Papier presenté par Ndereyehe Charles dans la conférence sur :
"LA PROBLEMATIQUE DE LA RECONCILIATION AU RWANDA"
organisée par les asbl rwandaises de HOLLANDE : CODAC ,URAHO, DUSABANE.
à UTRECHT le 2 Octobre 1999.
1. Introduction.
Un développement durable est-il possible sans la paix ? Voilà un sujet
assez complexe qu'on m'a proposé de placer dans le contexte de la réconciliation
nationale entre les rwandais pour susciter les débats. S'agissant de la
réconciliation nationale, j'ai eu à donner mon point de vue dans le périodique
du RDR "FORUM" nº3 de Juillet 1999, je vais donc vous épargner la peine de le
répéter.
L'objectif de mon exposé n'est pas de faire une description générale sur les
conséquences de la guerre sur le développement , mais de tenter de comprendre
si le développement du Rwanda est de nouveau possible sans qu'il y ait au
préalable la paix . Les exemples sur la manière dont la guerre anéantit les
efforts de développement des peuples sont nombreux autour de nous et aucun
continent n'en est épargné. Ce fléau , qui jadis était une affaire des pays dits
du Tiers-Monde , a atteint même l'Europe. Les horreurs que les peuples du KOSOVO
et de la SERBIE ont vécues dernièrement sont assez parlantes.
Actuellement la guerre continue à déchirer le continent Africain, notamment
en Sierra Leone, en Angola, au Congo, en Somalie , en Ouganda, en République
Démocratique du Congo (RDC) , au Burundi et au Rwanda pour n'en citer que
quelques uns. On continue à voir les peuples sombrer dans la misère à cause
des guerres, alors que leurs pays regorgent de richesses naturelles, l'exemple
le plus frappant est celui de la RDC( ex-Zaïre ). D'autres pays , qui avaient
essayé de sortir leurs peuples de la pauvreté malgré leurs potentialités
limitées, ont vu leurs progrès se réduire au néant à cause des guerres. Le
développement économique du Rwanda, très exemplaire en Afrique avant 1990, met
au mieux en exergue cette triste réalité .
2. Les causes de la
guerre rwandaise de 1990 jusqu'aujoud'hui
Quand le FPR a attaqué le Rwanda le 1 Octobre 1990, il y a exactement 9 ans,
il a avancé les chevaux de bataille suivants : la question des réfugiés
non-résolue, la démocratisation du système politique et la lutte contre la
corruption. Mais actuellement, la dictature, la répression et la corruption ont
dépassé tous les records enregistrés depuis que le Rwanda existe en tant
qu'Etat-Nation. Ceci confirme la thèse d'un agenda caché du FPR et qui
consistait non seulement à prendre le pouvoir, mais aussi à le monopoliser.
Le FPR a conquis le pays par les armes et veut maintenir son pouvoir par les
armes. Les faucons du FPR ont dominé sur les colombes et prétendent sécuriser le
pays tout en refusant toute forme de tolérance et de dialogue, et en préférant
plutôt réprimer à sang toute forme de mise en cause de son idélogie ethnisante
et exclusioniste. Poussé à l'extrémisme par son aile dure, le FPR continue à
diaboliser ses opposants en leur collant l'étiquette de "génocidaire" et
exploite à fond le génocide commis contre les tutsi en 1994 pour continuer à
perpétuer sans gêne le génocide des hutu qu'il a commencé en 1990, et que la
Communauté Internationale se refuse jusqu'à présent de qualifier malgré les
différents rapports fiables établis à cet effet par les experts crédibles.
Il est devenu évident que même cette guerre du FPR doit être considérée comme
une péripétie dans la lutte pour le contrôle du pouvoir politique qui secoue
régulièrement la société rwandaise depuis le 16ème siècle. Au lieu de
chercher à instaurer une société démocratique pluraliste, juste et
respecteuse des droits et des libertés de la personne humaine , les
régimes qui se sont succédés au Rwanda jusqu'à nos jours ont tenté d'instaurer à
tout prix une mauvaise gouvernance fondée sur l'exclusion, la discrimination, la
restriction ou la préférence basée notamment sur l'appartenance tantôt ethnique
tantôt régionale. Dans ce pays,où il n'y a plus de traces de démocratie, la
lutte pour le pouvoir cache souvent la lutte pour le contrôle de l'accès aux
ressources nationales limitées, ainsi que la domination des mécanismes et des
circuits de leur distribution sociale.
