'APR et de la milice du FPR jusqu'au niveau administratif le plus reculé était une autre source d'inquiétude pour les réfugiés.

Au lieu d'amorcer un processus de cantonnement, l'APR poursuit sa campagne de recrutement massif et de déploiement.

Ce recrutement s'opère sur fond d'interrogations quant au sort des anciens membres des FAR qui attendent toujours dans les camps de rééducation politique du FPR, ainsi que celui de plus d'une vingtaine d'officiers qui sont déjà en prison, sans aucun dossier judiciaire. Même les rares éléments qui ont été intégrés, attendent toujours l'autorisation de port d'armes.

7. Avec le limogeage et le départ en exil de beaucoup de leaders hutus communément appelés "modérés", le régime du FPR confirme sa dérive totalitaire. Pendant qu'il proclame que toutes les conditions ne sont pas réunies pour organiser des élections au système d'un homme une voix, et qu'une nouvelle théorie sur une hypothétique majorité politique dont disposerait le FPR est en vogue,il n'est pas permis de penser que le FPR pourra jamais restituer au peuple sa souveraineté de se choisir librement ses dirigeants.

 

8. Plus inquiétante encore est la montée en flèche de la criminalité.

- Le 29 Octobre 1995, deux familles (hutu) entières de plus de 10 personnes, ont été sauvagement assassinés par des hommes en uniformes du FPR, et avec le cacher classique du FPR de "Kandoya"(torture consistant en une ligature des bras derrière les épaules).

- Le 30.10.1995, des militaires du FPR ont fait main basse sur un convoi du CICR et volé plus de 50.000 $ US. Comme d'habitude, ils se sont pressés d'accuser des "rebelles

hutu venus du Zaïre", ce qui est devenu aujourd'hui un échappatoire mechanique.

- Pas une seule nuit ne s'écoule à Kigali, sans que des familles n'appartenant pas aux "AFANDI" (dignitaires du FPR) soient victimes de cambriolage à main armée.

Tant que le FPR ne réduira pas sa pléthorique armée aux effectifs que son gouvernement est capable de payer, il faudra s'attendre même au pire.

9. En plus de ces obstacles dont l'entière responsabilité incombe au FPR, les réfugiés continuent d'être superbement ignorés dans les tractations visant à trouver une solution à leur problème. Comme d'habitude, le FPR appuyé par l'Uganda vient de refuser la conférence proposée par les Nations Unies sur la sécurité, la stabilité et le développement dans la région des Grands Lacs de l'Afrique Centrale, sous prétexte qu'il ne veut pas s'asseoir à la même table que " les auteurs du génocide" du printemps 1994 au Rwanda. S'il est vrai que le FPR ne peut pas s'assoir sur la même table que les réfugiés, n'est-il pas hypocrite de sa part de prétendre qu'il est prêt à les accueillir et à cohabiter avec eux pacifiquement ?

Ceux qui créditaient au FPR même une toute petite dose de bonne foi dans la crise rwandaise devraient logiquement tirer la conclusion qui s'impose.

Pourtant le RDR reste convaincu qu'aucune solution durable à la crise rwandaise ne sera trouvée tant qu'il y aura des réfugiés à l'extérieur. Non plus, aucune solution ne sera viable tant que les réfugiés ne seront associés en tant que partenaires à part entière aux questions qui les concernent.

10. Les dernières délibérations au conseil de sécurité des Nations-Unies sur la reconduction de la mission de la MINUAR laissent penser que le FPR aura gain de cause et que la MINUAR pliera bagage à la fin de l'année.

Or, en dépit de son manque de fermeté, la MINUAR pouvait constituer un rempart tout au moins psychologique, contre les exactions du FPR.

 

Etant donné ce qui précède, il est clair que le régime du FPR ne veut pas du tout que les réfugiés rentrent dans la sécurité et dans la dignité. Au contraire, il fait tout pour dissuader, même les aventuriers.

Il est tout aussi clair, qu'au lieu d'agir sur les nombreux obstacles qui empêchent le retour des réfugiés et qui se trouvent au Rwanda, la Communauté Internationale a choisi la facilité de forcer les réfugiés à rentrer sans se préoccuper de ce qui en résulterait.

La Communauté Internationale devrait sortir de son indifférence, et cesser de se rendre complice des crimes que continue de commettre le FPR, car le désespoir risque à long terme de provoquer des réactions incontrolables de la part des rwandais de l'intérieur et des réfugiés.

Le RDR réitère que la Communauté Internationale devra assumer les responsabilités des dérapages qui risquent de découler de la persistance du refus à reconnaître les droits inaliénables des nouveaux réfugiés.

Il est complètement inacceptable que la Communauté Internationale refuse à plus de deux millions de réfugiés actuels les concessions qu'elle a acceptées pour moins de 400.000 anciens réfugiés.

Pour le RDR

 

NZABANDORA Chris

Commissaire à l'Information