LA PAIX EST UN PREALABLE AU DEVELOPPEMENT DURABLE
 
 

Papier presenté par Ndereyehe Charles dans la conférence sur :

"LA PROBLEMATIQUE DE LA RECONCILIATION AU RWANDA"

organisée par les asbl rwandaises de HOLLANDE : CODAC ,URAHO, DUSABANE.

à UTRECHT le 2 Octobre 1999.




1. Introduction.
 

Un développement durable est-il possible sans la paix ? Voilà un sujet assez complexe qu'on m'a proposé de placer dans le contexte de la réconciliation nationale entre les rwandais pour susciter les débats. S'agissant de la réconciliation nationale, j'ai eu à donner mon point de vue dans le périodique du RDR "FORUM" nº3 de Juillet 1999, je vais donc vous épargner la peine de le répéter.
 

L'objectif de mon exposé n'est pas de faire une description générale sur les conséquences de la guerre sur le développement , mais de tenter de comprendre si le développement du Rwanda est de nouveau possible sans qu'il y ait au préalable la paix . Les exemples sur la manière dont la guerre anéantit les efforts de développement des peuples sont nombreux autour de nous et aucun continent n'en est épargné. Ce fléau , qui jadis était une affaire des pays dits du Tiers-Monde , a atteint même l'Europe. Les horreurs que les peuples du KOSOVO et de la SERBIE ont vécues dernièrement sont assez parlantes.
 

Actuellement la guerre continue à déchirer le continent Africain, notamment en Sierra Leone, en Angola, au Congo, en Somalie , en Ouganda, en République Démocratique du Congo (RDC) , au Burundi et au Rwanda pour n'en citer que quelques uns. On continue à voir les peuples sombrer dans la misère à cause des guerres, alors que leurs pays regorgent de richesses naturelles, l'exemple le plus frappant est celui de la RDC( ex-Zaïre ). D'autres pays , qui avaient essayé de sortir leurs peuples de la pauvreté malgré leurs potentialités limitées, ont vu leurs progrès se réduire au néant à cause des guerres. Le développement économique du Rwanda, très exemplaire en Afrique avant 1990, met au mieux en exergue cette triste réalité .
  2. Les causes de la guerre rwandaise de 1990 jusqu'aujoud'hui
 
 

Quand le FPR a attaqué le Rwanda le 1 Octobre 1990, il y a exactement 9 ans, il a avancé les chevaux de bataille suivants : la question des réfugiés non-résolue, la démocratisation du système politique et la lutte contre la corruption. Mais actuellement, la dictature, la répression et la corruption ont dépassé tous les records enregistrés depuis que le Rwanda existe en tant qu'Etat-Nation. Ceci confirme la thèse d'un agenda caché du FPR et qui consistait non seulement à prendre le pouvoir, mais aussi à le monopoliser.
 

Le FPR a conquis le pays par les armes et veut maintenir son pouvoir par les armes. Les faucons du FPR ont dominé sur les colombes et prétendent sécuriser le pays tout en refusant toute forme de tolérance et de dialogue, et en préférant plutôt réprimer à sang toute forme de mise en cause de son idélogie ethnisante et exclusioniste. Poussé à l'extrémisme par son aile dure, le FPR continue à diaboliser ses opposants en leur collant l'étiquette de "génocidaire" et exploite à fond le génocide commis contre les tutsi en 1994 pour continuer à perpétuer sans gêne le génocide des hutu qu'il a commencé en 1990, et que la Communauté Internationale se refuse jusqu'à présent de qualifier malgré les différents rapports fiables établis à cet effet par les experts crédibles.
 

Il est devenu évident que même cette guerre du FPR doit être considérée comme une péripétie dans la lutte pour le contrôle du pouvoir politique qui secoue régulièrement la société rwandaise depuis le 16ème siècle. Au lieu de chercher à instaurer une société démocratique pluraliste, juste et respecteuse des droits et des libertés de la personne humaine , les régimes qui se sont succédés au Rwanda jusqu'à nos jours ont tenté d'instaurer à tout prix une mauvaise gouvernance fondée sur l'exclusion, la discrimination, la restriction ou la préférence basée notamment sur l'appartenance tantôt ethnique tantôt régionale. Dans ce pays,où il n'y a plus de traces de démocratie, la lutte pour le pouvoir cache souvent la lutte pour le contrôle de l'accès aux ressources nationales limitées, ainsi que la domination des mécanismes et des circuits de leur distribution sociale.
 