L'économie rwandaise reste encore principalement une économie de subsistance.
Durant la période féodo-monarchique les seules ressources disponibles étaient la
terre, les pâturages et le cheptel. Les facteurs de production étaient liés
principalement à la production agricole et de l'élevage. Le pouvoir était détenu
par deux clans Tutsi : les Abanyiginya desquels provenaient les rois et
les Abega desquels étaient issues les reines-mères . En 1896, le coup
d'Etat de Rucunshu renversa la situation et tout le pouvoir fut dominé par le
clan des Abega. Les terres et les pâturages étaient distribués par les
représentants du Roi jusqu'en 1959 lorsqu'intervint la révolution sociale. Ce
type de gestion avait développé un système de clientélisme et de protection
entre le client et son maître. Les échanges économiques étaient dominés par le
troc.
L'avenue de la République introduisit un ordre nouveau de tendance
socialiste, et procéda à la redistribution des terres. La propriété privée fut
reconnue et la masse eut accès direct aux facteurs de production. Le
gouvernement commença à être également un grand pourvoyeur d'emplois. Un
nouvelle bourgeoisie militaro-civile ne tarda pas à émerger et à commencer à
accumuler des ressources financières outre les ressources foncières rachetées
aux pays pauvres. On assistera ainsi à un appauvrissement progressif du milieu
rural. " Dans les années 70, comme l’Etat devenait le principal moyen
d’accumulation, ceux qui étaient au pouvoir et dans l’administration ont acheté
les terres des pauvres. Dans les années 80, on estimait que 43% des familles
rurales n’avaient accès qu’à 15% des terres cultivées. La superficie moyenne de
l’exploitation familiale n’était que de 0,75 ha. Dans l’autre extrême, 16% des
familles cumulaient 43% des terres arables produisaient en dessous de leur
potentiel." Dr. Gasana James in" le conflit rwandais 1995".
Au cours de cette dernière période , la compétition féroce pour l'accès aux
crédits financiers et pour placer les enfants dans l'enseignement secondaire et
universitaire en vue de perpétuer la main-mise sur le système de distribution
des ressources , notamment à travers la fonction publique, va générer des
mécontents. "… En 1985, on estimait que les familles pauvres
dépensaient 88% de leurs revenus à l’achat de vivres, et 98% des pauvres
vivaient au milieu rural. A la fin des années 80, le taux de chômage structurel
dépassait 30% " .Dr.Gasana James, op.cit. Cette course à
l'enrichissement sera à l'origine de la tentation du régime républicain de
transformer l'Etat démocratique républicain, initialement pluraliste, en un Etat
monopartite plus en plus policier. L'armée , principal levier du pouvoir, finira
aussi par revendiquer la participation à la gestion du pouvoir et intentera un
coup d'Etat en Juillet 1973 , pour institutionnaliser le monopartisme par la
suite.
Dans l'entretemps les descendants de l'oligarchie féodo-monarchiste, qui
avaient refusé la démocratie ainsi que le résultat du référendum du 25 Septembre
1961 qui avait mis fin à tous leurs privilèges et à leur domination sur le
circuit de la richesse du pays, ne vont pas baisser les bras; ils profiteront du
nouveau climat de malaise pour reprendre le pouvoir. C'est ce coup
qu'ils réussiront en 1994. La situation actuelle est donc l'aboutissement d'un
cycle de compétitions anti-démocratiques dans lesquelles le peuple est bien
entendu le principal perdant. On est donc retourné de nouveau à la case de
départ, devant un régime absolu avec une dictature encore plus impitoyable que
celles qui l'ont précédées.
