Solidarité entre les réfugiés

Extrait de FORUM RWANDAIS, le bulletin mensuel du RDR, No. 0 du 01 au 30 novembre 1998, pp.3-4

Introduction

Je voudrais renouveler l'appel aux rwandais et plus particulièrement aux membres du RDR pour tout faire en vue de mettre en oeuvre la recommandation du 2ième Congrès ordinaire du RDR concernant la solidarité de tous les rwandais et surtout des réfugiés pour constituer une alternative crédible à la dictature militaro-ethniste du FPR.

Dans son histoire, le Rwanda n'a jamais connu de régime dont la cruauté soit comparable à celui dont fait vivre le FPR au peuple rwandais depuis le 1er octobre 1990

Situation actuelle

Problème

On assiste actuellement à une multitude d'initiatives pour lutter contre le FPR. Le problème posé consiste à savoir s'il est possible de créer une synergie entre les différentes organisations politiques et les associations existantes et opposées au FPR pour constituer une alternative démocratique à la dictature régnant actuellement à Kigali.

Origine du problème

De temps à autre surgissent quelque part des sentiments ethnistes, mais le manque de solidarité entre les réfugiés découle principalement de l'héritage des problèmes de régionalisme et les conséquences qui s'en sont suivies avant et après la guerre d'octobre 1990.

En effet, en l'absence de mécanismes constitutionnels d'accès au pouvoir ou de promotion, la proximité géographique ou les liens de parenté avec les dirigeants constituaient l'essentiel de la carte de visite à exhiber pour prétendre à une promotion.

Dans la première comme dans la deuxième République, la démagogie régionaliste a poussé chaque individu à se définir d'abord par rapport à sa région. L'on a assisté progressivement à un processus d'identification entre individus, le punir même à juste titre était devenu s'attaquer à sa région d'origine. Inversement, ceux qui refusent cette solidarité automatique sont considérés comme des déviants, voire des traîtres. Ce recroquevillement sur la région et dans certains cas sur le terroir a eu pour conséquence la faiblesse du sentiment de solidarité et même, dans certains cas, d'indifférence devant le malheur de l'autre.

Après l'éclatement de la guerre et l'instauration du multipartisme, les leaders de l'opposition intérieure, pour la plupart originaires du Centre et du Sud, estimèrent que l'occasion était venue pour chasser le Nord du pouvoir et le donner à leur région. Ce faisant, dans leur stratégie, ils accordèrent peu d'importance à la détermination de la rébellion armée du FPR à conquérir militairement tout le pouvoir. Poussés par le régionalisme, certains d'entre eux conclurent une alliance avec le Front Patriotique Rwandais soutenu par la NRA ougandaise pour, disaient-ils, ravir le pouvoir au Président HABYARIMANA, à son entourage et à sa région. Or, les quelques Hutu occupant des fonctions importantes sur l'organigramme officiel du FPR tels les KANYARENGWE (Président), BIZIMUNGU (Commissaire à l'information et chargé des négociations d'Arusha), les BISERUKA (membre du Haut Commandement de l'APR) étaient tous originaires du Nord. En jouant sur cet antagonisme, le FPR parvint à diviser profondément les forces politiques et les forces armées, au grand dam à la fois des Nordistes et des Sudistes qui perdirent le pouvoir ensemble et furent condamnés sans distinction à l'exil ou à la marginalisation par le FPR, qu'ils ont ensemble contribué à installer au pouvoir. Par faiblesse d'analyse et par cécité politique, certains politiciens et officiers ressortissants du Sud, entamèrent une propagande de démobilisation et de divisions des Forces Armées Rwandaises sous prétexte que combattre le FPR signifiait travailler pour la pérennité du Président HABYARIMANA et de son régime.