L'économie rwandaise reste encore principalement une économie de subsistance. Durant la période féodo-monarchique les seules ressources disponibles étaient la terre, les pâturages et le cheptel. Les facteurs de production étaient liés principalement à la production agricole et de l'élevage. Le pouvoir était détenu par deux clans Tutsi : les Abanyiginya desquels provenaient les rois et les Abega desquels étaient issues les reines-mères . En 1896, le coup d'Etat de Rucunshu renversa la situation et tout le pouvoir fut dominé par le clan des Abega. Les terres et les pâturages étaient distribués par les représentants du Roi jusqu'en 1959 lorsqu'intervint la révolution sociale. Ce type de gestion avait développé un système de clientélisme et de protection entre le client et son maître. Les échanges économiques étaient dominés par le troc.
 

L'avenue de la République introduisit un ordre nouveau de tendance socialiste, et procéda à la redistribution des terres. La propriété privée fut reconnue et la masse eut accès direct aux facteurs de production. Le gouvernement commença à être également un grand pourvoyeur d'emplois. Un nouvelle bourgeoisie militaro-civile ne tarda pas à émerger et à commencer à accumuler des ressources financières outre les ressources foncières rachetées aux pays pauvres. On assistera ainsi à un appauvrissement progressif du milieu rural. " Dans les années 70, comme l’Etat devenait le principal moyen d’accumulation, ceux qui étaient au pouvoir et dans l’administration ont acheté les terres des pauvres. Dans les années 80, on estimait que 43% des familles rurales n’avaient accès qu’à 15% des terres cultivées. La superficie moyenne de l’exploitation familiale n’était que de 0,75 ha. Dans l’autre extrême, 16% des familles cumulaient 43% des terres arables produisaient en dessous de leur potentiel." Dr. Gasana James in" le conflit rwandais 1995".
 

Au cours de cette dernière période , la compétition féroce pour l'accès aux crédits financiers et pour placer les enfants dans l'enseignement secondaire et universitaire en vue de perpétuer la main-mise sur le système de distribution des ressources , notamment à travers la fonction publique, va générer des mécontents. " En 1985, on estimait que les familles pauvres dépensaient 88% de leurs revenus à l’achat de vivres, et 98% des pauvres vivaient au milieu rural. A la fin des années 80, le taux de chômage structurel dépassait 30% " .Dr.Gasana James, op.cit. Cette course à l'enrichissement sera à l'origine de la tentation du régime républicain de transformer l'Etat démocratique républicain, initialement pluraliste, en un Etat monopartite plus en plus policier. L'armée , principal levier du pouvoir, finira aussi par revendiquer la participation à la gestion du pouvoir et intentera un coup d'Etat en Juillet 1973 , pour institutionnaliser le monopartisme par la suite.
 

Dans l'entretemps les descendants de l'oligarchie féodo-monarchiste, qui avaient refusé la démocratie ainsi que le résultat du référendum du 25 Septembre 1961 qui avait mis fin à tous leurs privilèges et à leur domination sur le circuit de la richesse du pays, ne vont pas baisser les bras; ils profiteront du nouveau climat de malaise pour reprendre le pouvoir. C'est ce coup qu'ils réussiront en 1994. La situation actuelle est donc l'aboutissement d'un cycle de compétitions anti-démocratiques dans lesquelles le peuple est bien entendu le principal perdant. On est donc retourné de nouveau à la case de départ, devant un régime absolu avec une dictature encore plus impitoyable que celles qui l'ont précédées.
 