Peut-on mettre fin à ces conflits cycliques? Les guerres cycliques
qu'a connu le Rwanda avant et après 1959, ne sont à vrai dire pas des guerres
entre les ethnies. Bien au contraire ce sont des guerres des oligarchies qui
luttent pour continuer à exploiter et à opprimer le peuple et, pour y parvenir,
elles font recours aux alliances appuyées sur des extrémistes de leurs ethnies.
Profitant de l'insuffisance de formation et d'information de la population qui
ignore souvent les vrais enjeux, ces oligarchies réussissent à galvaniser
certaines couches de leurs ethnies autour d'eux et donnent une coloration
ethnique à ces conflits pourtant évitables . Le problème que KAGAME connaît
actuellement ne découle donc pas du fait qu'il est tutsi, mais trouve sa raison
d'être plutôt dans le fait qu'au lieu d'instaurer un Etat de droits ,
démocratique et juste comme le FPR l'avait négocié à Arusha, il a instauré une
dictature sanguinnaire dominée par des extrémistes tutsi. Si le régime
actuel était ouvert à la démocratie et respectait les droits de l'homme dans
leur intégralité, si l'armée était l'armée du peuple et non une armée éthnique à
la solde des extrémistes du FPR, il n'y aurait plus de raison de guerres
intestines. Les forces démocratiques auraient leur place, le peuple recouvrirait
ses droits et la lutte pour le pouvoir se ferait sans coûter les vies aux
populations innocentes.
3. Les conséquences socio-économiques
de la guerre de 1990-2000.
L'économie rwandaise reste
fondamentalement agricole, en 1988 le café et le thé constituaient les 87 % des
valeurs d'exportation à concurrence de 72% pour le premier et 15% pour le
second. Lorsque la guerre a éclaté les secteurs secondaire et tertiaire
n'étaient pas encore développés. L'emploi agricole occupait 90% de la main
d'oeuvre rwandaise, tandis que le secteur industriel occupait 2% et le secteur
tertiaire 8%.
Tab.1. Quelques indicateurs du développement humain du Rwanda en 1992.
| Données démographiques: | |
| Superficie du pays |
26.338 km2 |
| Population en 1992 |
7,3 millions |
| Densité: | |
| brute |
290 hab./km2 |
| sur terres arables |
843 hab./km2 |
| Taux de croissance démogr. |
3.2% /an |
| Espérence de vie (années) |
46,5 |
| Taux d’alphabétisation (%) |
52.1 |
| Scol. pour la pop. de plus de 25 ans |
1,1 an |
| Taux de scol. en 1990 (6 à 25 ans) |
39% |
| Popul. sous le seuil de pauvreté (%) |
85 |
| Main d’oeuvre: | |
| agricole |
90% |
| industrie |
2% |
| tertiaire |
8% |
| % des besoins caloriques couverts en 1988-90 |
80 |
| Nombre d’habitants par médecin |
50.000 |
Sources: Dr Gasana James, Commission Nationale d'Agriculture(CNA)
Avant la guerre d'Octobre, les indicateurs socio-économiques du Rwanda
étaient les meilleurs par rapport à ceux des autres pays de la région. En effet,
avant 1970, le Rwanda était le réservoir de la main d'oeuvre pour l'Uganda et la
RDC ( ex-Zaïre) , le marché ougandais draînaient les produits rwandais,
notamment le café. Mais le vent a changé de direction avec la guerre qui a
dominé en Ouganda dans les années 80 et le marché rwandais présenta des
avantages comparatifs supérieurs, ce qui amenait les ougandais et même les
congolais à venir chercher du travail au Rwanda et à y vendre leurs produits.
La guerre qu'a connu le Rwanda entre 1990 et 1994, a non seulement appauvrit
l'humanité de 3 Mio de personnes, mais elle a également détruit le principal des
investissements de production et les infrastructures socio-culturelles et
sanitaires. La destruction des infrastructures de base de production a détérioré
le revenu net par tête.
En outre le pays souffre énormement de la carence de personnel qualifié, car
les investissements en ressources humaines que le pays avait consenti
péniblement grâce aux aides étrangères ont été anéantis par les massacres et les
emprisonnements. Ceux qui ne sont pas morts durant la guerre au Rwanda ont été
tués dans les camps de réfugiés ou dans la forêt équatoriale de la RDC, le reste
gît dans les prisons-mourroirs.