Des régionalistes du Sud sont restés indifférents à l'égard de la misère des populations déplacées de Ruhengeri et de Byumba, fuyant le FPR, par le simple fait d'être originaires du Nord. Inversement, des régionalistes du Nord ont pendant longtemps souhaité que la guerre s'étende au Sud, pour que "ceux-là aussi souffrent". Au bout de la ligne, les régionalistes de deux bords ont tous souffert de cette horrible guerre et de ses conséquences. L'on serait tenté cyniquement de dire que c'est bien fait pour eux, si leur funeste compétition n'avait pas précipité le peuple innocent dans des malheurs et des souffrances indescriptibles. Les séquelles de cet aspect du régionalisme sont encore vivantes parmi certains réfugiés qui pointent du doigt les ressortissants de la région autre que la leur comme étant la cause de la débâcle rwandaise et partant la cause de leur exil et de leur misère. D'autres, inconscients des enjeux de l'heure, justifient leur repli sur eux-mêmes et leur incapacité à collaborer avec les autres par une peur quelque peu maladive de se retrouver de nouveau sous un régime régionaliste après leur retour hypothétique au Rwanda.

Une dernière catégorie des malades du régionalisme est celui qui se méfie silencieusement ou conteste surnoisement ou ouvertement tout leadership parmi les réfugiés, non sur base des idées ou du programme qu'il défend et des réalisations obtenues mais sur le simple fait que les hommes qui l'incarnent ne sont pas de chez eux. Cette méfiance, cette suspicion, cette diabolisation permanente de l'autre, jointe souvent à l'incapacité de mener un débat d'idées ouvert avec les autres et à s'affirmer comme leader dans une communauté qui dépasse son terroir d'origine, conduisent à l'incapacité de travailler avec les autres et à la tendance absurde de multiplier à l'infini les initiatives, les organisations et les associations dont certaines demeurent fantomatiques, n'ayant que les seuls initiateurs comme "membres". C'est surtout à ce dernier aspect qu'il faut trouver la solution pour stimuler la solidarité entre les réfugiés.

Il en résulte qu'actuellement les comportements des réfugiés sont prédominés par des sentiments de méfiance dûs aux clichés, aux préjugés et aux schémas mentaux avec lesquels nous avons échappé aux massacres du FPR, contradictions attisées par le FPR et ses complices étrangers qui n,ont aucun intérêt à ce que les réfugiés retrouvent leur unité. C'est ainsi que tel est traité de traître, tel autre d'Interahamwe, tel autre de génocidaire.... Ces attitudes conduisent aux blocages et à l'absence de communication, de dialogue et de débat, au moment où nous prétendons vouloir négocier avec le FPR et réconcilier tout le peuple rwandais.

Solution

Pour être conséquent, la tolérance, la réconciliation et le dialogue que nous mettons dans tous nos textes et que nous prônons vouloir apporter au Rwanda doivent commencer dans le milieu des réfugiés. Nous devrions apprendre à analyser les erreurs de tout un chacun positivement et prendre les mesures pour que nous ne les commettions plus. Il ne faut pas continuer de nous contenter de culpabiliser. À partir du moment où chacun de nous accepte qu'il s'est trompé, car s'il en avait été autrement on n'en aurait pas été là, nous devons faire l'apprentissage du pardon et passer plus de temps à voir comment bâtir ensemble le futur plutôt que nous appesantir sur le passé au risque de compromettre irrémédiablement l'avenir.

C'est pour cette raison que tous les démocrates rwandais doivent se mobiliser et faire une révolution des mentalités en vue de promouvoir le débat pour voir ensemble comment construire un État de Droit au Rwanda, mettre en place un pouvoir démocratique, pluraliste et républicain qui consacre l'opposition; une gouvernance qui sécurise tout le monde et protège les minorités; un régime politique qui respecte les intérêts des partenaires, les conventions internationales, le bon voisinage et qui contribue à la paix durable en Afrique et plus particulièrement dans les pays des Grands Lacs.

Le RDR est tout à fait disposé à discuter avec tous les partenaires intéressés pour constituer cette alternative démocratique.

 

Charles Ndereyehe

Président du RDR

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