Peut-on mettre fin à ces conflits cycliques? Les guerres cycliques qu'a connu le Rwanda avant et après 1959, ne sont à vrai dire pas des guerres entre les ethnies. Bien au contraire ce sont des guerres des oligarchies qui luttent pour continuer à exploiter et à opprimer le peuple et, pour y parvenir, elles font recours aux alliances appuyées sur des extrémistes de leurs ethnies. Profitant de l'insuffisance de formation et d'information de la population qui ignore souvent les vrais enjeux, ces oligarchies réussissent à galvaniser certaines couches de leurs ethnies autour d'eux et donnent une coloration ethnique à ces conflits pourtant évitables . Le problème que KAGAME connaît actuellement ne découle donc pas du fait qu'il est tutsi, mais trouve sa raison d'être plutôt dans le fait qu'au lieu d'instaurer un Etat de droits , démocratique et juste comme le FPR l'avait négocié à Arusha, il a instauré une dictature sanguinnaire dominée par des extrémistes tutsi. Si le régime actuel était ouvert à la démocratie et respectait les droits de l'homme dans leur intégralité, si l'armée était l'armée du peuple et non une armée éthnique à la solde des extrémistes du FPR, il n'y aurait plus de raison de guerres intestines. Les forces démocratiques auraient leur place, le peuple recouvrirait ses droits et la lutte pour le pouvoir se ferait sans coûter les vies aux populations innocentes.
  3. Les conséquences socio-économiques de la guerre de 1990-2000.
L'économie rwandaise reste fondamentalement agricole, en 1988 le café et le thé constituaient les 87 % des valeurs d'exportation à concurrence de 72% pour le premier et 15% pour le second. Lorsque la guerre a éclaté les secteurs secondaire et tertiaire n'étaient pas encore développés. L'emploi agricole occupait 90% de la main d'oeuvre rwandaise, tandis que le secteur industriel occupait 2% et le secteur tertiaire 8%.
 

Tab.1. Quelques indicateurs du développement humain du Rwanda en 1992.
 
 
 
Données démographiques:  
Superficie du pays
26.338 km2
Population en 1992
7,3 millions
Densité:  
brute
290 hab./km2
sur terres arables
843 hab./km2
Taux de croissance démogr.
3.2% /an
Espérence de vie (années)
46,5
Taux d’alphabétisation (%)
52.1
Scol. pour la pop. de plus de 25 ans
1,1 an
Taux de scol. en 1990 (6 à 25 ans)
39%
Popul. sous le seuil de pauvreté (%)
85
Main d’oeuvre:  
agricole 
90%
industrie
2%
tertiaire
8%
% des besoins caloriques couverts en 1988-90
80
Nombre d’habitants par médecin
50.000

Sources: Dr Gasana James, Commission Nationale d'Agriculture(CNA)
 
 

Avant la guerre d'Octobre, les indicateurs socio-économiques du Rwanda étaient les meilleurs par rapport à ceux des autres pays de la région. En effet, avant 1970, le Rwanda était le réservoir de la main d'oeuvre pour l'Uganda et la RDC ( ex-Zaïre) , le marché ougandais draînaient les produits rwandais, notamment le café. Mais le vent a changé de direction avec la guerre qui a dominé en Ouganda dans les années 80 et le marché rwandais présenta des avantages comparatifs supérieurs, ce qui amenait les ougandais et même les congolais à venir chercher du travail au Rwanda et à y vendre leurs produits.
 

La guerre qu'a connu le Rwanda entre 1990 et 1994, a non seulement appauvrit l'humanité de 3 Mio de personnes, mais elle a également détruit le principal des investissements de production et les infrastructures socio-culturelles et sanitaires. La destruction des infrastructures de base de production a détérioré le revenu net par tête.
 

En outre le pays souffre énormement de la carence de personnel qualifié, car les investissements en ressources humaines que le pays avait consenti péniblement grâce aux aides étrangères ont été anéantis par les massacres et les emprisonnements. Ceux qui ne sont pas morts durant la guerre au Rwanda ont été tués dans les camps de réfugiés ou dans la forêt équatoriale de la RDC, le reste gît dans les prisons-mourroirs.
 

Tab.2. Indicateurs de base des Pays des Grands Lacs
 
Indicateurs
BURUNDI
RDC
RWANDA
UGANDA
  • Population mi-1997 (mio)
  • Superficie du pays (kmq)
  • PNB/cap-1997 ($)
  • Taux moyen de croissance An. PNB(%) 1987-97
  • Espérance de vie (années)
  • % accès Ecole Primaire1980
1994-1995
  • Ecole. Secon.1980
1994-1995
6.6
 
 

26

180
 
 
 
 

-3.4
 
 

47
 
 

26

..

3

..

 

46.7
 
 

2,267

110
 
 
 
 

-9.5
 
 

53
 
 

80

72

24

26

7.9
 
 

25

210
 
 
 
 

-5.3
 
 

41
 
 

63

..

3

..