Tab.2. Indicateurs de base des Pays des Grands Lacs
| Indicateurs |
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26 180 -3.4 47 26 .. 3 ..
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2,267 110 -9.5 53 80 72 24 26 |
25 210 -5.3 41 63 .. 3 ..
|
200 330 3.3 43 50 73 5 12
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Source Banque Mondiale: Selected Data Background 1997
En 1997 le PNB rwandais n'a atteint que 85 % du niveau de celui de 1990. Par
conséquent le Rwanda a été aligné l'avant denier des 175 pays comparés sur base
des indicateurs de développement humain mis au point par le PNUD. La
détérioration de la performance économique du Rwanda est assez visible en
comparant le taux de croissance économique moyen de la période avant la guerre
(1975-1989) et la période actuelle. Toutes les autres conditions restant égales,
seul l'Uganda qui exporte la guerre dans la région connaît une croissance
économique appréciable, tous les autres pays qui connaissent un niveau plus ou
moins critique de rébellion ont une croissance négative.
Tab.3. PNB, réel ( Mio $/prix constants 1987 )
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1.188 1,204 1,247 1,309 1,318 1,240 1,195 1,108 1,015 1,022 3.8 5.1 -2.8
|
7,689 7,592 7,093 6,496 5,814 5,031 4,835 4,869 4,825 4,550 -0.3 1.7 -6.4 |
2,248 2,248 2,194 2,139 2,264 2,081 1,051 1,435 1,608 1,783 6.8 2.9 -5.5 |
6,802 7,235 7,703 8,131 8,409 9,109 9.688 10,795 11,804 12,435 .. 3.4 7.2 |
Source Banque Mondiale: Selected Data Background 1997
Tab.4. Exportations , f.o.b (Mio $/prix courants)
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124 93 73 90 77 74 81 113 40 93 .. -1.0 -2.2 |
2,460 2,417 2,326 1,649 1,246 1,144 1,256 1,612 1,727 1,395 5.9 5.8 5.1
|
110 97 103 96 69 68 32 50 62 87 5.6 -6.0 -6.4 |
298 282 210 176 172 157 254 595 590 671 1.3 -6.1 16.9 |
Source Banque Mondiale: Selected Data Background 1997
Entre 1990 et 1994, la chute de la production agricole au Rwanda se justifie notamment par les déplacements massifs des populations qui fuyaient l'avancée de la guerre et aux massacres qui s'en sont suivis. La perte de plus de 3 millions de personnes est non seulement une catastrophe humanitaire mais aussi économique . En effet , pour un pays à économie principalement agricole, une perte aussi élévée de main d'oeuvre génératrice de capitaux ne pouvait que rallentir l'essor économique.
Depuis 1996, la rébellion qui a dominé dans le N-O du pays a amené le FPR à
massacrer systématiquement les populations de cette région et à regrouper les
survivants dans des camps de concentrations. Ces camps ont non seulement coupé
les agriculteurs de leur base de production, mais ont aussi été à l'origine
d'une mortalité très élevée due aux épidémies qui y sévissent. La région du
Nord-Ouest pour laquelle le gouvernement rwandais lance constamment des appels
d'assistance alimentaire était parmis les plus productives du pays et dégageait
un surplus pour d'autres régions moins productives. En plus , le FPR a
contraint les agriculteurs à faire une coupe-rase leurs cultures vivrières ou
même de ne pas les récolter sous prétexte de couper les bases
d'approvisionnement à la rebellion. Actuellement, selon la dépêche de l'IRIN
nº768 du 30/9/99 cette pénurie alimentaire a atteint aussi les préfectures de
Byumba et de Kibungo, qui étaient également parmis les plus productives du
pays.Ces préfectures ont connu aussi beaucoup de massacres avant et après la
guerre.
La guerre a eu également des conséquences néfastes sur l'environnement.On a
vu la destruction massive des boisements et l'exploitation anarchique des fôrets
naturelles, ce qui a conduit à la dégradation de l'environnement aggravé par la
détérioration du dispositif anti-érosif avec des repercussions sur la
productivité des sols. La chute des productions agricoles ont eu des effets
négatifs sur le niveau de revenu des ménages et la fragilisation des groupes
vulnérables.
