APPEL À LA JEUNESSE RWANDAISE

POUR PRENDRE SON DESTIN EN MAIN

Par Ndereyehe Charles, Président du RDR

Je voudrais profiter de ce 38ième anniversaire de l’indépendance qui a été célébré le 1 Juillet 2000 pour lancer un appel à toute la jeunesse rwandaise de la diaspora et de l’intérieur, pour avoir une part plus active dans la politique rwandaise afin qu'elle ait une part importante dans le tracé de son destin. A la veille du troisième Congrès ordinaire du RDR qui se tiendra en Août 2000, je demande aux jeunes de ne pas continuer à rester spectateurs des décisions qui mettent en jeu leur avenir, car toute politique a toujours des conséquences sur plusieurs générations.

Souvent les jeunes sont victimes des conséquences des décisions politiques dont ils ne sont pas responsables. Par exemple, ce sont les jeunes rwandais qui subiront encore longtemps les effets des erreurs politiques commises depuis 1990. Il n’y a que dix ans à peine que le ciel est tombé sur la tête du peuple rwandais. Des enfants qui n’avaient que 8 ans ont actuellement 18 ans et trouvent encore difficile à comprendre ce qui s’est passé. Ils sont devenus des adultes qui, quand ils luttent pour arracher leurs droits, sont taxés d’être "Interahamwe" même s’ils n’ont absolument rien à avoir avec ces milices. Ceux qui avaient plus de 18 ans ont maintenant presque 30 ans, et la plupart d’entre eux ne dépasseront probablement pas 60 ans à cause des multiples traumatismes dont ils ont été victimes. De l’autre côté , la plupart de nos "leaders" ont plus de 50 ans; combien parmi eux seront-ils encore en vie d’ici 10 ans? D’ici peu la plupart d’entre eux seront donc hors circuit, alors que les politiques que nous définissons actuellement auront des répercussions sur plusieurs décennies. Il est donc impératif que les jeunes, qui les mettront en œuvre et qui en supporteront les conséquences, fassent dès à présent l’apprentissage des responsabilités qu’ils seront appelés à assumer d’ici 5-10 ans. Nous croyons qu’il est extrêmement urgent d’encourager les jeunes à faire partie des organes de décisions des différentes organisations politiques pour assurer la continuité.

En 1992, la jeunesse de moins de 18 ans dépassait 48% de la population rwandaise. Mais force est de constater que cette jeunesse n’a jamais reçu de formation politique. Par contre, durant l’intermède du multipartisme, les partis s’en sont servis pour violer les droits de la personne humaine, en commençant par forcer de paisibles paysans à appartenir à des formations politiques qui n’étaient pas de leur choix (KUBOHOZA), pour finir par des massacres qui ont fait frémir le monde entier. Dans cette période, beaucoup de politiciens se sont laissés duper par le FPR et se sont bousculés pour négocier avec ce Front de petits postes de ministres au lieu de privilégier l’avenir du pays. C’est ainsi qu’ils ont abandonné la jeunesse à elle-même, en la rendant vulnérable et facilement manipulable par le FPR qui avait tout intérêt à ce que la violence politique soit généralisée pour rendre le pays ingouvernable . Noyautées par la jeunesse du FPR plus politisée, les jeunesses des partis de l’intérieur qu’elles soient des "Abakombozi" , des "Inkuba", des "Interahamwe", des "Impuzamugambi " ou les autres, n’ont pas pu résister aux provocations et aux confrontations dans lesquelles elles ont été entraînées. C’est ce qui nous a conduit à la ruine.

Actuellement, nous nous trouvons devant une nécessité impérieuse de changer les méthodes de travail, d’apprendre à travailler en fonction de l’ensemble de la société et d’avoir une vision à plus long terme. Il faut assurer la continuité tout en rompant avec les vieilles habitudes qui faisaient que tous les nouveaux-arrivés voulaient chaque fois recommencer à partir de zéro.

Or, il ne peut y avoir la continuité dans l’action politique que si nous préparons la jeunesse à lutter pour des valeurs Universelles et Nationales, notamment celles relatives à l’Etat de droit, à la survie de notre peuple et de notre Nation. Il nous faut créer un environnement susceptible de permettre à cette jeunesse d’assurer la relève. Nous devons aider les jeunes à changer les mentalités vis à vis de la politique.