 

20.3
 
 

200

330
 
 
 
 

3.3
 
 

43
 
 

50

73

5

12

 


 

Source Banque Mondiale: Selected Data Background 1997
 

En 1997 le PNB rwandais n'a atteint que 85 % du niveau de celui de 1990. Par conséquent le Rwanda a été aligné l'avant denier des 175 pays comparés sur base des indicateurs de développement humain mis au point par le PNUD. La détérioration de la performance économique du Rwanda est assez visible en comparant le taux de croissance économique moyen de la période avant la guerre (1975-1989) et la période actuelle. Toutes les autres conditions restant égales, seul l'Uganda qui exporte la guerre dans la région connaît une croissance économique appréciable, tous les autres pays qui connaissent un niveau plus ou moins critique de rébellion ont une croissance négative.
 

Tab.3. PNB, réel ( Mio $/prix constants 1987 )
 
Year
BURUNDI
RDC
RWANDA
UGANDA
  • 1980
  • 1988
  • 1989
  • 1990
  • 1991
  • 1992
  • 1993
  • 1994
  • 1995
  • 1996
  • 1997
Taux moyen de croissance (%) 
  • 75-84
  • 85-89
  • 90-MR
 
806

1.188

1,204

1,247

1,309

1,318

1,240

1,195

1,108

1,015

1,022
 
 
 
 

3.8

5.1

-2.8

 

6,497

7,689

7,592

7,093

6,496

5,814

5,031

4,835

4,869

4,825

4,550
 
 
 
 

-0.3

1.7

-6.4

1,794

2,248

2,248

2,194

2,139

2,264

2,081

1,051

1,435

1,608

1,783
 
 
 
 

6.8

2.9

-5.5

..

6,802

7,235

7,703

8,131

8,409

9,109

9.688

10,795

11,804

12,435
 
 
 
 

..

3.4

7.2


 

Source Banque Mondiale: Selected Data Background 1997
 
 
 
 
 
 

Tab.4. Exportations , f.o.b (Mio $/prix courants)
 
 
 
Year
BURUNDI
RDC
RWANDA
UGANDA
  • 1980
  • 1988
  • 1989
  • 1990
  • 1991
  • 1992
  • 1993
  • 1994
  • 1995
  • 1996
  • 1997
Taux An. Moy. Croissance(%) 
  • 75-84
  • 85-89
  • 90-MR
 
66

124

93

73

90

77

74

81

113

40

93
 
 
 
 

..

-1.0

-2.2

2,269

2,460

2,417

2,326

1,649

1,246

1,144

1,256

1,612

1,727

1,395
 
 
 
 

5.9

5.8

5.1

 

134

110

97

103

96

69

68

32

50

62

87
 
 
 
 

5.6

-6.0

-6.4

319

298

282

210

176

172

157

254

595

590

671
 
 
 
 

1.3

-6.1

16.9


 

Source Banque Mondiale: Selected Data Background 1997
 

Entre 1990 et 1994, la chute de la production agricole au Rwanda se justifie notamment par les déplacements massifs des populations qui fuyaient l'avancée de la guerre et aux massacres qui s'en sont suivis. La perte de plus de 3 millions de personnes est non seulement une catastrophe humanitaire mais aussi économique . En effet , pour un pays à économie principalement agricole, une perte aussi élévée de main d'oeuvre génératrice de capitaux ne pouvait que rallentir l'essor économique.

Depuis 1996, la rébellion qui a dominé dans le N-O du pays a amené le FPR à massacrer systématiquement les populations de cette région et à regrouper les survivants dans des camps de concentrations. Ces camps ont non seulement coupé les agriculteurs de leur base de production, mais ont aussi été à l'origine d'une mortalité très élevée due aux épidémies qui y sévissent. La région du Nord-Ouest pour laquelle le gouvernement rwandais lance constamment des appels d'assistance alimentaire était parmis les plus productives du pays et dégageait un surplus pour d'autres régions moins productives. En plus , le FPR a contraint les agriculteurs à faire une coupe-rase leurs cultures vivrières ou même de ne pas les récolter sous prétexte de couper les bases d'approvisionnement à la rebellion. Actuellement, selon la dépêche de l'IRIN nº768 du 30/9/99 cette pénurie alimentaire a atteint aussi les préfectures de Byumba et de Kibungo, qui étaient également parmis les plus productives du pays.Ces préfectures ont connu aussi beaucoup de massacres avant et après la guerre.
 