Tab. 5. REPARTITION DES PRODUCTIONS / PREFECTURE EN 1989 (%)
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neuses |
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D'EAF/ 1986 |
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9,75 11,18 5,45 3,13 7,25 12,82 17,81 3,32 17,41 11,88 |
8,39 17,91 3,45 2,27 6,41 10,70 15,41 4,28 18,57 12,61 |
6,90 14,35 2,51 2,80 11,41 5,67 9,93 9,01 5,51 11,88 |
11,87 8,20 8,25 12,17 11,23 6,90 14,35 2,51 2,80 11,41 |
12,20 10,50 6,70 7,50 9,40 12,20 7,20 6,7 17,00 10,7 |
Sources : SESA-MINAGRI-CNA
Les conditions nutritionnelles, d'hygiène et de santé de base se sont aussi
détériorées d'une manière dramatique suite à la destruction des infrastructures
de santé et d'eau potable. On estime que 1/3 des infrastructures d'adduction
d'eau potable ont été détruits pendant la guerre et que le 1/4 de la population
n'a pas d'accès à l'eau potable, ce qui entraîne une mortalité de plus de 6000
enfants à cause de la diarrhée . La mortalité maternelle a quadruplé depuis
1990, celle des enfants de moins d'un an a augmenté de 50%, et celle des enfants
en bas age de 30%. La destruction des infrastructures d'enseignement et de
formation de base ou la transformation de celles-ci en prisons ou camps
militaires a conduit à l'augmemntation du taux d'analphabetisme. Plus de 800.000
enfants ne peuvent pas aller à l'école. La qualité de l'enseignement est devenue
médiocre suite non seulement à cause de la destruction des infrastructures
scolaires ou à leur détérioration , mais aussi suite au manque de l'équipement
et du matériel scolaires, du niveau bas des enseignants car ceux qui étaient
qualifiés sont pour la plupart morts tant à l'intérieur que dans les camps, ou
bien ils sont en prison ou en exil.
Tab. 6. Détérioration du développement humain au Rwanda 1992-1996
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| PNB par habitant (US$) |
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| Taux de mortalité Infantile (0/00) |
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| Taux de mortalité juvénile (0/00) |
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| Taux d'analphabétisme - age >10 ans (%) |
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| Autres disperditions graves pour les moins de 5 ans (%) |
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Source: OXFAM 1999, UNICEF 1998, UNDP 1995
4. La relance économique et la reconstruction.
Pour relancer la production , réhabiliter les infrastructures détériorées et
reconstruire les infrastructures détruites, il faut au préalable la paix. Pour
avoir la paix, certains préalables doivent aussi être réalisés.
Dans la conférence tenue à Bruxelles lors du 37ème Anniversaire de
l'indépendance du Rwanda le 1 Juillet 1999, je précisais les contours d'un Etat
de droits et je terminais en concluant qu'il ne pouvait exister un pays de
droits sans démocratie . Refuser que les citoyens prennent leur destin en main,
et leur refuser d'exercer effectivement leur droit de participation au processus
politique ne peut qu'être source de protestation avec pour conséquence la
repression barbare, les emprisonnements arbitraires des opposants et voire même
de leur assassinat ; ce que fait le régime actuel du FPR.
Je ne me lasserai jamais de dire que c'est le consensus entre les citoyens
et leur adhésion à la politique du gouverenement qui constituent la base
fondamentale de la paix. En effet lorsqu'il n'y a pas tolérance , consensus
et adhésion aux mécanismes de partage et de gestion du pouvoir, ceci conduit
toujours à des explosions de contestations plus ou moins violentes en tant que
l'expression du refus de la légitimité des gouvernants. La légitimité d'un Etat
démocratique ne peut que se fonder sur l'acceptation par les citoyens des règles
et des procédures visant à sélectionner leurs représentants , choisir leurs
gouvernants et déterminer les politiques publiques.
