Je voudrais renouveler l'appel aux rwandais et plus
particulièrement aux membres du RDR pour tout faire en vue de mettre en
oeuvre la recommandation du 2ième Congrès ordinaire du RDR
concernant la solidarité de tous les rwandais et surtout des réfugiés pour
constituer une alternative crédible à la dictature militaro-ethniste du FPR.
Dans son histoire, le Rwanda n'a jamais connu de régime
dont la cruauté soit comparable à celui dont fait vivre le FPR au peuple
rwandais depuis le 1er octobre 1990
Situation actuelle
Problème
On assiste actuellement à une multitude d'initiatives pour
lutter contre le FPR. Le problème posé consiste à savoir s'il est possible
de créer une synergie entre les différentes organisations politiques et les
associations existantes et opposées au FPR pour constituer une alternative
démocratique à la dictature régnant actuellement à Kigali.
Origine du problème
De temps à autre surgissent quelque part des sentiments
ethnistes, mais le manque de solidarité entre les réfugiés découle
principalement de l'héritage des problèmes de régionalisme et les
conséquences qui s'en sont suivies avant et après la guerre d'octobre
1990.
En effet, en l'absence de mécanismes constitutionnels
d'accès au pouvoir ou de promotion, la proximité géographique ou les liens
de parenté avec les dirigeants constituaient l'essentiel de la carte de
visite à exhiber pour prétendre à une promotion.
Dans la première comme dans la deuxième République, la
démagogie régionaliste a poussé chaque individu à se définir d'abord par
rapport à sa région. L'on a assisté progressivement à un processus
d'identification entre individus, le punir même à juste titre était devenu
s'attaquer à sa région d'origine. Inversement, ceux qui refusent cette
solidarité automatique sont considérés comme des déviants, voire des
traîtres. Ce recroquevillement sur la région et dans certains cas sur le
terroir a eu pour conséquence la faiblesse du sentiment de solidarité et
même, dans certains cas, d'indifférence devant le malheur de l'autre.
Après l'éclatement de la guerre et l'instauration du
multipartisme, les leaders de l'opposition intérieure, pour la plupart
originaires du Centre et du Sud, estimèrent que l'occasion était venue pour
chasser le Nord du pouvoir et le donner à leur région. Ce faisant, dans leur
stratégie, ils accordèrent peu d'importance à la détermination de la
rébellion armée du FPR à conquérir militairement tout le pouvoir. Poussés
par le régionalisme, certains d'entre eux conclurent une alliance avec le
Front Patriotique Rwandais soutenu par la NRA ougandaise pour, disaient-ils,
ravir le pouvoir au Président HABYARIMANA, à son entourage et à sa région.
Or, les quelques Hutu occupant des fonctions importantes sur l'organigramme
officiel du FPR tels les KANYARENGWE (Président), BIZIMUNGU (Commissaire à
l'information et chargé des négociations d'Arusha), les BISERUKA (membre du
Haut Commandement de l'APR) étaient tous originaires du Nord. En jouant sur
cet antagonisme, le FPR parvint à diviser profondément les forces politiques
et les forces armées, au grand dam à la fois des Nordistes et des Sudistes
qui perdirent le pouvoir ensemble et furent condamnés sans distinction à
l'exil ou à la marginalisation par le FPR, qu'ils ont ensemble contribué à
installer au pouvoir. Par faiblesse d'analyse et par cécité politique,
certains politiciens et officiers ressortissants du Sud, entamèrent une
propagande de démobilisation et de divisions des Forces Armées Rwandaises
sous prétexte que combattre le FPR signifiait travailler pour la pérennité
du Président HABYARIMANA et de son régime.