Beaucoup de jeunes ont l’aversion envers la politique, car la plupart d’entre eux ont le plus souvent connu plus de politicailles que de politique. Quand ils parlent de la politique, on dirait que politique n’est qu’intrigues. Mais, ceci découle du fait que la politique rwandaise s’est souvent ainsi déroulée. Depuis la période féodale, pour la plupart des rwandais, il faut être expert du mensonge et des intrigues pour faire la politique. C’est un lourd et noir héritage qu’ont reçu les jeunes rwandais. En effet :

Donc, au lieu d’être un outil d’équité et de développement socio-économique pour le bien-être de chaque rwandais, la politique a toujours été perçue comme un forum de zizanie, un outil de domination, de discrimination et d’exploitation. Plutôt que de régler pacifiquement les conflits sociaux, elle les a jusqu’à présent exacerbés. C’est ce qui peut en partie expliquer pourquoi les jeunes rwandais abordent souvent négativement la politique et tendent à l’abandonner aux "vieux", alors que c’est justement parmi ces "vieux" qu’on retrouve ceux-là mêmes qui sont responsables des conséquences qui nous ont conduit dans la catastrophe que nous vivons actuellement .

Pourtant, la politique a ses côtés positifs, notamment celui de réguler la vie socio-économique d’une Nation et de son Peuple pour permettre à chaque citoyen de répondre à ses aspirations sociales et économiques. Une bonne politique doit normalement créer un environnement permettant à tout un chacun de s’épanouir dans la jouissance de ses droits et dans l’exercice des ses libertés. De bons politiciens luttent en permanence pour instaurer un Etat où chacun se sent protégé par la loi et par les services de sécurité; une société où il y a l’équité sociale, où personne n’est victime ni de son ethnie, ni de sa région, ni de son sexe, ni de sa religion; où chacun a droit d’assouvir sa faim et sa soif, à dire ce qu’il pense, à avoir l’accès au savoir, à la santé de base; où chaque citoyen a droit de prendre part directement ou indirectement aux décisions sur l’orientation et l’exercice politique de son pays; c‘est ce qu’on appelle en peu de mots " l’Etat de droit ".

Voilà pourquoi nous invitons les jeunes à faire une approche positive de la politique et leur demandons de quitter leur immobilisme et abandonner leur passivité pour prendre leur destin en main, donner leur contribution pour sauver "le Rwanda de demain" et pour lutter pour la survie de notre peuple. Les jeunes doivent être le moteur d’une nouvelle dynamique, pour qu’à la garantie de survie de notre peuple s’en suive la lutte pour le développement harmonieux de tout le peuple rwandais. Ce sont les jeunes, avec du sang nouveau, avec des convictions différentes qui peuvent dès à maintenant poser de nouvelles bases pour lutter contre toute sorte de discrimination, et pour instaurer une culture démocratique préalable à l’instauration d’un Etat de droit. Il nous faut donner la primauté à l’avenir et poser de nouveaux gestes stoïques pour la survie de notre Nation et de notre peuple.

Le RDR s’est fixé un objectif de promouvoir un nouveau leadership parmi les jeunes générations sans tares, pour qu’elles aient une place importante dans les structures actuelles de prise de décisions et pour que les jeunes fassent l’apprentissage de l’exercice d’un pouvoir démocratique. Nous voulons construire l’avenir avec les jeunes et poser avec eux les jalons pour ériger dès à présent des garde-fous qui nous permettront de résister à tout genre de dérapages dans le futur.

Nous invitons les jeunes à côtoyer constamment les "vieux politiciens" encore animés de bonne volonté, et qui sont disposés à partager leurs expériences pour tirer des leçons de leurs échecs, en vue d’éviter que les générations futures tombent dans les mêmes erreurs. Après une longue analyse rétrospective et responsable, certains "vieux politiciens" ont accepté de se dépasser pour répondre positivement aux interpellations du peuple rwandais rescapé. Ne rompons donc pas uniquement avec le passé, mais cherchons aussi à mettre à profit leurs expériences. Nous éviterons ainsi de faire comme ce poussin qui, lorsqu’il sort de sa coquille qui constituait le monde dans lequel il a toujours évolué, croit qu’il est capable de faire le tour du Monde. Les expériences des autres doivent nous servir comme base pour le montage de nos stratégies.

Harderwijk, Juillet 2000