Si les individus constituant une collectivité ne peuvent pas avoir les mêmes
valeurs socio-culturelles et ne peuvent donc pas penser de la même manière, le
monopartisme , institutionnalisé ou de fait comme l'impose le FPR , finit
toujours par dégénérer dans des conflicts. Il est tout à fait normal que des
personnes partageant les mêmes problèmes et préoccupations, notamment sociales
et/ou économiques, aient un système de référence et des valeurs propres, et
puissent constituer librement des partis politiques de leurs choix en vue
d'avoir l'espace de liberté d'opinion pour épanouir leurs libertés politiques.
Le régime démocratique est le seul système qui laisse l'espace aux libertés
individuelles, à la tolérance et donc le seul capable à garantir une paix
durable entre les peuples. Il ne peut exister de démocratie sans le respect des
libertés fondamentales de la personne humaine et des droits fondamentaux des
citoyens. . Il ne peut donc pas y être de paix civile sans qu'il y ait une
démocratie pluraliste.
Le régime actuel du FPR est tout à fait aux antipodes de cette approche , il
n'offre donc aucune garantie de stabilité. Il ne peut en être autrement car ce
régime rassemble tous les ingrédients qui caractérisent un régime policier et
fait vivre la population rwandaise sous une terreur sans précédent. Le pouvoir
du peuple a été confisqué , la Constitution vidée de tout son contenu de façon
qu'il ne reste aucune trace de démocratie au Rwanda. Le membres du Parlement
, prétendants représenter le peuple, sont nommés et dégommés suivant la volonté
d'une poignée de personnes agissant dans l'ombre et qui ont usurpé tout le
pouvoir du peuple. Le pouvoir judiciaire est totalement dépendant de l'exécutif
qui nomme ou radie les magistrats selon qu'ils respectent ou pas les injonctions
de ceux qui détiennent réellement le pouvoir. La déclaration faite par le
Vice-Président de la Cour Suprême du Rwanda récemment réfugié en Belgique en dit
long.
En plus, au lieu de mettre en place une armée qui protège , sécurise et
rassure la population, le FPR a institué une armée à dominance mono-ethnique
entraînée à considérer les insoumis, notamment Hutu, comme ennemi du pouvoir. La
situation actuelle au Rwanda est donc tout à fait explosive.
Outre la paix et ses préalables, il faut mobiliser un minimum de capitaux
pour reconstruire et relancer l'économie rwandaise. Mais , ceci ne peut être
possible tant qu'il y a pas un environnement propice aux investissements et à la
productivité des capitaux. Personne n'ignore que la propriété privée n'est pas
respectée au Rwanda et que par dessus tout, la trop dépendance du système
judiciaire ne garantit aucune protection légale aux intérêts privés. Dans un
pays où les opérateurs économiques locaux ne peuvent pas jouir tranquillement du
produit de leurs investissements, il sera pratiquement impossible de mobiliser
efficacement les capitaux intérieurs. Quant aux capitaux étrangers , il est
également impossible de les mobiliser sans un minimum de garantie de sécurité à
moyen terme . Le Rwanda se trouve donc dans l'impasse.
La relance du système de production ne peut être au centre des préoccupations
que d'un régime démocratique qui se soucie réellement des intérêts de ceux qui
ont mandatés les gouvernants. Dans un système dictatorial, c'est loin d'être le
cas car la guerre est le grand concurrent des secteurs de développement
socio-économique et culturel. De toutes les façons, c'est toujours le bas-peuple
qui subit les conséquences de la guerre, car les oligarchies
militaro-bourgeoises continuent à usurper les resssources nationales et à
s'approvisionner de l'extérieur . C'est donc chimérique de penser relancer le
système économique rwandais avec les aides, notamment dans le cadre de la remise
de la dette des pays pauvres . Il est fort douteux que ces aides soient
réutilisées dans les investissements en vue d'améliorer le bien-être de leurs
populations.
