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SUR LES TRACES DU RASSEMBLEMENT POUR LE RETOUR DES RÉFUGIÉS ET LA DÉMOCRATIE AU RWANDA
1. Introduction. Ce n'est pas dans l'intention d'écrire l'historique du RDR qui nous pousse à faire la présente note. Il s'agit plutôt de donner quelques éléments de l'évolution de la pensée du RDR jusqu'à la date de la signature de la présente. Elle permettra aux membres du RDR de se situer et d'adhérer à sa démarche avec une vision rétrospective plus claire en vue de mieux s'intégrer dans la dynamique de l'organisation et pour mieux bâtir l'avenir.
2. Naissance du RDR. L'idée d'un Grand Rassemblement est née dans la réunion tenue à Bukavu en Octobre 1994. Pour contourner l'embargo qui frappait le gouvernement en exil depuis les 2-3 mois que les réfugiés venaient de vivre en exil, plusieurs groupes d'initiatives des réfugiés étaient nés dans différents endroits, principalement dans l'ex-Zaïre et en Tanzanie où vivaient plus de 2 millions de rwandais sortis en masse en Juillet-Août 1994, mais il manquait de coordination. Mr. Nzabahimana François fut parmi les initiateurs de cette rencontre à laquelle les réfugiés d'Europe et des Amériques furent malheureusement sous-représentés. Après deux jours de débats, les réfugiés se sont donnés 2 mois de réflexion avant de mettre en place une organisation qui soit en mesure de rompre l'embargo médiatique et diplomatique dont souffraient les réfugiés. A la fin de ce premier rassemblement, les réfugiés ont publié la charte d'un retour rapide et pacifique des réfugiés qui ressortaient les conditions préalables y relatives. A part quelques changements sur l'échiquier politique interne, les 5 mois qui ont suivi se sont écoulés sans que la situation n'ait aucunement été modifiée. Après un enfantement difficile, le RDR est né le 3 Avril 1995 à Mugunga. Le RDR se voulait être une organisation non partisane, qui rassemble toutes les forces sans distinction d'appartenance politique, ethnique, régionale ou professionnelle; une organisation qui n'entrait pas en concurrence avec les formations politiques en exil . Son action se plaçait au delà du champ traditionnel d'activités des partis politiques. Tout en reconnaissant et en défendant les acquis du multipartisme, le RDR se rendait compte des limites et des handicaps de différents partis politiques en exil face aux problèmes tels que posés à ce moment à la société rwandaise, de même que de l'étouffement des partis politiques à l'intérieur du Rwanda par le FPR et son gouvernement. Le RDR se voulait donc être une organisation rassembleur, pour reconstituer les forces morales et politiques des rwandais, en vue de rendre au peuple rwandais sa dignité perdue, de réconcilier ses différentes composantes et de réaliser l'unité nationale. Dans ce sens, le RDR voulait coopérer avec les associations des réfugiés, les ONG, les associations de défense des droits de la personne et toute la société civile dans un but de renforcement mutuel, d'émergence d'une nouvelle solidarité et de reconstitution d'un nouvel espoir. Le RDR fut ouvert donc aussi bien aux "anciens" qu'aux"nouveaux" réfugiés, ainsi qu'aux Tutsi, Hutu et Twa qui, à l'intérieur du Rwanda, désapprouvent la situation créée par la guerre déclenchée par le FPR, par l'exclusion de la majorité de la population et par la main-mise du FPR sur toutes les institutions du pays et sur tous les rouages du pouvoir. Bien qu'étant en désaccord avec la philosophie et les méthodes du gouvernement FPR, le RDR ne plaçait pas son action dans une perspective de lutte pour le pouvoir ou dans celle d'une simple opposition au gouvernement. Le RDR était convaincu que lorsque le retour des réfugiés aurait été pleinement accompli, il resterait encore l'objectif de réhabiliter le peuple rwandais et de lui rendre sa dignité, d'impulser des réformes structurelles à même de réconcilier durablement