La guerre a eu également des conséquences néfastes sur l'environnement.On a vu la destruction massive des boisements et l'exploitation anarchique des fôrets naturelles, ce qui a conduit à la dégradation de l'environnement aggravé par la détérioration du dispositif anti-érosif avec des repercussions sur la productivité des sols. La chute des productions agricoles ont eu des effets négatifs sur le niveau de revenu des ménages et la fragilisation des groupes vulnérables.
 

Tab. 5. REPARTITION DES PRODUCTIONS / PREFECTURE EN 1989 (%)
 
Région
Tubercules et Bananes
Legumi

neuses

Céréales
Nombre

D'EAF/

1986

% Population/pref.
Nationale
  1. Butare
  2. Byumba
  3. Cyangugu
  4. Gikongoro
  5. Gisenyi
  6. Gitarama
  7. Kibungo
  8. Kibuye
  9. Kigali
10. Ruhengeri
100

9,75

11,18

5,45

3,13

7,25

12,82

17,81

3,32

17,41

11,88

100

8,39

17,91

3,45

2,27

6,41

10,70

15,41

4,28

18,57

12,61

100

6,90

14,35

2,51

2,80

11,41

5,67

9,93

9,01

5,51

11,88

100

11,87

8,20

8,25

12,17

11,23

6,90

14,35

2,51

2,80

11,41

100

12,20

10,50

6,70

7,50

9,40

12,20

7,20

6,7

17,00

10,7


 

Sources : SESA-MINAGRI-CNA
 

Les conditions nutritionnelles, d'hygiène et de santé de base se sont aussi détériorées d'une manière dramatique suite à la destruction des infrastructures de santé et d'eau potable. On estime que 1/3 des infrastructures d'adduction d'eau potable ont été détruits pendant la guerre et que le 1/4 de la population n'a pas d'accès à l'eau potable, ce qui entraîne une mortalité de plus de 6000 enfants à cause de la diarrhée . La mortalité maternelle a quadruplé depuis 1990, celle des enfants de moins d'un an a augmenté de 50%, et celle des enfants en bas age de 30%. La destruction des infrastructures d'enseignement et de formation de base ou la transformation de celles-ci en prisons ou camps militaires a conduit à l'augmemntation du taux d'analphabetisme. Plus de 800.000 enfants ne peuvent pas aller à l'école. La qualité de l'enseignement est devenue médiocre suite non seulement à cause de la destruction des infrastructures scolaires ou à leur détérioration , mais aussi suite au manque de l'équipement et du matériel scolaires, du niveau bas des enseignants car ceux qui étaient qualifiés sont pour la plupart morts tant à l'intérieur que dans les camps, ou bien ils sont en prison ou en exil.
 

Tab. 6. Détérioration du développement humain au Rwanda 1992-1996
 
Indicateurs
1992
1996
PNB par habitant (US$)
250
209
Taux de mortalité Infantile (0/00)
85
125
Taux de mortalité juvénile (0/00)
141
185
Taux d'analphabétisme - age >10 ans (%)
56
60
Autres disperditions graves pour les moins de 5 ans (%)
0.7
5.3
 

 

Source: OXFAM 1999, UNICEF 1998, UNDP 1995
 
 

4. La relance économique et la reconstruction.
 
 

Pour relancer la production , réhabiliter les infrastructures détériorées et reconstruire les infrastructures détruites, il faut au préalable la paix. Pour avoir la paix, certains préalables doivent aussi être réalisés.
 
 

Dans la conférence tenue à Bruxelles lors du 37ème Anniversaire de l'indépendance du Rwanda le 1 Juillet 1999, je précisais les contours d'un Etat de droits et je terminais en concluant qu'il ne pouvait exister un pays de droits sans démocratie . Refuser que les citoyens prennent leur destin en main, et leur refuser d'exercer effectivement leur droit de participation au processus politique ne peut qu'être source de protestation avec pour conséquence la repression barbare, les emprisonnements arbitraires des opposants et voire même de leur assassinat ; ce que fait le régime actuel du FPR.
 