Des régionalistes du Sud sont restés indifférents à l'égard
de la misère des populations déplacées de Ruhengeri et de Byumba, fuyant le
FPR, par le simple fait d'être originaires du Nord. Inversement, des
régionalistes du Nord ont pendant longtemps souhaité que la guerre s'étende
au Sud, pour que "ceux-là aussi souffrent". Au bout de la ligne, les
régionalistes de deux bords ont tous souffert de cette horrible guerre et de
ses conséquences. L'on serait tenté cyniquement de dire que c'est bien fait
pour eux, si leur funeste compétition n'avait pas précipité le peuple
innocent dans des malheurs et des souffrances indescriptibles. Les séquelles
de cet aspect du régionalisme sont encore vivantes parmi certains réfugiés
qui pointent du doigt les ressortissants de la région autre que la leur
comme étant la cause de la débâcle rwandaise et partant la cause de leur
exil et de leur misère. D'autres, inconscients des enjeux de l'heure,
justifient leur repli sur eux-mêmes et leur incapacité à collaborer avec les
autres par une peur quelque peu maladive de se retrouver de nouveau sous un
régime régionaliste après leur retour hypothétique au Rwanda.
Une dernière catégorie des malades du régionalisme est
celui qui se méfie silencieusement ou conteste surnoisement ou ouvertement
tout leadership parmi les réfugiés, non sur base des idées ou du programme
qu'il défend et des réalisations obtenues mais sur le simple fait que les
hommes qui l'incarnent ne sont pas de chez eux. Cette méfiance, cette
suspicion, cette diabolisation permanente de l'autre, jointe souvent à
l'incapacité de mener un débat d'idées ouvert avec les autres et à
s'affirmer comme leader dans une communauté qui dépasse son terroir
d'origine, conduisent à l'incapacité de travailler avec les autres et à la
tendance absurde de multiplier à l'infini les initiatives, les organisations
et les associations dont certaines demeurent fantomatiques, n'ayant que les
seuls initiateurs comme "membres". C'est surtout à ce dernier aspect qu'il
faut trouver la solution pour stimuler la solidarité entre les réfugiés.
Il en résulte qu'actuellement les comportements des
réfugiés sont prédominés par des sentiments de méfiance dûs aux clichés, aux
préjugés et aux schémas mentaux avec lesquels nous avons échappé aux
massacres du FPR, contradictions attisées par le FPR et ses complices
étrangers qui n,ont aucun intérêt à ce que les réfugiés retrouvent leur
unité. C'est ainsi que tel est traité de traître, tel autre d'Interahamwe,
tel autre de génocidaire.... Ces attitudes conduisent aux blocages et à
l'absence de communication, de dialogue et de débat, au moment où nous
prétendons vouloir négocier avec le FPR et réconcilier tout le peuple
rwandais.
Solution
Pour être conséquent, la tolérance, la
réconciliation et le dialogue que nous mettons dans tous nos textes et que
nous prônons vouloir apporter au Rwanda doivent commencer dans le milieu des
réfugiés. Nous devrions apprendre à analyser les erreurs de tout un chacun
positivement et prendre les mesures pour que nous ne les commettions plus.
Il ne faut pas continuer de nous contenter de culpabiliser. À partir du
moment où chacun de nous accepte qu'il s'est trompé, car s'il en avait été
autrement on n'en aurait pas été là, nous devons faire l'apprentissage du
pardon et passer plus de temps à voir comment bâtir ensemble le futur plutôt
que nous appesantir sur le passé au risque de compromettre irrémédiablement
l'avenir.
C'est pour cette raison que tous les démocrates rwandais doivent se
mobiliser et faire une révolution des mentalités en vue de promouvoir le
débat pour voir ensemble comment construire un État de Droit au Rwanda,
mettre en place un pouvoir démocratique, pluraliste et républicain qui
consacre l'opposition; une gouvernance qui sécurise tout le monde et protège
les minorités; un régime politique qui respecte les intérêts des
partenaires, les conventions internationales, le bon voisinage et qui
contribue à la paix durable en Afrique et plus particulièrement dans les
pays des Grands Lacs.
Le RDR est tout à fait disposé à discuter avec tous les
partenaires intéressés pour constituer cette alternative démocratique.
Charles Ndereyehe
Président du RDR