les rwandais, consolider la cohésion nationale, instaurer l'Etat de droit à travers des institutions démocratiques et républicaines, et mettre définitivement fin au conflit rwandais en collaboration avec les autres peuples de la sous-région. Le RDR a dû se battre sur un terrain difficile. D'abord le FPR, qui voyait en lui un nouveau opposant politique qu'il fallait abattre à tout prix, n'a pas tardé à le diaboliser. En deuxième lieu, des groupes ou des individus qui pensaient qu'ils auraient pu être mieux associés ont réagi en créant d'autres organisations, telle que Rwanda Pour Tous et l'Alliance pour la Renaissance Natioinale (ARENA). Enfin, il faut bien le dire, certains membres du gouvernement en exil n'ont pas accepté de perdre le rôle de porte-flambeau des réfugiés. Ce n'était pas facile de se battre sur trois fronts tout en essayant de concentrer les efforts sur la quatrième direction qui constituait le leitmotiv de sa création, à savoir: donner à la Communauté Internationale l'autre version des faits sur le drame rwandais, afin que les réfugiés recouvrent leurs droits. 3. Le RDR a lancé plusieurs appels au dialogue. Le RDR a lancé le premier appel au dialogue au Premier Ministre Faustin Twagiramungu le 11/5/95; le deuxième appel a été lancé au Gouvernement de Kigali le 15/5/95; le troisième appel le 11/9/95. Pour prendre la Communauté Internationale à témoin, un nouveau appel a été lancé par le biais du Secrétaire Général de l'ONU le 29/8/95 et aussi à travers différents chefs d'Etat, le Pape et différentes assises de l'OUA. Comme le veto semblait être exercé par l'homme fort de Kigali, un appel lui a été personnellement adressé le 2/12/95 auquel il a répondu par une fin de non-recevoir. Convaincu que le dialogue est le seul chemin à privilégier pour résoudre la crise rwandaise, le RDR a relancé un nouveau appel après son premier congrès le 8 /2/96. Une autre tentative fut faite le 9 Juillet 1996. La réponse fut plutôt l'attaque des camps des réfugiés dans l'Est de l'ex-Zaïre. 4. Les grands moments de défense des intérêts des exclus de la gouvernance. Le 24/5/95 : Par son communiqué n. 6 le RDR dénonce les conclusions bâclées et caractérisées par une partisannerie flagrante visant à disculper le FPR dans les massacres de KIBEHO; Le 22/6/95: Par son communiqué n.10 : Le RDR dénonce l'attitude obstructionniste du Ministre Gasana Anastase face aux appels au dialogue. Cet ancien idéologue du MRND venait de qualifier le RDR de fasciste et de Naziste lors du sommet de l'OUA, partant d'un mensonge prétendant que le RDR est constitué d'anciens membres du MRND; Le 14/8/95: Par son communiqué n.14 : le RDR dénonce la levée d'embargo au régime de Kigali sur proposition des USA et par le biais des non-alignés; Le 19/8/95: Par son communiqué n.16: Le RDR dénonce la déclaration de Mr Museveni lors de sa première visite au Rwanda sous le régime FPR qu'il considère comme territoire annexé à l'Uganda. A cette occasion Mr Museveni a tenu un discours réactionnaire semblable au language qu'a tenu le Roi Rudahigwa le 12/6/58 invitant le régime en place à éradiquer toute forme d'opposition. Le 24/8/95: Par son communiqué n. 17 : Le RDR a dénoncé l'expulsion des réfugies du Zaïre et le non respect des conventions internationales; Le 5/10/95: Par son communiqué n. 26: Le RDR a dénoncé le matraquage psychologique des réfugiés qui visait à les forcer à rentrer; Le 13/11/95: Par son communiqué n. 35: Le RDR attire l'attention de la communauté internationale sur le risque d'internationalisation du terrorisme par le FPR; Le 21/11/95: Par son communiqué n. 36: Le RDR regrette que le Centre Carter aborde la problématique de la crise de la région des Grands Lacs par un mauvais côté et doute de sa contribution à la solution à cette crise; Le 2/1/96 : Le RDR a dénoncé le plan RWA/GEN du HCR du 29/9/95, contenant les options pour un rapatriement forcé des