 

Je ne me lasserai jamais de dire que c'est le consensus entre les citoyens et leur adhésion à la politique du gouverenement qui constituent la base fondamentale de la paix. En effet lorsqu'il n'y a pas tolérance , consensus et adhésion aux mécanismes de partage et de gestion du pouvoir, ceci conduit toujours à des explosions de contestations plus ou moins violentes en tant que l'expression du refus de la légitimité des gouvernants. La légitimité d'un Etat démocratique ne peut que se fonder sur l'acceptation par les citoyens des règles et des procédures visant à sélectionner leurs représentants , choisir leurs gouvernants et déterminer les politiques publiques.
 
 

Si les individus constituant une collectivité ne peuvent pas avoir les mêmes valeurs socio-culturelles et ne peuvent donc pas penser de la même manière, le monopartisme , institutionnalisé ou de fait comme l'impose le FPR , finit toujours par dégénérer dans des conflicts. Il est tout à fait normal que des personnes partageant les mêmes problèmes et préoccupations, notamment sociales et/ou économiques, aient un système de référence et des valeurs propres, et puissent constituer librement des partis politiques de leurs choix en vue d'avoir l'espace de liberté d'opinion pour épanouir leurs libertés politiques. Le régime démocratique est le seul système qui laisse l'espace aux libertés individuelles, à la tolérance et donc le seul capable à garantir une paix durable entre les peuples. Il ne peut exister de démocratie sans le respect des libertés fondamentales de la personne humaine et des droits fondamentaux des citoyens. . Il ne peut donc pas y être de paix civile sans qu'il y ait une démocratie pluraliste.
 
 

Le régime actuel du FPR est tout à fait aux antipodes de cette approche , il n'offre donc aucune garantie de stabilité. Il ne peut en être autrement car ce régime rassemble tous les ingrédients qui caractérisent un régime policier et fait vivre la population rwandaise sous une terreur sans précédent. Le pouvoir du peuple a été confisqué , la Constitution vidée de tout son contenu de façon qu'il ne reste aucune trace de démocratie au Rwanda. Le membres du Parlement , prétendants représenter le peuple, sont nommés et dégommés suivant la volonté d'une poignée de personnes agissant dans l'ombre et qui ont usurpé tout le pouvoir du peuple. Le pouvoir judiciaire est totalement dépendant de l'exécutif qui nomme ou radie les magistrats selon qu'ils respectent ou pas les injonctions de ceux qui détiennent réellement le pouvoir. La déclaration faite par le Vice-Président de la Cour Suprême du Rwanda récemment réfugié en Belgique en dit long.
 
 

En plus, au lieu de mettre en place une armée qui protège , sécurise et rassure la population, le FPR a institué une armée à dominance mono-ethnique entraînée à considérer les insoumis, notamment Hutu, comme ennemi du pouvoir. La situation actuelle au Rwanda est donc tout à fait explosive.
 
 

Outre la paix et ses préalables, il faut mobiliser un minimum de capitaux pour reconstruire et relancer l'économie rwandaise. Mais , ceci ne peut être possible tant qu'il y a pas un environnement propice aux investissements et à la productivité des capitaux. Personne n'ignore que la propriété privée n'est pas respectée au Rwanda et que par dessus tout, la trop dépendance du système judiciaire ne garantit aucune protection légale aux intérêts privés. Dans un pays où les opérateurs économiques locaux ne peuvent pas jouir tranquillement du produit de leurs investissements, il sera pratiquement impossible de mobiliser efficacement les capitaux intérieurs. Quant aux capitaux étrangers , il est également impossible de les mobiliser sans un minimum de garantie de sécurité à moyen terme . Le Rwanda se trouve donc dans l'impasse.
 
 

La relance du système de production ne peut être au centre des préoccupations que d'un régime démocratique qui se soucie réellement des intérêts de ceux qui ont mandatés les gouvernants. Dans un système dictatorial, c'est loin d'être le cas car la guerre est le grand concurrent des secteurs de développement socio-économique et culturel. De toutes les façons, c'est toujours le bas-peuple qui subit les conséquences de la guerre, car les oligarchies militaro-bourgeoises continuent à usurper les resssources nationales et à s'approvisionner de l'extérieur . C'est donc chimérique de penser relancer le système économique rwandais avec les aides, notamment dans le cadre de la remise de la dette des pays pauvres . Il est fort douteux que ces aides soient réutilisées dans les investissements en vue d'améliorer le bien-être de leurs populations.
 