En effet, selon OXFAM ( Debt relief for Rwanda: an opportunity for
peace-building an reconstruction , 1999), le gouvernement rwandais dépense
US$ 12 par enfant en âge de scolarité pour l'enseignement primaire alors que la
moyenne régionale est de US$49. Quant à ce qui concerne la santé, les dépenses
totales consenties par le régime actuel ne s'élèvent qu'à 2,50 $US par personne
dont 0.50 $US pour le fonctionnement et 2 $US pour les investissements.
Peut-on garantir le développement long terme du pays dans ces conditions
quand on sait que un pays progresse ou se développe proportionnellement à
l'effort qu'il consent en faveur de l'éducation et de la recherche ? Qu'est
ce que le peuple rwandais profite de tous les capitaux que le FPR engouffre dans
la guerre en RDC ?
Avant la guerre les dépenses militaires étaient à peine de 7%, durant la
guerre 1990-1994 on a vu ces dépenses s'accroître jusqu'à environ 20%.
Actuellement, l'Armée patriotique rwandaise constitué de 55.000 hommes
absorbent 40% du budget du gouvernement. Selon le journal The Newline du
23/1 - 3/2/99 cité par Netwerk Grote Meren nº17 du 9/2/99 , le régime du FPR qui
a pas moins de 16.000 personnes qui se battent en RDC "contre le Interahamwe et
le ex-far" dépensent 180$US par personne par jour, soit un peu plus de 2
millions de US$ par jour, équivalent à 86, 4 Mio US$ par mois; ce qui corrobore
ce qui avait été publié par le journal Newsweek (USA) du 7/9/98. Si le régime de
Kigali était réellement interessé par la relance du bien-être de sa population,
ce ne sont apparemment pas des ressources financières qui lui manquent.
Où est en effet la logique de bonne gestion quand on sait que pour la
réhabilitattion des sous-secteurs santé et enseignement, le gouvernement du FPR
n'y alloue que 25% des dépenses publiques. OXFAM affirme que le service de la
dette du Rwanda en 1997 équivalait a US$ 35.78 mio correspondants aux dépenses
globales pour réhabiliter ensemble les sous-secteur santé et éducation. Mais
ceci équivaut également à ce que le gouvernement du FPR dépense en moins de 3
semaines pour maintenir ses aventures guerrières en RDC !
Le gouvernement actuel justifie ce niveau de dépenses en prétendant qu'elles
sont nécessaires pour garantir sa sécurité. Mais contre qui se défend ce régime?
S'agit-il réellement de garantir la sécurité du peuple ou du régime dictatorial
qui s'est instauré ? D'où viennent toutes ces ressources?
Pour tout bon analyste, il est clair que ce régime impopulaire ne peut que se
surarmer pour sa survie. Le FPR n'est donc pas préoccupé par la sécurisation de
son peuple et de son bien-être, il s'arme pour continuer à lutter contre la
démocratie, contre les droits de son peuple.
Conclusion.
Pour relancer l'économie rwandaise, remettre le pays sur les rails du
développement et garantir un développement durable, il faut au préalable créer
un environnement propice à la paix. Les amis du Rwanda soucieux du bien-être du
peuple rwandais et de la solidarité entre les peuples devraient d'abord aider
les rwandais à dialoguer et à se reconcilier pour instaurer un système
démocratique pluraliste seul capable de prévenir les guerres civiles.
L'approche pacifique exige courage et détermination pour cesser de soutenir
des minorités politiques qui s'imposent par des armes. Il faut rétablir le
peuple dans ses droits, exiger que le monopartisme qui s'est instauré de fait
soit supprimé et qu'il y ait une légitimation effective des partis politiques
d'opposition. Il faut aller jusqu'au bout et exercer les pressions pour que le
peuple rwandais soit aussi réhabilité dans ses droits.
C'est par cette seule voie qu'on évitera les guerres et qu'on pourra créer un
environnement propice au développement durable. Il ne pourra jamais exister de
paix si on ne respecte pas les revendications profondes d'un peuple. La solution
ne peut pas se limiter à désarmer les milices et les rebelles, car si on écrase
une rebéllion aujourd'hui , le lendemain il en naîtra une autre et ainsi de
suite jusqu'à ce que l'Etat de droit sera rétabli et la souveraineté du peuple
récupérée.