réfugiés; Du 7 au 8 Février 1996 le RDR a tenu son premier congrès ordinaire à Bukavu. A cette occasion, les congressistes ont approuvé la plateforme, la Charte du RDR et le programme pour un retour volontaire, pacifique et organisé des réfugiés . En Avril 1996, le RDR a publié ses positions sur les problèmes brûlants comme le Génocide, la Justice, le Tribunal Pénal International sur le Rwanda , et la Guerre. Le 1/4/96: Par son communiqué n.62: Le RDR dénonce le génocide intellectuel mené par le HCR en imposant la fermeture des écoles dans les camps des réfugiés; Le 30/5/96 : Par son communiqué 72: Le RDR dénonce la tentative du FPR et de ses parrains politiques qui veulent se servir de la situation de Masisi pour déstabiliser l'Est de l'ex-Zaïre et pour attaquer les camps; Le 10/6/96: Par son communiqué n.74: le RDR dénonce les tentatives du HCR de fermer les camps et d'expulser les réfugiés au Burundi (Etape I), en Tanzanie ( Etape II) et au Zaïre (Etape III), alors que les conditions de sécurité ne sont pas remplies à l'intérieur du Rwanda. Le 13/6/96: Par son communiqué n. 76: Le RDR déclare qu'il n'a pas d'armée et clarifie qu'il n'a pas de lien avec PALIR; Le 17/6/96: Par un document intitulé: "Looming attack on rwandese refugees in Zaïre by Uganda, Rwanda and Burundi allied forces", le RDR alerte sans succès la Communauté Internationale sur les plans sinistres du FPR; Le 1/7/96 : Le monde n'y croit pas encore mais le RDR publie par son communiqué n.77 : " Planned combined attack on Rwanda refugees in Zaïre" Le 3/7/96 : Le RDR publie un document de mise au point sur la mystérieuse organisation "PALIR"; Le 13/7/96 : Le RDR a lancé un appel aux Tutsi afin de pas rester otages du FPR et de se désolidariser de ses crimes; Le 23/10/96: Par un autre document, le RDR continue à dénoncer "Le plan FPR de conflagration généralisée de la Région des Grands Lacs", mais en vain; Le 20/10/96: Par son communiqué 97: le RDR avertit que " Tutsi internationalism throwing the Great Lakes Region into unprecedent chaos"; Le 23/10/96: Le RDR déclare par son communiqué 101 que la situation dans l'Est du Zaïre est un défi pour la Communauté Internationale; Le 3/11/96: Le RDR, par son communiqué 102, lance un appel pour une intervention militaire humanitaire pour les réfugiés au Zaïre; Le 10/11/96: Par son communiqué n.. 103: le RDR dénonce l'appui inconditionnel des USA au régime de Kagame notamment en conditionnant le déploiement de la force internationale au rapatriement des réfugiés; Le 27/11/96: Le RDR dénonce par son communiqué n.108, le génocide des Hutu dans l'ex-Zaïre par le FPR. Le monde n'y a pas cru, mais par la suite Kagame a admis ce que tout le monde niait. Le 1/12/96: Le RDR a dénoncé la manipulation des chiffres sur les réfugiés rapatriés de force par le FPR, montages faits pour ne pas assister les rescapés en vue de les faire mourir de faim et de soif, et d'en finir avec le problème des réfugiés Hutu; Le 6/12/96: Le RDR a publié sa position sur le régionalisme au Rwanda; Le 6/4/97: Le RDR a publié sa position sur l'éthnisme au Rwanda. Le RDR pense que le régionalisme et l'ethnisme ne peuvent être éradiqués que par l'instauration d'un Etat de Droit caractérisé par une démocratie pluraliste; Le 9/4/97: Par un document intitulé "les massacres ont atteint le point de non-retour", le RDR a dénoncé les massacres perpétrés sur la population innocente par le FPR et attribuée aux "infiltrés" pour la diversion; Le 14/5/97: Par son communiqué n. 119: Le RDR dénonce la capitulation de la communauté internationale devant le refus des rebelles, du Rwanda et de Museveni d'enquêter sur les violations des Droits de l'homme et des réfugiés dans l'ex-Zaïre. Kabila a récemment confirmé ces génocides dont les enquêtes commanditées par l'ONU n'ont pas pu se faire suite à l'obstruction de Bizima(na) Karaha(muheto) actuellement entré dans une nouvelle rébellion.