 

En effet, selon OXFAM ( Debt relief for Rwanda: an opportunity for peace-building an reconstruction , 1999), le gouvernement rwandais dépense US$ 12 par enfant en âge de scolarité pour l'enseignement primaire alors que la moyenne régionale est de US$49. Quant à ce qui concerne la santé, les dépenses totales consenties par le régime actuel ne s'élèvent qu'à 2,50 $US par personne dont 0.50 $US pour le fonctionnement et 2 $US pour les investissements. Peut-on garantir le développement long terme du pays dans ces conditions quand on sait que un pays progresse ou se développe proportionnellement à l'effort qu'il consent en faveur de l'éducation et de la recherche ? Qu'est ce que le peuple rwandais profite de tous les capitaux que le FPR engouffre dans la guerre en RDC ?
 
 

Avant la guerre les dépenses militaires étaient à peine de 7%, durant la guerre 1990-1994 on a vu ces dépenses s'accroître jusqu'à environ 20%. Actuellement, l'Armée patriotique rwandaise constitué de 55.000 hommes absorbent 40% du budget du gouvernement. Selon le journal The Newline du 23/1 - 3/2/99 cité par Netwerk Grote Meren nº17 du 9/2/99 , le régime du FPR qui a pas moins de 16.000 personnes qui se battent en RDC "contre le Interahamwe et le ex-far" dépensent 180$US par personne par jour, soit un peu plus de 2 millions de US$ par jour, équivalent à 86, 4 Mio US$ par mois; ce qui corrobore ce qui avait été publié par le journal Newsweek (USA) du 7/9/98. Si le régime de Kigali était réellement interessé par la relance du bien-être de sa population, ce ne sont apparemment pas des ressources financières qui lui manquent.
 
 

Où est en effet la logique de bonne gestion quand on sait que pour la réhabilitattion des sous-secteurs santé et enseignement, le gouvernement du FPR n'y alloue que 25% des dépenses publiques. OXFAM affirme que le service de la dette du Rwanda en 1997 équivalait a US$ 35.78 mio correspondants aux dépenses globales pour réhabiliter ensemble les sous-secteur santé et éducation. Mais ceci équivaut également à ce que le gouvernement du FPR dépense en moins de 3 semaines pour maintenir ses aventures guerrières en RDC !
 
 

Le gouvernement actuel justifie ce niveau de dépenses en prétendant qu'elles sont nécessaires pour garantir sa sécurité. Mais contre qui se défend ce régime? S'agit-il réellement de garantir la sécurité du peuple ou du régime dictatorial qui s'est instauré ? D'où viennent toutes ces ressources?
 
 

Pour tout bon analyste, il est clair que ce régime impopulaire ne peut que se surarmer pour sa survie. Le FPR n'est donc pas préoccupé par la sécurisation de son peuple et de son bien-être, il s'arme pour continuer à lutter contre la démocratie, contre les droits de son peuple.
 
 

Conclusion.
 
 

Pour relancer l'économie rwandaise, remettre le pays sur les rails du développement et garantir un développement durable, il faut au préalable créer un environnement propice à la paix. Les amis du Rwanda soucieux du bien-être du peuple rwandais et de la solidarité entre les peuples devraient d'abord aider les rwandais à dialoguer et à se reconcilier pour instaurer un système démocratique pluraliste seul capable de prévenir les guerres civiles.
 
 

L'approche pacifique exige courage et détermination pour cesser de soutenir des minorités politiques qui s'imposent par des armes. Il faut rétablir le peuple dans ses droits, exiger que le monopartisme qui s'est instauré de fait soit supprimé et qu'il y ait une légitimation effective des partis politiques d'opposition. Il faut aller jusqu'au bout et exercer les pressions pour que le peuple rwandais soit aussi réhabilité dans ses droits.
 
 

C'est par cette seule voie qu'on évitera les guerres et qu'on pourra créer un environnement propice au développement durable. Il ne pourra jamais exister de paix si on ne respecte pas les revendications profondes d'un peuple. La solution ne peut pas se limiter à désarmer les milices et les rebelles, car si on écrase une rebéllion aujourd'hui , le lendemain il en naîtra une autre et ainsi de suite jusqu'à ce que l'Etat de droit sera rétabli et la souveraineté du peuple récupérée.