5. Du grand rassemblement à l'organisation politique. Devant les difficultés que rencontrait le RDR pour atteindre ses objectifs , le Comité Exécutif a commandité une évaluation du RDR le 20/9/96. Le rapport d'évaluation a abouti sur la recommandation de restructuration du RDR que le Comité Exécutif a décidé de mettre en oeuvre en Février 1997. C'est sur base du rapport d'évaluation intitulé " l'avenir du RDR " que le Comité Exécutif a lancé le débat le 1/4/97 sur la réforme du RDR . En Juin 1997, la synthèse des débats a abouti aux conclusions principales suivantes: L'opinion internationale considère actuellement le RDR comme la principale organisation des réfugiés rwandais. Grâce à cette organisation, l'embargo sur les médias a été relativement levé et la voix des réfugiés se fait entendre. Il a lancé des discussions approfondies sur des problèmes cruciaux tels que le régionalisme et l'ethnisme, qui entravent la cohésion de la communauté rwandaise et compromettent les efforts de réconciliation nationale. Contre vents et marées, le RDR a pu jouer un rôle significatif dans les rouages du TPIR notamment en essayant d'organiser la défense des inculpés. Il a pu préparer et envoyer le dossier d'accusation des responsables du FPR sur le rôle qu'ils ont joué dans le drame rwandais. Cependant malgré les efforts de l'Organisation, le retour pacifique des réfugiés dans la dignité et la sécurité n'a pas pu se réaliser à cause de l'opposition farouche de Kigali et ses protecteurs qui ont préféré l'utilisation de la force pour rapatrier les réfugiés. La position figée du FPR et l'environnement actuel en appellent à de nouvelles stratégies. Ces stratégies exigent la consolidation et la redynamisation des structures de l'Organisation qui doit passer d'un groupe de pression à une organisation politique militante et s'inscrire sans ambiguïté dans une logique de participation ou de conquête du pouvoir à KIGALI. Malgré le retour de plus ou moins 1.200.000 de personnes du Zaïre et de la Tanzanie, le problème des réfugiés n'est pas entièrement résolu, non seulement à cause du grand nombre de ceux qui restent encore au Zaïre, mais aussi à cause de ceux qui sont disséminés ailleurs à travers le monde. Pour tous ces réfugiés, l'objectif du retour dans la dignité et dans la sécurité reste valable; toutefois le retour des réfugiés ne doit plus être un cheval de bataille du RDR. Le RDR était jusqu'à présent une organisation de masse . Le RDR doit subir une métamorphose et devenir une organisation des membres qui adhèrent à son idéologie, à son code de conduite et à son programme. Le RDR doit s'appuyer sur des membres convaincus et combatifs, recrutés pour leur engagement. L'évolution de l'environnement socio-politique dans la Région des Pays des Grands Lacs devrait inciter l'Organisation à réfléchir davantage sur sa capacité réelle de mener la lutte qui s'impose. Cette réflexion pourrait conduire éventuellement à la création d'un front politique d'opposition ou de libération nationale en s'adjoignant à d'autres forces existantes ou à chercher, pour mieux intégrer le nouvel environnement et être à la taille des forces en présence. Le congrès extraordinaire tenu à Namur du 15 au 18 Août a entériné la décision. La nouvelle organisation politique a été sanctionnée par des nouveaux statuts et une nouvelle plateforme politique approuvés par le deuxième congrès ordinaire du RDR qui s'est tenu à Paris du 22 au 23 Août 1998. Le RDR nouvelle formule est une organisation politique qui lutte pour un Etat de Droit , la Justice, la Démocratie, les valeurs Républicaines et la Vérité sur le drame rwandais, comme base de véritable réconciliation , de paix et de développement durables. Cet Etat de Droit doit être géré sans aucune forme d'exclusion et doit respecter la déclaration universelle des Droits de l'Homme et la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples. Le RDR reste convaincu que le conflit rwandais est de nature politique et que sa solution est absolument politique. Le RDR reste attaché au dialogue et à la négociation comme meilleur moyen de résoudre le conflit. Il réaffirme qu'aucun développement durable ne sera possible tant que les réfugiés resteront à l'extérieur, et que la majorité de la population intérieure sera exclue de la gouvernance du pays par un pouvoir éthnocentrique et sanguinaire. 6. Le RDR dans le concert des autres organisations politiques. Il a été antérieurement souligné que le RDR est né dans des circonstances assez difficiles. Conscient de ses faiblesses , le RDR a mené des consultations avec les autres organisations politiques depuis Septembre 1996 en proposant le ralliement des groupes d'opposition au régime FPR. Parmi les organisations qui sont nées après le RDR on peut notamment citer les FRD ( Forces de Résistance pour la Démocratie ) qui a le privilège d'avoir été créée par les réfugiés de la nouvelle vague, qui ont participé à la gestion du pays par le FPR et qui ont refusé à cautionner sa dictature. Après son deuxième congrès ordinaire, le RDR a participé à la mise en place de l'Union des Forces Démocratiques Rwandaises qui est née le 20 Septembre 1998. Le RDR a invité ses membres et les autres démocrates rwandais à se mobiliser et à s'investir pour mettre fin au calvaire du peuple rwandais et pour mettre en place un Gouvernement à Large Consensus National , légitime, respectueux de la vie humaine en remplacement du régime dictatorial du FPR. Le RDR est content de ce couronnement des efforts de 2 ans et espère que cette dynamique va continuer, afin que toutes les forces réellement démocratiques contribuent à chasser du pouvoir la dictature du FPR pour instaurer un Etat de Droit, dans une démocratie pluraliste, qui rassure et sécurise tout le monde. Fait à Harderwijk le 17 Novembre 1998
Le Président du RDR
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